Les visites du ministre Alfred Nicolas Rambaud, à Besançon, au mois d’août 1896

A deux reprises, dans le courant du mois d’août (le 1er puis le 24), le Ministre de l’Instruction Publique, Alfred Nicolas Rambaud rend visite à sa ville natale, Besançon. C’est en effet, à Besançon, qu’est né Alfred Nicolas Rambaud, le 2 juillet 1842 (mort à Paris le 10 novembre 1916). Historien, il fit tout à la fois une brillante carrière politique et universitaire (voir au sujet de sa carrière universitaire, l’article consacré sur le site de Vivre aux Chaprais au Passage Rambaud).

Couverture d'un des 8 tomes de l'Histoire Générale publiée sous la direction de Lavisse et Rambaud

L’Histoire Générale publiée sous la direction de Lavisse et Rambaud

Rambaud a écrit plus de 20 ouvrages d'Histoire : ici, couverture de l'ouvrage sur l'histoire de la Russie

Ouvrage de l’historien Rambaud

Il fut tout d’abord élu conseiller général du Doubs (canton, de Roulans) en 1883. Puis sénateur en 1895. Il fut battu de justesse en 1903.

Portrait d'Alfred Nicolas Rambaud

Alfred Nicolas Rambaud

Pourquoi évoquer, dans cette chronique, cet ancien ministre? Parce qu’aux Chaprais existe un passage Rambaud reliant la rue de Belfort et la rue des Chaprais. Et parce qu’il est passé dans notre quartier, puisqu’il s’est rendu, nous le verrons au Casino de la Mouillère.

Pour son premier voyage, il arrive donc à Besançon, par le train, à la gare Viotte le 1er août 1886. Le Petit Comtois précise à ce sujet qu’en fait il serait arrivé incognito le matin du 31 juillet, à 11h30 et se serait rendu chez des amis à quelque distance de Besançon. Puis il serait arrivé officiellement au train de 5h55, le soir.

photo de l'affiche officielle municipale annonçant la visite du ministre

Affiche municipale annonçant la visite du ministre Rambaud

Il faut dire qu’il arrive dans sa ville, dont le maire, radical socialiste, Claude François Vuillecard, s’est présenté aux élections sénatoriales de novembre 1895, contre Rambaud! Le maire de Besançon n’avait obtenu, au premier tour, que 80 voix sur un total de 896 délégués qui votaient quand M. Rambaud, arrivait en tête avec 257 voix. Au 2° tour, notre maire s’était désisté pour un candidat radical modéré, M. Borne qui ne recueillit que 295 voix contre 367 à M. Rambaud. Un troisième tour fut donc nécessaire : M. Rambaud l’emporta finalement par 515 voix contre 318 à M. Borne.

Et cette élection devait laisser des traces lors de cette réception officielle.

Que vient faire notre ministre, à Besançon, le 1er août 1896?

Le compte-rendu que l’on peut lire dans Le Petit Comtois du 2 août 1896 témoigne d’un programme chargé! Dès 8 h à la Préfecture, les cérémonies officielles se sont succédées. Avec des discours du Président du Conseil Général, le sénateur Bernard, du grand rabbin, du président du consistoire protestant, de l’archevêque de Besançon (Mgr Petit), du président de l’association des étudiants dont M. Rambaud est membre d’honneur. Les discours de bienvenue des représentants des différentes religions s’expliquent aisément : le ministre de l’instruction publique est alors également celui des cultes..et des beaux arts…

Durant ces cérémonies, notre ministre distribue des décorations à tour de bras : 1 légion d’honneur (au doyen de la fac de lettres, un bisontin d’origine, 3 d’officiers de l’instruction publique, 13 d’officiers d’académie (dont l’entrepreneur du bâtiment M. Pateu, des Chaprais) et 7 chevaliers du mérite agricole!

A 9h30, distribution des prix au lycée Victor Hugo : le palmarès comporte 103 pages! La séance est levée à 11h45.

Puis c’est le banquet dans la grande salle de l’hôtel de ville avec 80 convives. notre ministre est entouré à droite par le maire et à gauche par le général de la place. Mais sont remarqués comme absents, parce qu’ils n’ont pas voulu y participer, le président du conseil général, les 2 députés Beauquier et Jouffroy d’Abbans, l’archevêque de Besançon.

Menu du repas offert au ministre le 1er août 1896, à l'hôtel de ville.

Menu du repas du 1er août 1896 : s’agit-il d’un déjeuner ou d’un dîner? La presse évoque un déjeuner.

Au dessert, « M. Rambaut après avoir fait allusion à ses origines comtoises s’est étendu sur ses tendances politiques (il appartient alors au cabinet Méline- 1896/1898 qualifié alors de républicain plus que modéré…), rappelant qu’il avait été le collaborateur de Jules Ferry dans sa campagne anticléricale (on comprend mieux l’absence de l’archevêque). Parlant des divisions qui séparent les républicains il a porté un toast à l’union des partis.

La musique d’artillerie prêtait son concours à la fête.

De l’Hôtel de ville on s’est rendu au Casino où l’administration des bains offrait le café et le cigare. On s’est séparé vers 11 h (du soir…). Le parcours de l’hôtel de ville aux bains salins était brillamment illuminés ».

A part cela, lorsqu’il reviendra le 24 août suivant, les cérémonies seront encore plus somptueuses, celles du 1er août ayant été qualifiées de simples!

Nous vous raconterons la suite, c’est à dire la visite du 24 août,  dans un prochain billet.

Documentation tirée des archives municipales de la ville de Besançon.