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Histoire des Chaprais : le passé industriel de la rue de la Rotonde

Compte rendu de la conférence du 21 mai 2026 : histoire de la rue de la Rotonde

La réunion mensuelle d’histoire des Chaprais a réuni 45 personnes à la Cassotte

En apparence, il y a peu de choses à dire sur les deux rues étudiées de la Rotonde et du Cercle. En réalité, les 150 dernières années ont été marquées par de grandes mutations. Il faudra trois articles pour en faire un compte rendu succinct.

Un patrimoine presque disparu ; chemin de fer, horlogerie, garage, Pomona …. : les entreprises et ateliers ont été nombreux rue de la Rotonde.

La création de la gare Viotte et de la rotonde est à l’origine de la transformation du chemin de Braillans en rue de la Rotonde

Sur ce plan (Delacroix) de 1862 : on remarque la gare Viotte et la rotonde en U, qui va donner son nom à la rue, anciennement chemin de Braillans.

La présence de la gare et de la Rotonde va susciter la venue de travailleurs pour la Compagnie de PLM. Pourtant le nombre d’habitants cheminots restera moins élevé que dans d’autres rues du quartier.
Au recensement de1891, on dénombre 8 cheminots et 15 en 1926 travaillent pour la Compagnie PLM. En 1946, 15 travaillent à la SNCF.

Le développement de l’horlogerie se traduit par la création de nombreux ateliers et usines non seulement dans la Boucle et Battant mais aussi aux Chaprais notamment rue de la Rotonde

Au 13 rue de la Rotonde

Au 13 rue de la Rotonde, en fond de cour, les areliers d'horlogerie ATO
Les bâtiments de la fabrique ATO au début du XX° siècle
horlogerie Hatot rue Rotonde 1933

En avril 1918, le conseil municipal attribue une subvention « à titre d’encouragement » à Léon Hatot, fabricant d’horlogerie, pour l’installation de son usine 13 rue de la Rotonde. Construite en 1918-1919, la « fabrique d’horlogerie et de joaillerie » est spécialisée dans l’horlogerie de luxe (pendentifs, bracelets-montres, bagues-montres, châtelaines, bourse-montres, etc.). Elle comprend un atelier de monteurs de boîtes mécaniques et des magasins pour fournitures au rez-de-chaussée ; un atelier de terminage de mouvements, un atelier de plantage d’échappements pour les pièces en série et un atelier pour la fabrication des cadrans métal au premier étage ; un atelier de remontage et de terminage des pièces soignées et un atelier de monteurs de boîtes de montres pour pièces platine au second étage. Les bureaux et un atelier pour décorateurs sont situés dans l’aile ouest, et la conciergerie et deux ateliers (mécaniciens et polisseurs) sont placés dans l’aile est.

Formé entre 1895 et 1898 à l’Ecole d’Horlogerie de Besançon, Léon Hatot et monte un atelier d’horlogerie 5 rue Moncey à Besançon. En 1911, il reprend la société parisienne A. Bredillard. En 1920, Léon Hatot fonde la société Anonyme des Ets Léon Hatot, dont le siège social est situé 23 rue de la Michodière à Paris. Il s’intéresse alors aux applications de l’électricité à l’horlogerie et collabore en 1923 avec l’ingénieur des Arts et Métiers Marius Lavet, diplômé de l’Ecole supérieure d’Electricité. Il se lance dans la fabrication de pendules et d’horloges électriques, commercialisées sous la marque Ato à partir de 1923. L’usine emploie 53 personnes en 1930. En 1933, Léon Hatot acquiert la société Paul Garnier, spécialisée dans les systèmes d’horlogerie électrique et installée rue Beudant à Paris. Après le transfert des ateliers d’horlogerie à Paris en 1933-1934, l’usine de la rue de la Rotonde est transformée en appartements. Les fenêtres des ateliers ont été modifiées, et les toits en terrasse des ailes est et ouest, couronnés de balustrades, ont été remplacés par des appentis à croupes. Les dépendances, construites dans le prolongement sud de l’aile ouest, ont été détruites à la fin du 20e siècle. La marque Hatot appartient depuis l’an 2000 au groupe suisse Swatch. (Raphaël Favereaux)

