Histoire de la rue du Château rose
Compte rendu de la conférence d’histoire des Chaprais du 2 juillet 2026
Après l’histoire de la rue de la Rotonde étudiée le 21 mai 2026, les amateurs d’histoire des Chaprais se sont intéressés à trois petites rues situées entre la rue de la Rotonde et la rue de Belfort.

Plan de 1896
Pour la dernière conférence de la saison, malgré la chaleur, les participants étaient nombreux ce jeudi 2 juillet à la Cassotte

Delphine Lantuas a exposé les résultats des recherches aux Archives et dans la généalogie.Voici quelques extraits de la conférence
Une rue occupée par des entreprises : usine Jacquemin, dépôt Viret, entreprise Gerst
La confiserie Jacquemin a été fondée en 1854 par Jules Jacquemin. Il est fils de pâtissier et fonde une entreprise de fabrication de dragées Grande rue puis rue des Granges. Il investir dans la gomme arabique un épaississant issu de la sève d’acacia. En 1903, il acquiert les terrains situés à Ouest de la rue pour que ses fils puissent y construire une usine.

L’atelier de fabrication, originellement bâti en rez-de-chaussée, a été rehaussé d’un étage et les sheds ont été remplacés par deux grands appentis couverts en matériaux synthétiques et en tôle Construit perpendiculairement à la rue, un bâtiment abritait des magasins au rez-de-chaussée et des bureaux à l’étage. Il est couvert d’un toit à longs pans en tuile mécanique. Un troisième bâtiment construit à l’ouest, perpendiculairement au précédent, abritait les vestiaires et les étuves à amidon et à fruits. Il est couvert en appentis en tuile mécanique. Bâties en sous-sol, les caves servaient à entreposer les matières premières. L’extension construite dans la cour (magasins et bureaux) au début des années 1950 est en béton armé et parpaing de béton, couverte en sheds.
L’usine est construite d’après des plans de l’architecte bisontin Maurice Forien, datés de 1903. Les travaux sont réalisés par l’entreprise bisontine Pateu et Robert. La construction aurait intégré un petit atelier d’imprimerie qui existait sur la parcelle.
Alimentée par une machine à vapeur, l’usine comprend au rez-de-chaussée divers ateliers distribués de part et d’autre d’une haute allée centrale vitrée : fabrication des chocolats, des pastilles et du sucre cuit d’un côté, étuves (amidon, fruits et dragées), fours, ateliers (dragées, fruits et sirops), chaufferie, local et cheminée de la machine à vapeur de l’autre.
Une partie du sous-sol est réservée au stockage des matières premières. Le bâtiment d’accueil, pourvu d’un étage, abrite les bureaux et des magasins. L’usine occupe 54 personnes en 1930 et 40 en 1937. En 1944, la société est autorisée à effectuer des travaux afin de réorganiser les ateliers de l’usine.
L’entreprise se spécialise dans deux types de produits : les dragées et le chocolat

En 1951, elle obtient un permis pour construire dans la cour un bâtiment à usage de magasins et de bureaux, dont les plans sont dressés par l’architecte René Tournier. Suite à des difficultés économiques, la partie des bâtiments bordant la rue est vendue en 1954. Elle sera occupée par la société Camille Viret et ses Fils (peintures, papiers peints) et la Cartonnerie bisontine. Henri Jacquemin, fils de Joseph, poursuit la fabrication des dragées dans l’atelier central. Daniel Jacquemin, fils d’Henri, succède à son père en 1968. L’effectif n’est plus que de 18 salariés en 1975. Le local est vendu en 1980 à la Banque Populaire, qui y stocke ses archives pendant plusieurs années, et l’activité (atelier et magasin) est transférée au 3 rue des Cras puis a cessé.

En 1959, un incendie du dépôt a failli être dramatique.

Côté pair, à l’angle de la rue de Belfort existait déjà une pharmacie dirigée par M Butsch puis Rapin avant la famille Gauthier

Justin Paillot a d’abord été instituteur puis pharmacien et botaniste. Il a exercé à Besançon et à Rougement. Il est l’oncle et le parrain de l’herboriste rue de Belfort Jean-François Maître.

Justin Paillot a été co-directeur avec Antoine Magnin du Jardin Botanique situé dans les plate bandes du clos de l’Hôpital. Il publie en 1870, l’Herbier de la flore de Franche-Comté conservé au musée de la Citadelle
entreprise Gerst au n° 6

Le recensement de 1936 indique que le numéro 6 est occupé et est la propriété de la famille Gerst. Albert Gerst est directeur industriel, son entreprise est spécialisée dans les articles de voyages. Son père a fondé également une entreprise de cartonnage rue des Villas. Ils sont originaires d’Alsace. La famille Gerst a acheté l’immeuble à Jean-Baptiste Cretin qui fabriquait également des articles de voyages. On le retrouve cependant dans les recensements comme carrossier.
Spécialisée dans la fabrication d’articles de voyages, l’usine emploie 70 personnes en 1936.

