Le fils du maître de poste. Feuilleton de rentrée (2° épisode)

feuilleton

Le fils du maître de poste

par Françoise Romain

Nous avons fait connaissance de Jean-Baptiste né en 1830, dans le relais de poste de la rue de la Baume, tenu par son père Jean Labreuil  occupant la charge enviée de maître de poste et de Marie qui assure la bonne marche de l’auberge.
Le jeune garçon va se passionner pour les chevaux et montrer une grande aptitude aux soins apportés aux équidés…

Auberge du cheval blanc

Si bien qu’à 14 ans, il montrait une belle maîtrise dans le contact avec les chevaux. Calme et patient, il avait la capacité de rassurer les animaux. Il possédait ce don rare d’obtenir leur confiance, en leur parlant de sa voix douce et grave. Ses mains avaient appris à ressentir le moindre frémissement musculaire, un tendon durci par une crampe.

cheval

Jean, très fier de lui, le considérait comme son futur successeur. Il imaginait lui confier sa charge si prisée par ses pairs.

train diligence

Bien que l’époque soit annonciatrice de changement avec le développement du réseau de chemin de fer, et de récentes orientations sur la construction d’un pont reliant le centre ville au quartier des Chaprais, il pensait que son fils aurait encore une belle carrière à vivre.

pont en fil de fer

Jean-Baptiste n’osait contrarier ce père qu’il admirait tant, mais ses rêves étaient ailleurs. Il aurait tellement aimé être vétérinaire, parcourir la contrée, soigner les animaux au cœur des fermes les plus reculées afin d’y apporter ses compétences et sa passion. Malheureusement il savait que les études coûtaient fort chers. Ses parents ne pourraient jamais accéder à ses désirs. Il gardait en lui enfouie, cette blessure profonde qu’il ne pouvait partager.

Deux années supplémentaires passèrent ainsi, entre une scolarité exemplaire et son apprentissage auprès des palefreniers.

Un soir où la pluie était tombée sans discontinuer, les voyageurs avaient afflué, pressés de trouver un peu de réconfort auprès du feu de la cheminée monumentale de l’hostellerie.

Parmi eux, un homme de haute stature avait été installé dans un coin de la salle à l’écart du brouhaha. Il mangeait avec appétit un brouet fumant accompagné de pain bis et d’un pichet de vin des Ragots issu des collines pentues de Bregille..

Vignoble des Ragots

Jean-Baptiste venu seconder sa mère, circulait avec aisance entre les marchands et voituriers. Il jaugeait la portion de miche qui manquait, le verre à remplir, l’assiette à débarrasser.

C’était à présent un garçon élancé et robuste, toujours prêt à la tâche, surtout auprès des chevaux. Des yeux expressifs, une mâchoire carrée bien dessinée, témoignaient de son tempérament énergique. Il gardait pour lui ses pensées sombres, lors de rares instants de solitude.

Tout en effectuant son travail, il jetait des coups d’œil fréquents au client vêtu avec élégance.

Baron Taylor

Sa redingote en drap noir impeccablement coupée laissait entrevoir une chemise à cols montants d’une blancheur immaculée. Un foulard ébène en satin était noué avec raffinement. Sa chevelure abondante, aux larges ondulations naturelles dominait un front haut, un regard d’une acuité lumineuse. C’était à n’en pas douter un homme de «qualité».

Cela dénotait, dans ce quartier rural où la clientèle se composait essentiellement de postillons hâbleurs et mal embouchés, de négociants pressés et de voyageurs peu enclins à la courtoisie.

Sa monture était magnifique. Un étalon pur sang bai, puissant, qui boitait lorsque Jean-Baptiste l’avait pris en charge à son arrivée. L’articulation de son antérieur droit était gonflée et chaude. Il avait immédiatement détecté une légère entorse et appliqué un onguent de plantes sauvages, cueillies au cours de ses escapades dans les collines proches et susceptibles de résoudre l’inflammation. Sans se troubler sous le regard du gentilhomme, il avait ajusté le pansement avec dextérité après avoir tranquillisé le cheval.

L’étranger venait de terminer son repas lorsqu’il héla Jean Baptiste de la main. Celui ci se précipita un peu inquiet, mais le regard franc et direct, comme à son habitude.

– Monsieur a t-il un souci avec le service ? interrogea t-il

– Non jeune homme, je voudrais te poser quelques questions répondit il dans un français parfait avec une pointe d’accent anglais. Je t’ai observé tout à l’heure à l’écurie avec mon cheval. Tu sais t’y prendre, dirait-on. Je n’ai jamais vu Eclipse aussi calme avec un inconnu. A présent tu aides les patrons ici. Tu ne ménages pas ta peine. Qui es-tu?

– Je suis Jean-Baptiste, fils de Jean Labreuil: le maître de poste. Marie qui tient l’auberge est ma mère.

…/…

A suivre …

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Commentaires

  1. Berthe 8 septembre, 2020, 18:42

    J’attends la suite avec plaisir ! Ce sera probablement trop court….

    Répondre à ce commentaire

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