An n° 15, en 1926 et en 1946, on note la présence de l’horloger Emile Friez

Au n° 17 bis, Paul Froidevaux est fabricant d’horlogerie: les montres Perfex



En avril 1941, la société des Ets Perfex (Froidevaux frères, fabricants d’horlogerie à Charquemont,  demande l’autorisation de construire un bâtiment à usage de bureaux et ateliers sur un terrain qu’elle possède au n°17 bis rue de la Rotonde. Les plans sont signés par l’architecte bisontin E. Dambenon. Le sous-sol est occupé par des garages et la chaufferie, le premier étage réservé aux bureaux, un logement et un magasin, et l’atelier ainsi que deux vestiaires occupent le second étage

Perfex 17 bis rue de la Rotonde

En haut de la rue on trouve trace des Spiraux et de Japy

Le recensement de 1926 indique la présence de 8 horlogers chez Japy et de Louis Ragon, directeur des Spiraux

Japy : une entreprise très ancienne en Franche Comté

La famille Japy et Mégevand à l’origine de l’horlogerie

C’est dans le contexte de la Révolution industrielle et de l’ annexion du Comté de Montbéliard par la France en 1793 que l’entreprise Japy prend naissance car ce contexte est un accélérateur d’initiatives industrielles avec l’ouverture d’un vaste marché jusqu’alors fermé au Pays de Montbéliard


Frédéric Japy , dont le père était un modeste maréchal ferrand , officier seigneurial du village pour le compte des ducs de Wurtenberg) , part , à 19 ans, suivre une formation en Suisse d’horloger. Il crée un atelier d’horlogerie en 1777 à Beaucourt (village de 251 habitants) , 50 ouvriers produisent 2400 ébauches de montre par mois ( ébauche = ensemble de toutes les pièces qui sont nécessaires pour la réalisation d’une montre).

En 1806, la fabrique emploie 500 ouvriers et produit 12 734 ébauches par mois. Cette progression s’explique par l’utilisation de machines-outils, qui permet un gain de productivité important. C’est le choix de cette modernisation qui explique dans un premier temps, la réussite de Frédéric Japy.

Lors de l’exposition universelle de 1867, l’entreprise Japy Frères et Cie représente le 3èmegroupe industriel de France , après Saint Gobain et Schneider

Les bénéfices sont réinvestis dans l’achat de propriétés foncières et immobilières qui vont permettre de nouvelles constructions.

A la mort de Frédéric Japy en 1812 , ses 3 fils aînés prennent la succession de l’entreprise après avoir fait leurs armes comme simples employés dans l’entreprise. Ils fondent une nouvelle société Japy-frères

Leur mariage avec des membres de familles issues du même milieu renforce leur puissance : alliance avec la famille Peugeot ( création de Peugeot-Frères notamment)

En 1837 l’entreprise compte six lieux de production et 3000 ouvriers , La direction reste collégiale

En 1873 les règles pour obtenir un poste à responsabilité au sein de l’entreprise ne garantissent plus les compétences du candidat, il suffit d’être « coopté » Cela va marquer le début du déclin

La gérance de cet empire Japy est minée par des conflits internes. Ce climat délétère empêche la prise de décisions qui s’impose pour faire face à la concurrence grandissante. La capacité d’innovation s’amenuise au fil des successions.


Au début du XIX ème siècle l’entreprise se diversifie : Visserie, grosse horlogerie, serrurerie, quincaillerie, fer battu et émaillerie. Cette diversification se poursuit au XXème siècle avec les machines à écrire, En 1910 les Japy sont les premiers à produire des machines à écrire.

