Anthony Bolton, le nom divulgué par Henri Mathey, fait prisonnier….

M. Henri Mathey est enfermé au centre d’interrogation des aviateurs prisonniers, à Frankfurt. Afin de ne point révéler sa nationalité française qui pourrait lui valoir, selon lui, de gros ennuis, il se déclare britannique et se nommer Anthony Bolton.

 

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Reportage dans le magazine « Vu du Doubs » du conseil général du Doubs Mai 2007

 » Seul, affamé, inquiet

Seul, affamé, inquiet, j’ai froid, je dors mal, dans l’obscurité de 18 heures jusqu’au lendemain matin, je ressasse des idées noires. La seule distraction : contempler l’extérieur par une fente minuscule dans la vitre de la lucarne. C’est ainsi qu’un matin, je vis qu’il avait neigé pendant la nuit.

Cinq jours passent, suivis d’interrogatoires menés de jour comme de nuit par différents officiers toujours en uniforme de la Lutwaffe, sans aucun résultat : Anthony Bolton reste muet malgré les promesses et les menaces :

« Parlez, vous pourrez vous laver, lire, fumer, rencontrer vos camarades qui eux, parlent et ne restent ici que deux ou trois jours ».

Ni coups, ni tortures, mais une mise en condition capable de venir à bout psychiquement, moralement et physiquement des caractères les mieux trempés. Je me dégrade, je me sens sale, je suis seul, effroyablement seul, avec ma faim et ma peur.

Douze longues journées se sont écoulées… Un matin, une nouvelle fois extrait de ma cellule, je suis amené devant un officier haut gradé. Celui-ci s’exprime dans un anglais parfait, teinté de cet accent si affecté et si typique des étudiants d’Oxford.

_ « Well Sir…let us start from the beginning » me dit-il. Et de tout reprendre depuis le début… »What is your name »? _ « Anthony Bolton » avec cette fois la bonne prononciation du fameux th, du moins le pensais-je…_ « Anthony » répète l’officier songeur. « Say it again » « Anthony ». Décidément ma prononciation de ce fameux th n’est pas excellente! L’officier allemand se lève, et pointant un index accusateur : _ »You may look british, but you are not british » martèle-t-il. Je m’en veux, à cet instant, de n’avoir pas choisi Jack, John ou Charles. Me voyant démasqué, je bafouille que mon accent français, je le dois à une éducation dans un collège suisse. « Lequel ?, dans quelle ville? ». Perdant pied, n’osant pas dévoiler ma véritable identité, je suis renvoyé dans ma cellule.

Quelques jours plus tard une femme parlant parfaitement le français, une Française peut-être, m’interroge. Je lui réponds en anglais puisque je suis anglais…Pas évident. On tente le polonais dont je ne comprends pas un mot. Nouvelle attente en cellule. Seul, affamé, affaibli, diminué, humilié, coupable de m’être fait descendre, je tiens bon tout de même.

Autre jour, autre interrogatoire, mais cette fois par un petit homme en civil, fort désagréable, qui me met sous le nez le texte supposé de la convention de Genève, derrière laquelle je me suis toujours réfugié. Selon l’exemplaire qu’il me brandit, j’aurais dû raconter ma vie. Et moi de hurler « ce n’est pas la vraie convention de Genève, vous l’avez fait imprimer tout exprès ». Qu’avais-je dit là ? L’homme se lève d’un bond, il n’est guère plus grand qu’assis…Je me retiens de rire. Mal m’en prend : »Vous insultez le grand Reich, vous allez voir ce qu’il va vous en coûter » vocifère l’homme hors de lui. Je n’ai plus envie de rire, j’ai perdu une bonne occasion de me taire.

 

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Article paru dans l’Est Républicain du 25 juillet 2010

 

Vous serez fusillé comme déserteur

Seizième jour au soir, nouvel interrogatoire par un militaire en uniforme de la Wehrmacht qui se met à crier en brandissant un carnet militaire allemand avec ma photo en uniforme allemand…Un montage, bien sûr, pour me faire passer pour un déserteur, ce que confirme le militaire : « vous vous appelez Hans Muller, vous avez été démasqué. Sie werden erschossen » « vous serez fusillé comme déserteur ». Du cinéma pour me faire parler? Peut-être! Allez savoir!

Reconduit dans ma cellule, incapable de raisonner froidement, je vis un cauchemar, éveillé toute la nuit, craignant d’être fusillé à l’aube. En pleine confusion mentale, dans un état second, je passe ainsi 48 heures dans le désespoir…Au petit matin du 17° jour deux hommes en armes viennent me chercher, m’emmènent, et me laissent seul, glacé de terreur, dans une pièce vide…L’attente est longue. La porte s’ouvre sur l’officier à l’accent d’Oxford. Sans lui laisser le temps de s’asseoir, je lui dévoile d’un seul trait ma véritable identité : _ »Je m’appelle Henri Mathey, je suis Français, je suis né à Besançon, j’appartiens au 341 Fighter Squadron, je volais sur Spitfire, j’ai été abattu à Arnhem ».

A suivre le 25 juillet 2018, M. Henri Mathey prisonnier au Stalag-Luft III à Sagan.