Histoire des Chaprais : la rue Lanchy
Compte rendu de la conférence d’histoire des Chaprais du 23 avril 2026 : 2° partie
Cette réunion mensuelle d’histoire des Chaprais avait pour objet l’histoire de 3 rues situées entre Chasnot et Cras. Après un premier article présentant la rue Paul Bert, voici la deuxième rue actuellement nommée Narcisse Lanchy avant un troisième article qui évoquera la rue des Fluttes Agasses.
Cette réunion avait rassemblé 45 personnes à la Cassotte

Les recherches dans les archives menées par Delphine Lantuas étaient compliquées par le changement de nom de cette rue auparavant chemin de Chasnot et l’absence ou les modifications du numérotage des maisons. L’orthographe des noms propres laisse parfois à désirer. Bref, il n’est pas facile de se repérer entre les plans, les données du recensement et la situation actuelle.

La rue Narcisse Lanchy est une rue permettant la jonction entre la fin de la rue du Chasnot et l’actuel Boulevard Blum (ancien chemin de Vieilley). La rue prend le nom de Narcisse Lanchy en 1937, on la trouve auparavant sous le nom de Chemin de Chasnot.
Narcisse Lanchy était un homme politique républicain radical socialiste. Il fut membre du conseil municipal de 1925 à 1937, également inspecteur académique du Doubs, ordonnateur du Bureau de bienfaisance et des Hospices. Il était fils de cultivateur

Jusqu’au début des années 50, la rue est peu peuplée, on note ainsi sur les vues aériennes l’importance des espaces non construits. La rue va se densifier avec la construction de grands ensembles à la fin des années 60.

Au recensement de 1936, on dénombre 20 maisons, 37 ménages et 130 habitants.

Vue récente de l’intersection entre la rue du Chasnot et le bas de la rue Lanchy
Qui sont les habitants côté impair ?
Sur le plan de 1926, le premier terrain est celui d’un certain Magnenet et le second terrain celui de Bailly-Maître (propriétaire également au numéro 4). Dans l’indicateur de 1965 , les deux sont mentionnés au numéro 1. Il semble que Magnenet habite plutôt au 59 rue du Chasnot.
Le terrain n° 3 appartenait en 1936 à Louis Mercier, employé à la Cie PLM. Il s’agit d’une doline. En 1926, aucune construction n’apparait sur le terrain au numéro 5 appartenant à Charles Côte, La ville va acquérir le terrain et faire construire une école en remplacement de celle de la rue Paul Bert. L’école comporte 14 classes.

L’entrée de l’école en mars 2013

Sur le site, une des trois cuisines municipales est installée jusqu’à sa fermeture il y a quelques années.
L’école a été entièrement rénovée en 2025-2026


Au numéro 11 a été construit un grand ensemble immobilier dénommé Les Dauphines. Désormais le passage piéton passe entre les deux bâtiments.
A l’angle de la rue Nestor Bavoux se trouve le numéro 15. En 1926, la propriété était celle de Joseph Marius Considère, comptable
Le numéro 17 était la propriété de la famille Roché. En 1936, la maison était louée à Marcel Laithier, lui aussi horloger chez Chauvelot Mayer passage Rambaud. Paul Roché était lui-même horloger.
En 1965, le numéro 21 est occupé par cinq familles dont trois hommes travaillant à la SNCF et un instituteur

Au 29, on trouvait en 1926, Julien Roche, ajusteur au PLM. Au 31 se trouve Alexandre Lequin, tourneur sur métaux puis Etienne Cassard, chef de gare à Salans. La dernière propriété côté pair est celle de Louis André, cultivateur.
Côté pair : habitants, horlogerie et commerce
Côté pair, la rue commence avec la propriété de la famille Bailly-Maître, actuel numéro 4 de la rue. Joseph Bailly-Maître est né en 1889 et est contrôleur PTT . Comme beaucoup de maisons de la rue, le premier propriétaire de la maison était employé au PLM, il se nommait Jules Tupin
L’ensemble suivant appartient à la famille Perrenot ( et non Pernot). En 1936, la maison est occupée par Sophie Perrenot qui est débitante de tabac et par son fils Henri épicier. Son mari était chauffeur au PLM. Sur un plan de 1965, on voit que la maisons d’origine a été agrandie et occupe les numéros 6-8-10

L’actuel numéro 12 était occupé par un terrain appartenant à un ou une dénomé(é) Bailly. Aujourd’hui, à cet endroit figure la copropriété Villa Flores édifiée en 1998.
L’actuel numéro 14 apparaît sur le plan de 1926, comme la propriété de Jean Daguet, employé de la compagnie de Tramway. Son fils Alphonse, né en 1923 est ajusteur à la SNCF. La maison a été édifiée un peu avant 1908.
En 1936, au recensement figure Maria Bailly-Liard débitante de tabac, sa fille Madeleine veuve Ordinaire et son petit-fils Maurice Ordinaire né en 1923. En 1931, celle-ci est mentionnée comme menuisier artisan (professions de son mari décédé). A priori, le local professionnel était également à cette adresse. Le café était sans doute également un hôtel car un pensionnaire figure au recensement de 1936. En 1990, c’était Le Petit Fut. Actuellement, il existe encore un café : Le Caliente.

