Félix Prost, du journal quotidien « Le Petit Comtois », au journal quotidien « Le Comtois »…

Comme nous l’indiquions dans l’article publié la semaine dernière,  M. Félix Prost était embauché comme aide-comptable, dès 1911, au journal Le Petit Comtois . Le premier numéro de ce Journal Républicain Démocratique Quotidien comme l’indiquait alors le sous titre, était daté du 1er août 1883.

En septembre 1932, le journal fêtait à l’Hôtel des Bains son cinquantième anniversaire. Félix Prost était alors comptable et assistait à ce banquet. Si, à l’origine le sénateur radical socialiste Jules Gros avait fondé ce quotidien, la famille Millot qui l’imprimait en était devenue propriétaire par rachats successifs (en 1886 et 1903). Et Jean Millot ne manqua pas alors de signer, lors de ce banquet, le menu de Félix Prost, menu qui reproduisait en filigrane la “une” de la toute première édition du Petit Comtois.

50 ans du Petit comtois menu

50 ans du Petit comtois menu

 

En 1939, à la déclaration de la guerre (3 septembre 1939), seuls les hommes âgés de 20 à 40 ans étaient mobilisés (en fait la mobilisation avait commencé le 1er septembre à la suite de l’invasion de la Pologne). Félix Prost alors âgé de 52 ans n’était donc pas mobilisable. Le journal cessa de paraître du 16 juin 1940, date de l’arrivée des allemands à Besançon, au 24 juin 1940 ( il avait de nouveau été imprimé à la demande de l’occupant afin d’y publier ses communiqués et ceux de l’administration).

Difficile de préciser comment Félix Prost entra dans la résistance. Mais il le fit dès 1941. Cette carte témoigne de son appartenance à l’un des grands réseaux en zone occupée, Ceux de la Résistance, qui diffusa de la propagande contre l’occupant, collecta des renseignements, organisa la réception des parachutages, des dépôts d’armes et la prise en charge des pilotes alliés abattus au dessus du territoire. Félix Prost a participé, entre autres, à des transports d’armes.

Félx Prost résistant

A la libération, une ordonnance datée du 30 septembre 1944 ordonna la dissolution des journaux qui avaient continué de paraître sous l’occupation. Or Le Petit Comtois avait été interdit de parution par les autorités allemandes le 22 mai 1944. Malgré des actions en justice , appuyées sur de nombreux témoignages réfutant l’accusation de collaboration avec l’ennemi, le titre ne devait jamais reparaître. Et dans le contexte de la libération, socialistes et communistes, alors unis, souhaitaient développer leurs propres journaux afin de remplacer les organes de presse dépendant des radicaux socialistes. Félix Prost, certainement membre de la SFIO, devait devenir un des principaux organisateurs du nouveau journal intitulé Le Comtois, publié dès le 9 octobre 1944, par une coopérative d’ouvriers imprimeurs qu’il créa en grande partie avec ceux qui imprimaient l’ancien journal. Et cela au siège de l’ancien journal 20 avenue Gambetta. Le 19 mars 1945, sous le titre du journal, apparaît pour la première fois les noms des membres du comité de direction : Félix Prost est mentionné aux côtés de A. Millefert, M.Roch, A.Houtin. L’échelon suprême dans ce nouveau journal!

Le Comtois 21/1/45

Le Comtois du 21 janvier 1945 mentionnant Félix Prost comme membre du comité de direction

Mais Le Comtois tirant alors à 35 000 exemplaires, ne rayonnait , pour l’essentiel, qu’autour de Besançon. Il disposait d’une clientèle bisontine fidèle. La rupture intervenue en 1947 entre communistes et socialistes en fit, de fait, le journal des socialistes. M. Joseph Pinard précise dans un article écrit il y a quelques années sur la presse à cette époque : « Il ne dispose ni des moyens matériels, ni d’un créneau politique pour tenter une percée régionale… Le Comtois vivote donc, maintenant sa ligne anticléricale alors que le contexte a changé et quand le journal de la gauche décide de publier un article cordial pour saluer la mémoire du très populaire archevêque de Besançon, Mgr Dubourg, en 1954, certains militants SFIO s’inquiètent de cette main tendue. »…

Félix Prost était-il de ces protestataires?

Si en 1950 il était encore président d’honneur de la commune libre des Chaprais, il a dû prendre sa retraite en 1953.

Commune libre des Chaprais 1950

Mais il ne devait pas en profiter beaucoup. Veuf (depuis 1943), et malade, il est décédé le 25 janvier 1959. Son décès, dès le lendemain faisait la une de son journal et un article en page intérieure était publié.

décès de Félix Prost

Article paru dans Le Comtois du 26 janvier 1959

Ses obsèques ont fait également l’objet d’un important compte-rendu. Le maire Jean Minjoz, de nombreux élus, collègues et amis, habitants des Chaprais avaient suivi le cortège funèbre parti de son domicile de la rue Charles Fourier et s’étaient rassemblés au cimetière des Chaprais.

Prost au cimetière des Chaprais

Obsèques au cimetière des Chaprais : éloge funèbre de M. Roch (DR)

Le Comtois obsèques Prost

Compte-rendu des obsèques dans Le Comtois

personnalités au cimetière des Chaprais

Obsèques au cimetière des Chaprais : on distingue au premier rang de l’assistance le maire de Besançon, Jean Minjoz.

Maurice Roch l’ancien rédacteur en chef du Comtois, ancien membre du comité de direction, son compagnon de toujours déclarait, la gorge serrée, en conclusion de son éloge funéraire:

 “A mon ami, à mon Compagnon de Résistance, au camarade qui m’a rendu courage aux heures de lassitude, je dis non pas adieu, mais merci.”

En ce qui concerne le journal, Le Comtois dès 1973, avec son titre, était de fait absorbé par L’Est Républicain et publiait le même contenu que ce dernier.

Le Comtois titre en 1982

 

Puis en 1982 l’Est Républicain devenait le seul journal avec Le Comtois en sous-titre;

L'est- Le comtois-1993

 

et en 1994 L’Est Républicain tout court, ed du Doubs.

félix prost er 2 janvier 1994 seul

 C’était donc la fin de l’épopée du Petit Comtois et du Comtois qui lui avait succédé..