La Russie à Besançon
La gare Viotte et les Chaprais, lieux de passage des Romanov
Les Chaprais et sa gare sont un lieu de passage obligé pour de nombreux voyageurs. Certains de ces passagers se font remarquer surtout quand il s’agit de membres de la dynastie des Romanov dont ceux issus des Tsars qui régnèrent jusqu’en 1917 sur l’un des plus grands empires de l’Histoire.
Derrière ce titre volontairement provocateur se cache une réalité historique. Notre quartier a été traversé par plusieurs souverains russes. Pourquoi ? Au cours du XIXe siècle, les relations franco-russes sont tumultueuses. Paris et Saint-Pétersbourg s’affrontent durant la première moitié du siècle entre guerres napoléoniennes et le conflit en Crimée (1853-1856). Après la défaite de la France en 1871, les relations entre les deux pays vont progressivement s’améliorer. Les deux puissances ont des points de vue convergents face à la montée en puissance de l’Allemagne.
Besançon est une ville bien située sur les axes de communication. Elle est l’un des centres urbains les proches des frontières de l’Est. Les chances qu’elle soit traversée par des personnalités venant d’Europe centrale et orientale sont importantes. C’est le cas de la famille Romanov et ses différentes branches qui règnent sur la Russie jusqu’à la révolution de 1917. L’un des premiers membres de la dynastie impériale à traverser la capitale comtoise serait le prince héritier Alexandre de Russie (1818-1881) le 3 novembre 1848. Ce dernier, futur tsar, serait brièvement passé par les Chaprais en arrivant d’Allemagne. Il se serait arrêté pour se restaurer à l’hôtel du Nord rue Moncey L’emploi du conditionnel est de mise car les sources manquent quand à ce passage, seule une brève d’un journal méridional en parle.
Quelques années plus tard, alors que le Deuxième Empire est ancré, Besançon accueille la grande duchesse Hélène de Russie (1807-1873), cousine par alliance du tsar Alexandre 1er. Cette femme est issue de la famille du Wurtemberg, c’est une correspondante du montbéliardais George Cuvier. Elle parle français et est très probablement francophile. Au cours d’un voyage, elle décide de s’arrêter à Besançon le 5 juillet 1857 à 16h30 à Viotte. La présence de la Romanov a été éventée avant sa venue si bien que les principaux notables de la ville dont le gouverneur militaire, le général Laffont de Villiers, se tiennent prêts à accueillir cette personnalité. Hélène de Russie et sa suite sont installées dans une salle de la gare aménagée en leur honneur.

La princesse commence la conversation avec les autorités de la ville dont le militaire Laffont de Villiers. Ce dernier se voit demander s’il a servi quelques années auparavant durant la guerre de Crimée où les Français ont combattu les Russes. Ce dernier répond par l’affirmative. Hélène de Russie rebondit pour saluer l’accueil du militaire et des Bisontins malgré l’opposition passée entre les deux pays. Les convives russes échangent pendant quelques dizaines de minutes avec leurs hôtes comtois avant d’être invités à visiter l’actuel parc des Glacis et sa superbe vue sur le centre historique de Besançon. Hélène de Russie s’émerveille de la beauté des lieux puis est conduite dans une voiture pour visiter le cœur de la cité horlogère.
Sept ans plus tard, c’est l’empereur Alexandre en personne qui fait une courte halte en gare de Besançon. Dans le cadre d’une tournée française, le tsar se retrouve arrêté avec sa famille et une partie de sa cour pendant une quarantaine de minutes. Le souverain ne souhaitant pas être dérangé, aucun officiel ne vient le rencontrer. Pour autant, la gare n’est pas laissée sans mesure de sécurité. Quelques heures avant la venue du souverain, le bâtiment est évacué. La foule ne peut qu’assister à la promenade de ce seigneur qui décide de faire quelques pas sur le quai de la gare. Le journal « La Franche-Comté » le décrit comme ayant « une grande physionomie, un peu sérieuse peut-être, mais très douce, très sympathique ; il est de haute stature. » dans son édition du 20 octobre 1864, jour de la traversée du Romanov. Ce dernier repart rapidement.

Le tsar Alexandre II de Russie
Alors que la France et la Russie opèrent un spectaculaire rapprochement à partir des années 1880, aucun autre membre de la dynastie ne revient dans l’immédiat à Besançon. Dans cette amitié franco-russe, la ville y contribue en offrant à des horloges en 1893 pour le tsar et des personnalités militaires russes en visite en France. On ne sait pas si ces objets ont été fabriqués aux Chaprais, il est toujours possible de le penser au vu de la montée en puissance de l’industrie horlogère dans le quartier.

En 1896, le tsar Nicolas II effectue une visite en France pour consolider l’alliance franco-russe, marquée par des événements comme son débarquement à Cherbourg et un cortège triomphal sur les Champs-Élysées.
Au cours du siècle suivant, quelques autres membres de la famille impériale passent par Besançon, mais aucun indice ne semble montrer un passage aux Chaprais. Ces venues se font régulièrement dans le cadre dans le cadre d’exercices militaires pour lesquels, la Russie est invitée. En 1917, les Romanov connaissent une triste fin, destituée, la famille voit cinq de ses membres (Le Tsar, sa femme et ses enfants) mourir dans l’année suivante. Aujourd’hui, le souvenir du passage de la dynastie russe est depuis longtemps oublié à Besançon. Ces visites s’inscrivent dans le passage d’autres souverains européens dans la ville.
Courrier de Saône-et-Loire, 20 oct. 1864, p. 2/4
La Croix, 3 oct. 1893, p. 2/4
Gazette du Languedoc, 13 nov. 1848, p. 2/4
La Franche-Comté, 20 octobre 1864
L’Impartial 8 juillet 1857
Le Phare de la Loire, 10 juil. 1857, p. 1/4
La Presse, 4 nov. 1905
Bournand, François Russes et Français, souvenirs historiques et anecdotiques, 1051-1897, 1893
Un autre exemple de relation entre la Franche Comté et les tsars de Russie : L’ histoire mouvementée de Maria Feodovna

En 1781, Maria Feodovna et son mari Paul visitèrent la France et le pays de Montbéliard. Son mari ne resta pas longtemps Tsar de Russie, il fut assassiné en 1811. Leur fils Alexandre ne régna pas longtemps non plus, il mourut en 1825. Son frère Nicolas devint empereur. De sorte que Maria Fodovna, impératrice fut mère de deux empereurs et aussi de deux reines. Quel rapport avec la Franche Comté ? Maria Feodovna s’appelait à l’origine Sophie-Dorothée et elle était la fille du duc de Wurtemberg, née à Montbéliard dans le Doubs. Source Femmes dans l’histoire de Franche Comté par Eveline Toillon
Conférence d’histoire des Chaprais ce jeudi 5 février à 15 h 30 à la Cassotte
Histoire et patrimoine du cimetière des Chaprais
par Mme Anne Lise Thierry historienne de l’art, autrice du livre
Une nécropole romantique, le cimetière des Chaprais