Au 18, en 1936 habite Frédéric Gauthier, mécanicien au PLM. Vers 1963, Georges Liard achète cette maison
Le numéro 20 est la propriété de Joseph Lavillat, contrôleur départemental des laits et ses cinq enfants dont Jean Lavillat fromager chez Bouchu-Ferreux. Dans les années 70, la maison devient la propriété de Jean Aupoil.
Les 22 et 24 ne sont pas construits sur les plans des archives départementales. D’autres sources nous informent que le 22 en 1965 est occupé par Charles Garret, employé à la SNCF, chevalier de la Légion d’Honneur.
René Gruet est un fabricant d’horlogerie, né en 1888 à Besançon. Croix de Guerre étoile de bronze suite à ces actions pendant la première Guerre Mondiale. En application du décret 366 du 25-07-1942, il signe un contrat d’engagement au réseau « Cesar Buck » des Forces Françaises Combattantes.

Sa maison 24 rue du Lanchy a servi de lieu de réunion et d’hébergement au capitaine Harry REE (nom de code : Cesar), chef du réseau. Le 27 octobre 1943, il est arrêté sur dénonciation à son domicile et lieu de travail, 24 rue Lanchy Interné 4 et déporté à Buchenwald, il y décède le 9 février 1945
Le nom de René Gruet ne figurait sur aucun monument aux morts et sa famille ignorait son sort jusqu’à une date récente. C’est Jean-Luc Fleutot, adjudant-chef au 35e régiment d’infanterie de Belfort, qui a remonté le fil à partir des cartes de résistants de ses beaux-parents (Auguste et Suzanne Michelin de Pagney, Jura), où figurait la mention « Cesar », nom de code du capitaine Harry Ree, chef du réseau.

Une plaque commémorative, posée sur sa maison (24 rue du Lanchy, a été dévoilée le 09-09-2017 en présence du fils de Harry Ree et du général britannique Nicholas Nottingam

Sa veuve a poursuivi la fabrication des montres Ike et Pil, après guerre.
De 1948 à 1957, les établissements « Madame René Gruet », commercialisent les montres Pil et Ike. C’est une entreprise très exportatrice, comme l’indique un courrier adressé à la Fédération Nationale Française de la Montre (rue de la République à Besançon), dans lequel Mme Gruet demande une autorisation spéciale pour exporter des montres plaquées or (donc très classiques) vers Hanoï au Tonkin en juin 1954. Elle réussira à y expédier des palettes de boîtes de Pil.
Si le nom Ike (peut-être en hommage à Eisenhower) n’a pas posé de problème avec la concurrence, il n’en a pas été de même avec la dénomination Pil : lue dans un miroir, elle avait évidemment de quoi agacer la société Lip. la marque Pil, elle, disparaît. On n’en retrouve trace que jusqu’en 1957…
Le 26-28 est occupé par Charles Garret, employé à la SNCF. A son emplacement se situe l’immeuble Le Regency 3

Rue Lanchy l’actuel n° 26
Le 30 était sur les anciens plans la propriété Caretti. Aujourd’hui, il s’agit de la copropriété Le Petit Lanchy

Le 32 est un immeuble nommé le Goéland, édifié par l’architecte Gérard Boucton en 1963. Il comporte 8 étages, un logement pour le concierge, 25 garages en sous-sol et des parkings en surface

*
en haut de la rue Lanchy et en retrait l’usine d’horlogerie Tena et Buty

En février 1946, les Ets Tena et Butty demandent l’autorisation de construire une usine destinée à la fabrication des verres et ressorts de montres. Créée en 1940 à Montségur-sur-Lauzon (26), par Amédée Tena et Gérard Butty, la société était provisoirement établie à Besançon, 26 rue Gabriel Plançon.

Le projet est dressé par la SMCI . L’établissement comprend sept ateliers, trois bureaux et des vestiaires répartis sur un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. Dans les années 1950, la société reprend la fabrique de fournitures pour l’horlogerie Maurice Poimboeuf à Villers-le-Lac. La société emploie encore 39 personnes en 1975. L’atelier cesse son activité en 1980, mais la société est toujours active à Montségur-sur-Lauzon. Le bâtiment a été converti en logements.

A suivre la rue des Fluttes Agasses
Prochaine réunion d’histoire des Chaprais 21 mai 2026 à 15 h 30 à la Cassotte

