La guerre de 1870, une guerre honteuse et pourtant…. (1)

Pourquoi évoquer la guerre de 1870:1871 à propos de l’histoire des Chaprais? Lisez ce premier billet qui sera complété par un second, la semaine prochaine, et vous comprendrez.

 Merci à Christian Mourey, membre du groupe Histoire, Mémoire, Patrimoine des Chaprais pour ces 2 billets et leur illustration.

Au cimetière du Champ Bruley, en 1893, fut inauguré le livre d'airain au monument aux morts de la guerre de 1870/1871

Inauguration du livre d’airain

Il y a du monde ce lundi 14 août 1893, début d’après-midi, sur le Quai Veil-Picard et sur le Quai de Strasbourg (ex Quai Napoléon III). Population, Armée et représentants des Services Publics ont répondu à l’invitation du Comité Local de la Société Française de Secours aux Blessés Militaires (Croix-Rouge internationale) pour un hommage aux soldats morts de maladie et des suites de blessures à Besançon au cours de la Guerre de 1870.  Appuyé par de nombreuses musiques et chorales, le cortège se rend au monument qui leur est dédié au Cimetière du Champ Bruley, en passant par les Chaprais  pour y déposer un livre d’airain, où sur douze feuillets métalliques, ont été gravés les noms des 2179 soldats décédés à Besançon des suites des opérations militaires franc-comtoises d’octobre 1870 à février 1871. La ville ne fut ni assiégée, ni occupée. Mais elle fut l’infirmerie de cet épisode tragique.

Monument au cimetière du Champ Bruley en mémoire aux 2 179 officiers, sous-officiers et soldats morts pour la plupart dans les hôpitaux de Besançon

Monument commémoratif au cimetière du Champ Bruley

Après la chute du Second Empire, suite à la capitulation de Sedan, le 4 septembre 1870, un gouvernement provisoire reprend en main les opérations pour contrer l’envahisseur prussien. Les premiers blessés sont acheminés sur Besançon dès la mi-octobre. En 15 jours, avec les combats de la vallée de l’Ognon, tout est complet. Les blessés meurent en grand nombre dans les ambulances pourtant pourvues en matériel. Mais ils sont désormais au contact de malades contagieux : angines couenneuses, fièvres, typhus, variole, dysenterie…

Le 2 janvier 1871, l’Armée de l’Est se met en ordre de marche sous le commandement du Général Bourbaki.bourbaki

Cent mille soldats (sur les 140 000 composant cette armée) marchent sur Belfort en passant par Besançon. Le 6 janvier, accrochés à Baume les Dames, les Allemands se replient sur Rougemont. Après une victoire sans lendemain à Villersexel, Bourbaki reprend sa progression pour tenter de desserrer l’étau emprisonnant Belfort défendu par Denfert Rochereau. Mais les conditions météo et l’intendance sont exécrables. L’État-major est  « à l’Ouest ». Après l’échec de la Bataille de la Lizaine (Bethoncourt) des 15, 16 et 17 janvier, Bourbaki décide la retraite sur Besançon pour tenter de regagner Lyon.

batailleguerresoixantedux

Le 22 janvier, c’est une armée en guenilles qui traverse Besançon pendant 16 heures, Besançon où la situation sanitaire est catastrophique. L’Hôpital, ses cours, galeries et jardins sont saturés de blessés et de malades. Bellevaux accueillera 2 000 malades. Les maisons débordent de soldats. La ville de 50 000 habitants héberge une garnison de 42 000 hommes dont 12 000 sont blessés ou malades. L’hiver 1871 est particulièrement rigoureux. On meurt à même le trottoir par 22 degrés de froid. Il faut évacuer 50 morts par jour. Aucun aliment, ni feu, ni linge, rien. Pour enrayer la contamination de l’Hôpital, les cours du Lycée Victor Hugo (actuel collège) sont transformées en ambulances, en fait de mauvais baraquements ouverts à tous les vents.

Devant un tel spectacle et faute des appuis qu’on lui avait promis, Bourbaki tente de se suicider, mais la blessure du revolver est légère et Clinchant reprend le commandement.

Le général Clinchant prend le commandement de l'armée de l'Est après la tentative de suicide du général Bourbaki

Le général Clinchant ( 1820-1881)

Mais la retraite sur Lyon est coupée par les Allemands à hauteur de Quingey.  Clinchant décide le 24 janvier de se diriger vers la Suisse pour soustraire son armée et son armement à l’ennemi. Bourbaki et lui auront en vain attendu  le secours de Garibaldi cantonné dans Dijon avec 50 000 hommes.

Photo du monument commémoratif de la guerre de 1870/71 au milieu du cimetière du Champ Bruley

Le monument commémoratif aujourd’hui

La suite la semaine prochaine, avec deux dessins inédits de Marc Wattel, ancien architecte des bâtiments de France que nous remercions pour cette contribution…

Cartes postales du site Mémoire Vive Besançon.