Patrimoine des Chaprais : histoire des Bains, casino, salle des fêtes, hôtels
Compte rendu de la réunion d’histoire du 18 décembre : suite
La conférence mensuelle d’histoire des Chaprais du jeudi 18 décembre a fait le plein :

Beaucoup de monde, une participation active, et un vaste sujet au menu : histoire du secteur des Chaprais situé près du Doubs compris entre le pont Saint Pierre et le pont de Bregille.
La Promenade Micaud a fait l’objet d’un premier article .
Ce second article propose des extraits de l’exposé de Delphine Lantuas présentant l’ensemble thermal construit en face Micaud : les Bains salins, le casino, la salle des fêtes et les hôtels.
La Franche Comté et Besançon ne sont pas restés à l’écart de l’essor du thermalisme à la fin du XIXe. disposer de sources d’eau salée était un facteur très favorable.
La découverte d’un gisement salin à Miserey en 1866 donne l’idée d’une station thermale pour notre cité. (c’était très à la mode). L’architecte Alphonse Delacroix, encore lui, contribua à cette découverte. 
L’eau salée (encore) pompée à Miserey est stockée dans deux réservoirs au sous-sol d’un immeuble de logements particuliers, rue du Chasnot.
Entre le pompage à Miserey et les réservoirs de la rue du Chasnot, il y a un petit réservoir de 3 m3 installé aux Torcols.
L’eau, à son arrivée rue du Chasnot, contient 300 g de sel par litre d’eau. Cette eau trop fortement salée est diluée afin de la ramener à une teneur semblable à celle de l’eau de mer, c’est à dire environ 30 g par litre.
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Le complexe thermal de Besançon, Hôtel, Bains, Casino, et salle des Fêtes fut un ensemble architectural remarquable, tour à tour plébiscité, adulé, puis délaissé ou ignoré…!.

Les constructions se déroulent rapidement de 1891 à 1893, sur des plans de Marcel Boutterin et Rouzet et Forien.


Le 1er novembre 1891, la première pierre des bains est posée sur le site qui fait face au Parc Micaud. La partie dédiée aux bains fut détruite en 1966.
Les thermes sont équipés de soixante-quatre cabines revêtues de céramiques de couleurs vives, réparties en trois classes selon les revenus des patients.

les malades peuvent bénéficier de différents bains et d’électrothérapie.
On y trouve également une pâtisserie, des comptoirs de journaux, un magasin de souvenirs et une buvette d’eau minérale. Beaucoup plus surprenant était la présence d’une laiterie où l’on pouvait suivre une cure en buvant du lait de Mamirolle, du kéfir et du petit-lait.
On soigne les lymphatiques et les scrofuleux ainsi que des affections chirurgicales, principalement osseuses et articulaires. Les maladies nerveuses chroniques étaient également prises en charge.
les curistes sont accueillis et informés par une « Gazette des étrangers » paraissant le dimanche
Ce numéro de 1892 explique comment prendre un bain
Entre 1914 et 1918, on comptera 200.000 curistes, on soignera dans un hôpital de bois et de toile 100.000 soldats!
Le casino et le restaurant

Le bâtiment se divise en trois zones
Des salons de jeux et le cercle dans la partie gauche
Au centre, la salle de restaurant
A droite salle des fêtes qui sera transformée en cinéma Le Ciné Excelsior en 1912.
Les architectes choisis sont Maurice Forien et Ducat.
L édifice est un lieu de divertissement. Il comprend principalement un restaurant ainsi qu’un salon de lecture et un salon des petits chevaux.

À partir de celui-ci, les abonnés peuvent accéder au Cercle qui comprend une salle de baccara et une salle de bridge (« jardin d’hiver »).
Le Code pénal (1810) et la loi du 21 mai 1836 interdisent l’exploitation publique des jeux. À Besançon comme dans les autres stations thermales françaises, l’activité est donc seulement « tolérée » jusqu’en 1907 . Dans une délibération du 8 février 1908, en application de la loi du 15 juin 1907 (donnant un cadre réglementaire aux jeux) et du décret du 21 juin 1907 (relatif à l’instruction des demandes d’autorisation des jeux), le conseil municipal autorise officiellement la Compagnie des Bains salins de la Mouillère à exploiter les jeux sur le territoire de la commune, pour une durée de six ans.
Dans le cahier des charges, elle prévoit que la Compagnie versera chaque année, au bureau de bienfaisance, 10 % du produit des entrées du casino et une somme de 15 francs par représentation théâtrale. La compagnie doit aussi organiser à chaque clôture de saison, une fête de bienfaisance dont les profits sont réservés aux pauvres de la ville. De nouveaux arrêtés sont régulièrement pris dans les années qui suivent. Ils fixent les dates d’ouverture et de fermeture de la saison des jeux (qui commence le 1er mai ou le 1er juin et se termine le 30 septembre). Ils précisent également quels jeux sont autorisés, ainsi dans l’arrêté du 6 mai 1914 : les petits chevaux, le baccara à un seul tableau (chemin de fer), le baccara à deux tableaux (banque) et plusieurs jeux de cartes (whist, bridge, bésigue et piquet).
L’édifice abrite aussi des expositions temporaires d’art contemporain. La première se tient dès le mois d’août 1892. Le peintre Émile Isenbart envoie cinq tableaux, le peintre Jean Ender et son épouse en exposent quatre. L’année qui suit la mort d’Isenbart, survenue le 21 mars 1921, c’est également dans les salles du casino que se tient la grande rétrospective consacrée à ce peintre.
La première pierre du casino est posée le 3 août 1891 suivie d’une cérémonie en grande pompe avec le discours de quelques personnalités dont Achille Vialatte, comme pour le grand hôtel Le casino de Besançon-les-Bains est inauguré le 10 juillet 1892 lors d’une grande soirée avec concert, ballet et feu d’artifice sur le Doubs Les archives contiennent des devis signés en mars et avril 1891 avec une abondance de précisions techniques. On sait que l’entreprise Pateu sous traite à Th Sauvanet.
Les pilastres, les corniches et les encadrements d’ouvertures doivent être en pierre de Chailluz. Pour le parement, il est prévu d’utiliser la « brique d’Altkirch ou d’Ivry-Port »
La toiture doit être couverte de « tuiles ardoisées » d’une seule couleur, sauf au-dessus de la façade du restaurant (« Les ardoises pourront être de deux teintes différentes pour former les dessins à losange ou rectangulaire [… et ainsi créer l’effet d’une] couverture à deux tons noir et bleu formant dessin régulier »). La tuile sélectionnée est le modèle n° 1 losangé de la première planche du catalogue (1884) de la maison Gilardoni Frères à Altkirch. Les travaux de zinguerie sont confiés à l’entreprise Raffour Frères Les ornements en zinc estampé doivent être « pris sur l’album de la Maison Coutelier à Paris etc …
L’horloge en lucarne et les décors de mosaïque