Le bâtiment principal est visible de la rue de Belfort. Il a été trabnsformé en appartements


Quels étaient les habitants de la rue du Château rose et du Cercle ?
En 1891, Cercle et Château rose = 90 habitants
4 maisons dans chacune des rues du Cercle et du Château Rose, mais avec 78 habitants dans l’une et seulement 12 dans l’autre.
Bien que plus longue, la rue du Château Rose abrite peu de logements. L’usine Jacquemin va en occuper une très grande partie du côté impair.
Tous les habitants sont de nationalité française, sauf 3 Suisses de la même famille Baumgartner. Le père Louis, 74 ans est le plus âgé de ces 2 rues. Il est charron de profession, sa femme est blanchisseuse.
On ne compte que quatre familles relativement nombreuses :
Alexis Blanchard, âgé de 44 ans a 5 enfants rue du Château Rose. Il est asphalteur de profession comme son fils aîné.
Jules Carat 41 ans, manoeuvre a lui aussi 5 enfants (4 filles et un fils)
Auguste Vivier et Jules Fourgeot ont chacun 4 enfants et la même profession : cordonnier. Ils habitent respectivement au n° 1 et au n° 2 rue du Cercle
En revanche, il y a 10 ménages d’une ou deux personnes. Les autres ont deux ou trois enfants. Les logements devaient être de petites dimensions.
Seulement 3 cheminots travaillant pour la Cie PLM, mais un cocher et un charron. Pourtant la gare est proche et les trains circulent depuis plus de 30 ans.
3 personnes travaillent dans l’horlogerie, mais 8 dans le bâtiment ou les travaux publics avec 3 tailleurs de pierre, 3 menuisiers ou ébéniste et donc 2 asphalteurs.
Le plus grand nombre, 12 personnes travaillent pour l’habillement : 2 cordonniers, des couturières, repasseuse, modiste, lingère, tricoteuse, blanchisseuses, matelassière et une « ouvrière en parapluie »
Comme dans la rue de la Rotonde, plusieurs personnes sont déclarées journalières ou journaliers et deux manœuvres.
Enfin, il y a une cuisinière, une apprentie boulangère (de 15 ans), une domestique, un marchand ambulant et une « revendeuse’.
Donc pas de notables, ni de professions intellectuelles.
En 1926, même tracé, pas les mêmes habitants
Très forte hausse rue du Château rose et diminution rue du Cercle.
En tout, on dénombre 28 ménages regroupant 86 habitants toujours répartis sur 8 numéros.
A 35 ans d’écart, on ne retrouve aucun nom commun entre les deux dates. Tous les habitants sont nouveaux. Les habitants sont tous de nationalité française, mais la plupart venus de l’extérieur de Besançon.
Parmi les chefs de famille et les actifs, 40 sont nés en dehors de Besançon
Rue du Château Rose, on remarque une origine Alsacienne dominante.
Gaspard Rain, un Alsacien d’origine, est le plus âgé de la rue du Château Rose 87 ans et Marie Reynaud est la plus âgée de la rue du Cercle (72 ans). Une douzaine de chefs de famille et actifs ont plus de 50 ans, 5 plus de 40 ans, tandis que 13 ont moins de 25 ans.
Parmi les ménages, on dénombre 7 personnes seules habitant toutes rue du Cercle. 6 ménages ne se composent que de 2 ou 3 personnes. 6 ménages de 4 personnes et 5 de 5 ou plus.

