Le chapraisien René Mussillon a joué un grand rôle lors des combats pour la libération de Besançon le 8 septembre 1944

Le 9 septembre 2017, nous avons publié un article consacré à M. René Mussillon qui a joué un grand rôle dans la libération de Besançon. Mais nous précisions que nous ne savions pas grand-chose sur cet ancien policier. Les seuls documents alors en notre possession étaient son acte de naissance, son livret militaire et un rapport du lieutenant Marnotte (découvert par M. Bernard Carré) sur la libération de Besançon où son rôle est abordé.

Depuis, nous avons enfin pu retrouver un membre de sa famille, son petit fils, M. Alain Mill. C’est d’ailleurs chez lui que M. René Mussillon a passé les dernières années de son existence avant de décéder à l’hôpital de Dole le 6 octobre 1999.

Son petit-fils nous a communiqué un certain nombre de documents exclusifs permettant d’en savoir un peu plus sur cette personnalité. Tout d’abord soulignons qu’il est chapraisien d’origine. Il est né, le 22 janvier 1910, dans la maison familiale du 18 rue des Cras, maison qu’il habitera par la suite.

Ace de naissance de René Musllon

 Acte de naissance

18 rue des Cras

Son ancienne maison 18 rue des Cras

En 1931, il se marie avec Suzanne, Marie Basset : ils auront une fille et divorcent en 1951.

Il est entré dans la police le 1er janvier 1933 comme le prouve cette carte de service. Tout d’abord comme secrétaire de police au service des archives. Et deux ans plus tard il est déjà Officier de police adjoint.

René Musillon dentité

Dès juillet 1941 il organise avec des policiers un groupe de l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée). Il est alors en fonction au poste de police des Chaprais, place de la Liberté. Il expliquera par la suite, dans un rapport à sa hiérarchie, après la libération, son rôle à cette époque. Il fait passer, de nuit, après les avoir ravitaillés et munis de faux papiers, des prisonniers évadés, des réfractaires ou encore des Français recherchés par les Allemands ;

« Je porte de nuit, pendant une quinzaine de jours du ravitaillement à des militaires français évadés d’Allemagne et réfugiés dans le bois de Chailluz.

J’estime, pour ma part, avoir fait passer une cinquantaine d’évadés auxquels, par mesure de prudence, aucune identité n’a été demandée.

J’ai fabriqué au moins 300 fausses cartes d’identité à des recherchés, des évadés réfractaires et israélites. Le cachet a été fait par un de mes amis, graveur.

En 1942, j’entre en relation avec JAQUET et son groupe qui vient de se former. Je suis affecté comme adjoint à un chef de section nommé FAUCHS. J’apporte avec moi l’adhésion de mon groupe fort de 50 hommes. Je fais des démonstrations de mitraillette chez moi, à l’atelier de BEAUD et chez PAROCHE. »

18 oct 20 rapport

Il sera arrêté le 25 mai 1944 vers 11h30, chez lui. Il semble que les allemands soient alors au courant d’une réunion qui s’est tenue au mois d’avril 1944 chez M. Louis DUBREUIL avocat stagiaire. Au cours de cette réunion avait été évoquée l’organisation de R. Mussillon et son armement. « Je déclare pour ma part que je possède des pistolets, des fusils, deux mitrailleuses et 4 500 cartouches. ».

René Musillon interné

Car la seule question qui semble intéresser l’Occupant est celle des armes : ils veulent savoir où elles sont cachées. Mais si René Mussillon reconnaît son appartenance à la Résistance, il nie détenir des armes. Il sera finalement relâché grâce à son commissaire, M. BUHR qui intervient à plusieurs reprises. Muté à Dijon par mesure disciplinaire, il réussit à revenir à, Besançon en août 1944, après le débarquement du 15 août en Provence.

Quant aux sévices subis lors de ses interrogatoires, ils figurent dans son livret militaire dont nous avons livré des extraits dans notre article du 9 septembre 2017 publié sur ce blog.

A noter que malheureusement, le jeune avocat Louis Dubreuil, âgé de 28 ans, père de 3 jeunes enfants, arrêté également après la réunion organisée dans son cabinet, sera déporté. Il est mort à Melk en Autriche, le 22 novembre 1944.

René Mussillon dénoncera par la suite le fait qu’aucun policier ne l’ait prévenu de l’imminence de son arrestation : « …aucun des membres du personnel présent (lors de la venue des allemands au commissariat afin de l’arrêter alors qu’il n’est pas en service) ne se trouve assez bon patriote pour me prévenir ».

Dès fin août 1944, après la libération de Paris, René Mussillon précise :

«  Les FFI des 2 groupes des Chaprais prenaient leurs dispositions, arrachaient des panneaux indicateurs et semaient des clous rue de Belfort et rue de Vesoul.

Il n’était pas question d’opérations prématurées pour éviter à la ville et ses habitants des représailles qui, à Oradour et Tulle avaient été de véritables et atroces tueries.

Le 7 septembre 1944, à 15 h, contrairement à la parole donnée (par l’Occupant) le dernier de nos ponts sautait et je donnais alors l’ordre d’attaquer l’ennemi, sachant bien que les troupes avancées américaines étaient presque aux portes de la capitale franc-comtoise.

L’après-midi passa en escarmouches avec de petits groupes de protection allemands et en arrestation de plusieurs collaborateurs. Enfin vers 17 h 30, le premier groupe et moi-même faisions, à Palente, la jonction avec les soldats US. C’était ensuite l’entrée dans la ville au milieu d’une profusion de drapeaux, de fleurs et d’une population délirante de joie.

Chars rue de Belfort

Les chars US rue de Belfort (photo Henri Belmont musée de la résistance et de la déportation DR)

A ce moment là, nous n’avions à déplorer que la mort d’un seul homme, Roger Felsinger, tué lâchement d’une balle dans le dos rue des Villas.

Vers 18h30, je conduisais les chars alliés rue de Vesoul, seuls artère et quartier tenus encore par l’ennemi. Et c’est là que le drame allait se jouer. Bien qu’épaulé par des chars, ne pouvant pratiquement rien faire contre l’ennemi en grand nombre, bien armé et retranché, les hommes des deux groupes s’infiltraient par les jardins et les maisons, arrivant à le faire décrocher. Les combats furent très violents, tout le monde se battant encore avec acharnement et courage. Dans la nuit venue, Saint-Claude était lui aussi comme les Chaprais, libéré. La victoire était là, mais au prix de 24 morts et 30 blessés ».

obsèques de résistants

Obsèques des victimes des combats pour la libération. Cortège funèbre avenue Fontaine Argent

(photo Bourgeois musée de la résistance et de la déportation DR)

Après la libération, M. Mussillon œuvre tout d’abord pour l’érection de la stèle place de la Liberté puis milite dans les associations d’anciens résistants.

René Musillon FFI

Quelques années après son divorce, il vit au 5 avenue Droz avec la veuve d’un industriel des Chaprais. C’est après le décès de cette dernière qu’il va habiter chez son petit fils.

M. René Mussillon, titulaire de nombreuses médailles et décorations est enterré au cimetière des Chaprais.

René Musillon décoré

René Musillon cimetière des Chaprais

La tombe de M. René Mussillon au cimetière des Chaprais

A noter que son petit fils, M. A. Mill a fait, comme son grand-père, une brillante carrière dans la police nationale.

Sources : archives familiales, musée de la Résistance et de Déportation.Photos Alain Prêtre.