Je me souviens des garages des Chaprais : entretien avec M. Pierre Brendel

Même s’il n’habite plus les Chaprais, M. Pierre BRENDEL, à 80 ans, reste un chapraisien de cœur. Car il a vécu et travaillé une bonne partie de sa vie dans notre quartier.

pierre brendel

Et ses souvenirs en sont restés particulièrement vifs.

A l’origine, magasinier autos profession, il semble que cette passion pour la mécanique remonte à loin. A son arrière grand-père Georges, né en 1852 et mort en 1943 à 91 ans qui était déjà mécanicien réparateur au PLM?

A son grand-père Jean, mécanicien également  au PLM et qui habitait 125 rue de Belfort.

Ajoutons l’autre « Jean », le père, que l’on appelait Georges, né au 125 rue de Belfort le 26 juin 1910; il était mécanicien au garage Thieulin.

A propos de ce garage, M. Pierre Brendel se souvient avec précision des 3 sites dont disposait l’entreprise, avenue Fontaine-Argent :

– au n°20 était la station service, lavage, graissage ;

– au 22 on réparait les véhicules de tourisme ;

– au n°24 c’était les véhicules poids lourd.

Le 20 juin 1955, les actionnaires de l’entreprise Thieulin ont vendu leurs actions à PEUGEOT (alors rue de la Préfecture).

Thieulin alors représentait la marque RENAULT. Il a donc fallu, du fait de cette vente, trouver un local afin de stocker les pièces de la marque Renault. Ce fut au 27 avenue Carnot, en face du Sacré Cœur : une station service fut installée qui restera dans le quartier jusqu’à ce que Renault construise ses garages sur le boulevard.

Les poids lourds  étaient alors réparés rue de l’Eglise, après la salle des ventes actuelle.

Pierre travaillait dans ce garage avenue Carnot, chez Renault. Son père également. Comme il était magasinier, les conflits qui naissaient entre son service et celui de la réparation où œuvrait son père, se poursuivaient souvent à la maison. Aussi Pierre quitte le domicile familial pour un emploi, toujours chez Renault, à Morteau où il se retrouve seul. Il n’y reste pas longtemps car sa sœur qui est secrétaire l’avertit qu’un poste de magasinier est disponible rue de la Rotonde aux Véhicules Industriels. Il y est resté 38 ans !

véhicule industriel 2

René Guinot, le patron est propriétaire d’une maison rue du Château Rose. Il a exploité ce garage jusqu’à sa mort en 1964. L’entreprise a duré encore 2 ans, mais faute d’union entre les 12 salariés, elle a été rachetée en 1966 par le groupe Blondeau qui s’est débarrassé pour cela de son affaire dans les carburants. LA SNVI nouvelle est alors née, installée à Roche les Beauprés. En 1984, elle changera de patron puis s’installera en 1993, dans des nouveaux locaux sur la zone de transport.

M. Brendel se souvient de deux anecdotes particulières qui remontent toutes deux à son enfance.

véhicule indus facture 1941

En 1941, le garage est réquisitionné afin d’abriter des véhicules allemands!

En 1942, avec sa mère et sa sœur, il devait se rendre voir sa marraine qui habitait le haut de la rue de Belfort. Elle avait cuit  une tarte aux pommes et Pierre qui avait alors 6 ans, en voulait, en chemin, une part. Place de la Liberté était alors installé le poste de police du quartier. Comme il se rebellait contre sa mère, le planton du poste de police est venu le chercher, l’a emmené au poste et pour lui donner une leçon, et comme il ne se calmait pas, il l’a enfermé dans une pièce noire ! Il n’y serait resté que 10 minutes qui lui semblèrent des heures et il eut la peur de sa vie qui se traduisit en sanglots ! En 1944, on est aussi passé sur cette place. Des chaises étaient installées. On y tondait des femmes en dessinant sur le crane une croix gammée. Le jeune Pierre troublé a demandé à sa mère ce que ces femmes avaient fait. Elle préféra ne pas répondre…

Interroger Pierre sur la vie du quartier autrefois l’entraîne à évoquer de nombreux souvenirs : ceux de l’Aiglon et son équipe de gymnastique avec René Bolley, champion de France; ceux de la Commune des Chaprais la Mairerie qui s’installait au Café du Cercle , 37 rue de Belfort !  avec  comme « maire »  messieurs Morivel et Thévenot.

Il se souvient également de l’union artistique et intellectuelle des cheminots installée dans des préfabriqués rue de la Viotte dans les années 50 et 60. Il y avait des représentations de pièces de théâtre et on y tirait les rois. L’accès en était réservé aux cheminots et à leurs invités. Vers 20h le soir, il y avait un petit spectacle de type One Man Show, puis c’était le bal. C’était gratuit. Il y avait des filles, bien sûr. Mais tout se terminait à minuit et demi.

Pierre aurait encore bien d’autres souvenirs à partager. Sa générosité et son altruisme l’ont amené, à la retraite, à être bénévole chez les Compagnons d’Emmaüs durant 8 ans à raison de 20h par semaine. Et pour cela, il s’installa même à Planoise.

S’il existait un titre de Citoyen d’honneur des Chaprais, nul doute que Pierre Brendel en serait un des premiers affublé ! Nous lui souhaitons de nombreuses années de belle vie !