L’immeuble du n° 1 rue du Château rose et du 41 rue de Belfort a été acheté par la famille Jacquemin. Parmi les habitants de cet immeuble, on note la présence de Geneviève Régnier dont le père Victor était vétérinaire militaire en 1936, elle est décédée en 2022 à l’âge de 103 ans et de Mme Lançon, contremaitresse chez Jacquemin, elle est veuve de Pierre qui y était confiseur en 1931 ;
Un autre employé de Jacquemin Léon Guffon habitait également dans cet immeuble, ainsi qu’Alfred Véchot, professeur au Lycée Victor Hugo, il fut directeur honoraire du musée océanographique de Nice et sa fille Rose née en 1916 a été directrice de Lycée.
1926, des professions différentes :
10 sont patrons de leur entreprise, mais pas dans le même secteur : rue du Cercle, il s’agit surtout du bâtiment. Tandis que 10 travaillent comme domestiques, bonne ou cuisinière.
Rue du Château Rose, on remarque deux ménages de 7 ou 6 personnes Léopold Ullmo, Alsacien d’origine, patron d’une entreprise de produits métalliques a une épouse, 3 fils, une fille et une domestique. Albert Picard un autre Alsacien d’origine, négociant chez Bloch et Picard a une épouse deux enfants et deux domestiques.
On ne dénombre toujours que trois cheminots dont un retraité de la Compagnie PLM.
Une horlogère (chez Hatot au 13 rue de la Rotonde) seulement et quelques métallurgistes. Un mécanicien aux Soieries (l’usine des Prés de Vaux)
Dans l’habillement : une seule couturière de 59 ans et plus de cordonnier.
L’expression « journalier » a presque disparu : un seul homme déclare cette situation en indiquant l’employeur Grosperrin.
Nouveauté : deux employés de banque et un employé aux Nouvelles Galeries qui ont été créées en 1904 à Besançon et agrandies en 1922. Plusieurs autres comptables ou employés. Il y a encore un typographe.
Curiosité : un salarié de la Ville de Besançon déclare la profession de « piqueur ».
La rue du Château rose marquée par deux immigrations : alsacienne puis italienne
La famille du pharmacien Butsch est originaire du Haut Rhin. La famille Gerst est originaire d’Alasace. Le recensement de 1936 indique au n°8 la présence de la famille Ullmo
Léopold Ullmo est né à Uffheim dans le Haut-Rhin, il est marchand d’huile en demi-gros. Il a épousé Rosa Rain ou Rein. Le couple a cinq enfants dont Roger, industriel et conseiller honoraire du Commerce Extérieur pour la France, son fils Pierre entra dans la résistance et disparu lors des combats pour la libération de Paris à l’âge de 17 ans. Un autre de leur enfant André, pacifiste, fabriqua de faux papiers, fut arrété. Il participa également à la libération de Paris et du camp de Drancy avant de devenir avocat à la Cour d’appel de Paris
En 1936, l’occupant du n° 12 est Henri de Montserrat né à Paris mais auparavant on trouve en 1931 Marcel Rain, le frère de Rosa qui habite le numéro 8 avec sa famille et une à deux domestiques selon les recensements. Marcel est un industriel à la tête de l’entreprise de vente d’aciers Rein frères.
En 1931, la maison du n° 14 est la propriété d’Albert Picard , né dans la Haut-Rhin, négociant chez Bloch et Picard. Il a épousé Yvonne Emschwiller veuve de Georges Bloch et belle sœur de Maximilien Bloch. Avec celui-ci Albert Picard détient un commerce de houille, chiffons et métaux.

Au numéro 8 s’est installée la mission catholique italienne, lieu de rencontre des italiens de Besançon.
Témoignage de Gigliola Borin, juin 2011
Le lieu de rencontre des italiens à Besançon était une très jolie maison, quoique peut-être un peu vétuste, située rue de Château Rose.
Je n’ai jamais connu de cette maison que la pièce principale près de l’entrée. Je me souviens qu’elle était particulièrement peu meublée. Cette pièce avait été consacrée, selon le rite catholique, si bien que dans certains cas le frère capucin y célébrait des messes mineures.
La maison était flanquée d’un appentis qui comportait deux étages. Le rez-de-chaussée de cet appentis avait été transformé en bar. Il était essentiellement fréquenté par des hommes qui y jouaient aux cartes. Le frère capucin et les bénévoles hommes et femmes du « circolo italiano », ou plus précisément la Mission Catholique Italienne, y organisaient des rencontres festives à l’occasion des fêtes religieuses : Noël, Pâques, Pentecôte, Ascension etc… mais aussi assuraient un lieu d’accueil tous les dimanches.
Pour des cérémonies religieuses importantes les offices étaient célébrés dans la chapelle du Couvent des Capucins, rue de la Cassotte. Je me souviens d’y avoir assisté à au moins un mariage et à au moins un office de Pâques.

Je pense avoir connu de 1957 à 1970 environ, 3 frères capucins italiens différents.
L’un d’eux s’appelait Padre Doroteo et le dernier Padre Pietro. Outre leur rôle spirituel, leur fonction était de servir d’agent consulaire pour tous papiers officiels : passeport, permis de séjour, extraits d’actes de naissance etc… Ils étaient en relation directe avec le Consulat italien de Dijon. En cas de besoin,. ces frères servaient également d’intermédiaire entre les immigrés italiens et l’administration française Ils intercédaient également avec quelques employeurs pour favoriser l’embauche, dans certains cas. Ils remplissaient donc le rôle que les services sociaux accomplissent actuellement.
Pour la rentée, le cycle des conférences d’histoire reprend
le jeudi 10 septembre 2026 (date à confirmer)
avec un premier thème : histoire des écoles publiques aux Chaprais.
Si vous avez des souvenirs et des documents, votre participation est souhaitée. Prenez contact par chapraisinfo@gmail.com

