Le lavoir municipal de la Mouillère (1945 – 1965)

Lors du dernier café – histoire consacré au vallon de la Mouillère, M. Guy Renaud en véritable historien de ce vallon qu’il est, a évoqué, photos à l’appui, les barques lavandières installées autrefois sur le Doubs, puis le dernier lavoir municipal démoli en octobre 1965. En effet, ce lavoir avait été créé tout de suite après la guerre, les barques lavandières ayant disparu (détruites avec les ponts?). Dans un article fort bien documenté, paru dans la revue BARBIZIER (bulletin de  du Folklore Comtois), n° 32 de 2008, M. Fernand Frachebois recense 14 barques lavandières à Besançon en 1887 et encore 7 en 1931. Les lecteurs intéressés pourront également se reporter aux articles rédigés par M. Christian Mourey, sur ce blog, les 8 et 15 octobre 2016 (sans oublier les 8 commentaires que ces articles ont suscités).

inondations 21 janvier 1919

 

Inondation du 21 janvier 1910 : à droite la barque lavandière près de la tour de la Pelote et un pilier d’une des deux portes du quai (photo Bevalot)

barque lavandière

Barque Lavandière Isenbart 1936: au premier plan Mme Juliette Devenge puis Mme Denise Roy (DR)

En juillet 1965, un journaliste de l’Est Républicain effectua, en compagnie du photographe du journal, M. Bernard Faille, un reportage sur ce lavoir, quelques mois seulement avant sa démolition.

Nous reproduisons donc, ci-dessous, l’article alors paru le 23  juillet 1965, sous le titre :

 » Le lavoir de la Mouillère dernier « bastion de la résistance » contre la machine à laver

Dans le vallon de la Mouillère que l’UAC et les autobus urbains ont déserté, le lavoir municipal sera le dernier vestige d’un passé révolu. Quand les autres vieux bâtiments auront été détruits, les cours du ruisseau couverts, la rue de la descente directe de la gare en ville tracée, le pont destiné à remplacer la passerelle Denfert-Rochereau sera jetée par-dessus le Doubs

c’est que le lavoir, bien qu’il soit condamné à disparaître à plus ou moins brève échéance, bénéficie d’une certaine protection car il représente le gagne-pain d’une dizaine de dames courageuses, mais dont l’âge avancé, pour la plupart, empêcheraient de trouver un autre travail.

Ce sont les lavandières de Besançon. Rien à voir avec celle du Portugal, comme les a rendus célèbre la chanson. Les bisontines se rapprocheraient plutôt de Gervaise héroïne du livre d’Émile Zola, « l’Assommoir », ne serait-ce que par le cadre très vétuste dans lequel elles opèrent.

lavoir municipal avant sa démolition

Photo B. Faille octobre 1965, au moment de la démolition du lavoir

Chauffage à la vapeur

Pourtant le lavoir de la Mouillère comporte un perfectionnement qui n’existait pas à l’époque de l’action dudit roman, le chauffage à la vapeur. Une grande chaudière à vapeur a été installée en effet par la ville, et c’est Monsieur Paul Rodary qui est chargé d’y entretenir le feu. Il a remplacé à ce poste le sympathique M. Cuenin, décédé au mois d’octobre dernier. Malgré tout, M. Rodary a déjà eu le temps d’apprécier les qualités humaines des habituées du lavoir qui sont toutes aimables malgré leur franc-parler. Quelques-unes n’y viennent qu’une fois par semaine pour laver leur linge personnel, mais une dizaine d’autres, dont cinq sont particulièrement assidus, travaillent pour différents clients et gagnent leur vie ainsi. Parmi elles se trouvent Madame Morel toujours fière de faire voir la pensée que son fiancé l’avait tatoué sur le bras gauche le jour de ses 18 ans. « Il y a longtemps déjà, dit-elle, presque un demi-siècle ». Mais Madame Morel n’est pas la plus âgée des quelques lavandières professionnelles qui luttent contre la terrible concurrence de la machine à laver dans le dernier bastion de résistance contre cet engin des temps modernes. La doyenne est une petite femme toute ridée dont les lunettes à monture métallique tombent constamment sur le bout du nez. Elle est toujours droite comme un I RI aussi facilement qu’à 20 ans. Elle aura bientôt 80 ans. C’est Madame veuve Marie Faivre, domiciliée 18, rue de Vignier. Il y a bientôt 50 ans qu’elle fait ce travail et c’est toujours avec le même entrain et la même joie de vivre qu’elle commence une nouvelle journée. Sa vitalité et son dynamisme feraient envie à bien d’autres  plus jeunes.

lavandières en juillet 65 photo Faille

 Photo B. Faille juillet 1965

Noms des lavandières

La personne du premier plan (1) vient de la rue Gustave Courbet : c’est Mademoiselle Back ; la seconde, plus forte, de la rue Krug ; la troisième, avec ses lunettes, Madame Faivre, habite rue de Vignier ; la quatrième demeure square Saint-Amour ; la grande personne vu de profil (5) est une laveuse professionnelle qui habite au bas de la rue Battant..Le lavoir pouvait abriter une vingtaine de femmes.

Le lavoir pouvait abriter une vingtaine de femmes. Chacune disposait d’une seille en bois avec un banc à laver, d’un bac en ciment avec l’eau courante pour le rinçage, et d’une lessiveuse pour bouillir le linge.

 

Au temps des bateaux lavoirs

le Doubs, les quais et la Tour de la Pelote

Cette extraordinaire aïeule a déjà connu le temps où les lavandières exerçaient leur talent sur le Doubs, dans les fameux bateaux lavoirs de Rivotte à Tarragnoz sur le cours de la rivière que les papeteries de Novillars et les égouts n’avaient pas encore salie et polluée comme aujourd’hui. Mais l’eau du Doubs a été avantageusement remplacée par « l’eau du robinet » ce qui permet à ces dames de s’acquitter de leurs tâches à la perfection « mieux qu’avec une machine » pestent-elles ».

Nous aurons l’occasion, dans un prochain article, de revenir sur la fin de ce lavoir et de ses dernières laveuses professionnelles (5 recensées par les services de la ville, en 1965).

Sources : Fernand Frachebois (Barbizier n°32 année 2008; Christian Mourey; Est Républicain.

Crédit photographique : Mémoirevive ville de Besançon; Barbizier; Mme Marcelle Roy (DR)

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