Un film sorti en 2021, raconte l’ascension en 1958, d’une jeune fille qui rêve de devenir secrétaire et qui participe au concours international de la plus rapide secrétaire à taper à la machine .Elle représente la marque Japy au concours international qui se déroule à New York et bat l’américaine. Le scénario s’inspire de la réalité. La production de machine à écrire, cessera en 1974 à Beaucourt. La concurrence étrangère exige des efforts d’adaptation que l’entreprise Japy n’est pas en mesure de réaliser faute de capitaux.

On trouve encore des réveils et montres Japy

pub Japy

Le n° 30 de la rue de la Rotonde ou le n° 16 rue Suard est un site horloger important. Dans les années 1940 les établissements Miserez farbiquent des boîtes de montre et des briquets

Publicité

Publicité sur les boîtiers des montres Miserez
Ancienne publicité des boîtiers Miserez

Ce sit18e deviendra aussi quelques temps le siège social de Kelton

Le n° 18 appartenait en 1946 à Georges Ferreux, fabricant d’horlogerie. Michel Binetruy , un électricien sera présent à cette adresse avant Alain Genet gérant d’une entreprise de nettoyage

Au bas de la rue, au n° 6 on note aussi la présence de l’entreprise horlogère Schneider en 1946

A cette adresse, sera présente ensuite l’entreprise Tordjman un dépôt et un commerce de vêtements.

Mais la principale entreprise commerciale prendra la place de la SNCF :

L’entreprise Pomona

Pomona rue de la Rotonde stationnement interdit

Max Monnot, âgé de 23 ans, se lance en 1910 dans le commerce de beurre, œufs et fromages à Reims. Bientôt rejoint par ses frères Jean, Joseph et René, il baptise l’affaire Monnot Frères.
La gamme s’élargit rapidement aux fruits et aux primeurs, mais la grande idée de Max, celle par qui le succès arrive à partir de 1912, c’est la commercialisation de la banane. Grâce à la vente de ce fruit exotique, les frères Monnot réussissent à se faire une bonne place d’abord à Reims puis dans tout le pays

Mise à mal par la guerre, l’entreprise, est restructurée par Henri-Eugène Dewavrin et rebaptisée Pomona, inspirée de « Pomone », déesse des fruits.
Dans les années 80, Pomona perd le marché des grandes surfaces. Il doit se diversifier.
Fin 2022, le Groupe Pomona réalise un chiffre d’affaires de 4.6 milliards d’euros et compte près de 11 500 collaborateurs dans 190 sites en France, en Suisse et en Espagne.

Les camions et les chauffeurs

L’entreprise quitte la rue de la Rotonde en laissant d’importants entrepôts

Hangars Pomona vus du haut juin 2014

les entrepôts en juin 2014
La démolition est engagée à la fin de l’année 2014

Démolition de Pomona

Malgré le versement par Pomona d’une importante somme pour dépolluer le terrain. Cette dépollution ne sera entreprise qu’en mai 2026

dépollution Pomona

Une autre entreprise a été présente en haut de la rue de la Rotonde : les chantiers Greset

Des garages au 22 et 24 rue de la Rotonde

Le Véhicule Industriel, entreprise créée par Roger Guinot

Véhicule Industriel 20 rue de la Rotonde

D’après le témoignage de Pierre Brendel qui a travaillé ici et les photos de Michel Meusy, 25 mécanos travaillaient ici dans le cambouis, sans protection pour Roger Guinot, jusqu’à son décès en 1964. Sa spécialité : les camions restant de la guerre comme ce Dodge.

L’indicateur Fournier de 1965 relève encore Le véhicule industriel, Standard Métal et Cie
Et au n° 24 les ateliers Troutot

Les quelques petits commerces et artisans ont beaucoup changé : ainsi au n° 2 l’épicerie bio est devenue une bijouterie

épicerie bio 2 rue de la Rotonde

Au n° 9, le salon de coiffure « Christine » est devenu un local de photographe

salon de coiffure rue de la Rotonde

A suivre ….

Prochaine réunion d’histoire jeudi 2 juillet : la rue du Château rose

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