Le feuilleton de la rentrée

feuilleton

Préambule

Je suis Françoise, animatrice des rencontres Coups de coeur lecture depuis un peu plus de deux ans, et
lors de mes heures disponibles j’aime aussi raconter des histoires sans paroles, mais en mots couchés sur
papier.
Je prends très souvent connaissance des articles qui paraissent sur le site de Vivre aux Chaprais et
certaines rubriques m’intéressent beaucoup. C’est le cas pour les diverses actualités du quartier mais aussi
son histoire.
Grâce à Mr Jean-Claude Goudot, j’ai découvert de multiples aspects du quartier que j’habite à «temps
partiel» depuis début 2018. Toujours très documenté et raconté de façon plaisante, ce passé devient riche ,
animé et passionnant. J’ai eu ainsi le plaisir de découvrir grâce à lui le cimetière des Chaprais ; une
promenade pleine d’enseignement dans un lieu un peu magique.
Dans l’article du 20 juin 2020, Mr Goudot nous a rappelé une parution de L’Est Républicain en 1988 sur
L’auberge du Cheval Blanc, au no 71 de la rue de Belfort.

Auberge du cheval blanc
Mon imagination n’a fait qu’un tour et je me suis souvenue d’un écrit réalisé il y a environ 3 ans sur le
thème d’un relais de poste au 19 ème siècle. En le relisant, j’ai souhaité en faire une réécriture qui
permette de la transposer aux Chaprais.
J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’une œuvre fictive, sans aucune prétention. Néanmoins j’ai lu avec
attention ce qui avait été écrit sur le quartier en milieu du 19 ème siècle pour rester cohérente dans ma
démarche.
Je souhaite juste entraîner le lecteur dans une histoire particulière où la vie de jadis avait ses spécificités,
ses activités avant les grands changements de la fin du 19 ème et début 20 ème siècle.
Sous forme d’un feuilleton de rentrée….Nous verrons bien où cela nous mène!

 

Le fils du maître de poste

par Françoise Romain

L’austère bâtisse s’imposait à l’œil dès que l’on abordait la descente de la rue de Strasbourg, plus communément nommée rue de la Baume par les habitants du quartier. Son assise en pierres, solide et trapue était coiffée d’un toit comtois aux dimensions imposantes que le voyageur repérait avec soulagement après de longues heures de voyage.

Plan des Chaprais vers 1830

 

Fort fréquentée, cette route Royale reliait l’Alsace à la région lyonnaise, à dos de cheval, en diligences ou par malles postales ayant mission de convoyer le courrier de villes en villes. Il existait ainsi un maillage conséquent de près de deux mille relais étapes dans toute la France.

réseau de relais de poste

La route bordée de jardins particuliers et de parcelles maraîchères, avait également accueilli des paysans et artisans installés à proximité de la grande maison dont le nom apposé en façade annonçait…«Au Grand Saint Denis»
Ce relais de poste de Besançon avait bonne réputation pour la qualité et l’abondance de ses mets achetés aux cultivateurs avoisinants. Quant aux voyageurs, ils se réjouissaient d’y trouver réconfort dans la grande salle aux pavés ronds où régnait une ambiance animée et chaleureuse.

diligence
C’est là que naquit Jean-Baptiste, en avril 1830, le fils du maître de poste.
Il suscita l’étonnement de tout son entourage. Il ne cria pas, se contenta de respirer calmement. Ses yeux bleus ardoise semblèrent observer l’environnement avec une grande intensité. Puis il s’endormit comme s’il en avait compris  l’essentiel.
Ce fut dès lors, un enfant actif sans être turbulent, curieux et attentif aux autres.
Sa prime enfance se déroula entre la salle de l’auberge dont s’occupait Marie sa mère, et les écuries mitoyennes sous la responsabilité de son père prénommé Jean. Il courait de l’un à l’autre, exécutant des petites tâches adaptées à son jeune
âge. Le travail ne manquait pas dans le relais; des malles-postes y faisaient étape chaque jour. Outre le courrier, elles transportaient aussi des marchandises et quelques voyageurs qui profitaient de rares places exiguës pour se déplacer à moindre frais.
Jean était très respecté de part sa charge et son brevet de fonction. L’exploitation d’un domaine agricole attenant lui avait permis au long des années d’entretenir une cavalerie coûteuse. L’association de la ferme et du relais lui avait fort bien réussi. Avoines et fourrages produits étaient consommés par les chevaux de Poste, lesquels fournissaient le fumier nécessaire à l’engraissement des terres. Un circuit plutôt vertueux et efficace qui permettait en outre de commercialiser l’excédent.
Il savait prendre soin des chevaux qui arrivaient fourbus, et relayer les équipages avec des bêtes de qualité. Ses compétences étaient connues des lieues à la ronde, par les habitués de ces chemins encore chaotiques, plutôt étroits et peu entretenus.
Jean Baptiste montra très tôt un fort intérêt pour les équidés.

cheval

Dès qu’un attelage se faisait entendre, le petit Jean-Baptiste arrivait à toute vitesse, lâchant ses occupations aussi prenantes soient elles. A dix ans, il savait effectuer les premiers soins aux chevaux, leur donner de l’eau, des caresses réconfortantes dont ils avaient besoin. Il connaissait parfaitement le nom des couleurs de robe de chacun. Lorsque son père lui interdisait certains gestes plus techniques, Jean Baptiste se juchait sur une botte de foin pour détailler les mouvements précis qui palpaient, massaient les membres courbatus et soulageaient les tensions. Tous les gestes observés se gravaient, jour après jour dans sa tête d’enfant concentré.
Sa plus grande curiosité se portait sur les manipulations du vétérinaire appelé à la rescousse dans les cas délicats. Il glanait toutes les informations qu’on voulait bien lui fournir. Les repassait mille fois dans sa tête le soir dans sa chambre.

…/…

A suivre …

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