Violent incendie à la Mouillère….le 2 juin 1913…

Faisant suite à notre article publié il y a deux semaines sur ce blog, concernant les grandes inondations de janvier 1910 et ses conséquences pour le bas du quartier des Chaprais, nous avons découvert dans la presse locale, ces compte-rendus d’un grand incendie, à la Mouillère, en 1913.

Après l’eau, le feu…

Et dans un prochain article nous évoquerons un sinistre beaucoup plus terrible en 1928 qui affecta 21 familles!

Pour l’heure, nous sommes dans la nuit du 1er au 2 juin 1913…Voici ce qu’en dit la presse de l’époque.

Tout d’abord La Dépêche Républicaine en date du 3 juin 1913.

Ce qui reste des Charbonnages Réunis après l’incendie du 2 juin 1913

« Hier soir entre 11h30 et minuit, un violent incendie a totalement détruit les immeubles servant de bureaux, d’écuries et de hangars appartenant à Monsieur Marquis négociant en charbons.

En quelques instants, les immeubles qui forment les deux côtés du chantier de Monsieur Marquis, situés derrière le Casino, ont été la proie des flammes.

Arrière du casino

L’arrière du Casino aujourd’hui

À ce moment, vers minuit moins dix, le ciel était entièrement embrasé et de formidables lueurs rouges se projetaient sur le Doubs, jusqu’au moulin Saint-Paul. L’embrasement s’est sans doute fait par les greniers dans lesquels se trouvait une certaine quantité de foin.

On ignore dans quelles circonstances le feu a pris naissance. En dehors des parties du local occupé pour le service du commerce de M. Marquis, M. Français, chef du chantier habitait, en effet, un appartement situé au premier étage. Or, hier soir, M. Français, sa femme et son enfant étaient absents. Ce n’est, nous dit-on, qu’en rentrant chez eux, qu’ils se sont aperçus de l’incendie qui a envahi en quelques instants le bâtiment tout entier.

Dès l’alarme donnée, les pompiers sont arrivés sur les lieux avec la pompe automobile. Il n’y avait pour eux pas grand-chose à faire ; et cela est heureux, car la pompe – pour quelle cause, nous ne savons – ne donnait pas beaucoup, et de maigres jets, presque sans pression, s’échappaient des lances.

Étant données la violence de l’incendie et la nature des bâtiments construits presque exclusivement en planches, il n’était pas possible de maîtriser le feu.

L’effort des pompiers s’est porté sur le devant du bâtiment où se trouvaient les bureaux de M. Marquis. Le coffre-fort a été sauvé, ainsi que les livres, au moins pour une grande partie.

Les chevaux se trouvant dans les écuries ont pu également être sauvés.

Les diverses autorités, dont la présence est considérée comme indispensable, étaient présentes.

Les piquets d’incendie de la troupe sont arrivés au premier appel et ont été surtout occupés au service d’ordre qui devenait nécessaire.

Vers 0h30, en effet, les Bisontins réveillés par le tocsin, sont venus en masse sur le lieu du sinistre. Il y avait une foule de plusieurs milliers de personnes, mais elle n’a pas assisté au spectacle vraiment saisissant du début de l’incendie.

M. Marquis est assuré ainsi que son chef de chantier, M. Français ».

Le lendemain, devait paraître ce communiqué dans l’Éclair comtois 

L'éclair 4 juin 1913

« Monsieur Léon Marquis, propriétaire de la Maison de combustibles dite : « Charbonnages Réunis » al’honneur d’informer son honorable clientèle, les personnes désireuses de s’approvisionner en combustibles, que le service des livraisons ne subira aucun retard.

Les bâtiments du chantier étant seuls détruits, l’approvisionnement des combustibles reste intact, et peut subvenir à toute demande, soit pour la clientèle bourgeoise soit pour la clientèle industrielle.

Les entrepôts de la rue de la Mouillère, de Casamène et de la gare Viotte (Cour des Messageries, Grande Vitesse) étant largement garnis, peuvent satisfaire à toutes les demandes, quelles que soient la qualité désirée et la quantité pour livraisons en ville et réexpéditions dans toute la région.

Tous les soins désirables sont apportés aux livraisons, pas de mélange, qualité garantie ».

 

Des précisions sont apportées dans un article du quotidien Le Petit Comtois, en voici des extraits :

incendie Mouillère Petit Comtois

« …En moins de 10 minutes tout le bâtiment, long de 35 m, sur la rue des chalets, à côté de la clinique de Monsieur le docteur Heitz, était en feu, ainsi qu’un autre bâtiment perpendiculaire renfermant d’énormes quantités de combustibles de toutes sortes.

L’établissement des bains salins, la clinique, la maison Europe, la fabrique Lipman, et les coteaux de Beauregard étaient éclairés comme en plein jour.

Clinique du dr Heltz

Rue de la Mouillère ex clinique

Ce qu’il reste de la clinique Heitz aujourd’hui, englobée dans un immeuble; à droite au coin de l’arbre, la rue des Chalets

clinique fronton

Le fronton de la clinique visible encore aujourd’hui

Une pluie d’étincelles menaçait tous les immeubles voisins. Les chevaux furent sauvés ainsi que la comptabilité et le coffre-fort. Mais tout le mobilier de l’appartement de M. Français a été dévoré par les flammes.

Dès la première heure, la pompe automobile fut sur les lieux, mais elle fut impuissante à combattre le sinistre et bientôt on entendit sonner le tocsin.

Plusieurs pompes, parmi lesquelles celle du génie, arrivèrent en toute hâte, ainsi que les piquets d’incendie du 60e, de l’artillerie et du génie.

À minuit et demie, le feu, attaqué vigoureusement de tous côtés, ne menaçait plus les immeubles voisins.

Il n’y a pas eu d’accident de personne. Les pertes sont énormes et sont couvertes par une assurance.

Nous devons signaler la conduite vraiment digne d’éloges des personnes les premières arrivées sur les lieux du sinistre et qui n’ont pas hésité à pénétrer dans le bâtiment en flammes pour sauver la comptabilité que l’on croyait complètement anéantie.

Les troupes se sont également distinguées au cours du sauvetage.

À une heure, tout danger avait disparu, mais l’immense brasier est loin d’être éteint.

Sur les lieux, nous avons remarqué MM. Pailhé, procureur de la République ; Laure, avocat général ; M. Forien, président du conseil d’administration des Bains salins ; Renaudin, commissaire central ; Collignon, commissaire de police ; Jouchoux, Déliot, Fuhrer, conseillers municipaux ; R. Froment, Hugenschmidt, capitaine de pompiers, etc., etc. »….

A la lecture de ces textes assez semblables concernant les secours des services incendie, la conclusion que l’on peut en tirer est leur impuissance relative due en grande partie à un manque de pression dans les lances.

Des noms apparaissent connus de nos lecteurs : comme Lipmann (montres Lip), Heitz (clinique) Forien (l’architecte), Jouchoux (le syndicaliste), Hugenschmidt, etc.

Quant aux pipes Ropp, nous y reviendrons bientôt…

Sources : Mémoirevive, bibliothèque pour la presse locale; M. Christian Mourey pour la carte postale ancienne. Photos DR.