Pendant plus de 20 ans la vie touristique et culturelle, les nuits animées se sont déroulés ici.
Le casino fait rentrer des liquidités dans les caisses de la ville (ce qui est toujours le cas).
La salle des fêtes devenue salle de concert, salle de cinéma, puis théâtre

L’édifice a un plan rectangulaire. Il comprend un sous-sol, un grand vaisseau (salle) et trois étages (façade sur la rue de la Mouillère). Il est construit en pierre (pour la partie de 1892) d’après les plans de l’architecte Maurice Forien et en béton (pour la partie de 1993). Les murs sont assez largement recouverts de parement de brique colorée. Les façades sont ornées de décors sculptés, en pierre et en céramique polychrome.
Contrairement aux autres bâtiments, la salle des fêtes est couverte d’une charpente métallique, pour des raisons de sécurité, mais le châssis vitré rétractable construit au-dessus de la salle a disparu. Il ne reste aujourd’hui presque rien de l’aménagement et des décors intérieurs,


La déesse Terpsichore ou déesse de la danse, oeuvre du sculpteur Just Becquet, est perchée au dessus du pignon du toit de la salle des fêtes du Casino, 
En 1912, la salle des fêtes du Casino devient le Ciné Excelsior. Ce cinéma aurait été parrainé par la société Poulain. En effet, les épiciers bisontins offraient des bons de réduction dans les tablettes de chocolat Poulain qu’ils vendaient. Il devient Casino Cinéma en 1934.
La salle est devenue un théâtre (le CDN) et depuis l’an passé le NTB
L’Hôtel des Bains construit selon les plans de l’architecte Maurice Boutterin

Les fondations sont réalisées le 1er octobre 1892, d’abord par des italiens avant qu’ils ne soient remplacés par de la main d’oeuvre locale. Les murs s’élèvent à partir de novembre, la charpente est posée en avril 1893. Le gros œuvre est terminé en juin 1893. La cheminée de la salle à manger porte la date de 1893 ainsi que la signature de l’architecte.
L’hôtel des bains sera le dernier bâtiment à être inauguré fin 1893. Symbole de modernité, il propose 80 chambres luxueuses. Il propose à ses clients un ascenseur, un réseau d’éclairage électrique et une ligne directe de téléphone. Les messieurs ont un fumoir de style mauresque, avec journaux et billards les dames un salon de lecture dont la véranda s’avance sur les jardins, avec piano, musique, revues amusantes, bibliothèque et expositions permanentes.
Après l’inauguration de l’hôtel, les travaux se poursuivent : la marquise de la façade orientale (aujourd’hui détruite) n’est en effet construite qu’en 1895. L’architecte conçoit également les décors intérieurs (grande salle à manger, petite salle à manger, salon et salle de billard dit salon mauresque). L’édifice est acheté par la Ville de Besançon en 1950. Le déclin de l’établissement thermal et sa fermeture définitive en 1965 changent la vocation première de l’hôtel. L’édifice est finalement acquis par le groupe SEGER . Il devient ainsi un établissement du réseau des Résidences Services Villa Médicis et ouvre ses portes en 2009.
Durant l’occupation allemande, le casino a été réquisitionné pour le Foyer du soldat allemand
A la Une de son édition datée du 6 juillet 1941, Le Petit Comtois, indique, photo à l’appui, que le Foyer du soldat allemand s’est installé dans les locaux du Casino de la Mouillère, le 1er Mai (1941) Voici ce qu’on peut lire dans cet article :
» Depuis le 1er Mai le Foyer du Soldat Allemand est installé au Casino. Il y a quelques mois déjà, les Autorités d’occupation avaient demandé à la municipalité de Besançon, la disposition de l’établissement mais le conseil municipal avait soulevé diverses objections; on lui fit observer que si les bâtiments étaient occupés leur entretien serait plus facilement assuré. L’accord se fit alors rapidement et le « Foyer », jusqu’ici installé rue de la Préfecture, fut transféré au Casino.
../.. On a cherché à créer pour les soldats allemands, une sorte d’atmosphère d’intimité apte à rendre moins pénible l’éloignement de leur famille. » ../..
Le livre d’or prouve à toutes les pages le pourquoi des regrets immenses des occupants d’être obligés de quitter les lieux qu’ils croyaient tenir pour 1 000 ans.
« N’importe dit un capitaine en partant nous avons passé à Besançon 3 années de Belle Vie. »
La villa de Ropp et l’hôtel du Parc

En 1911, Eugène Ropp patron des pipes Ropp (dont l’usine est à Baume les Dames ) acquiert un terrain à l’angle de la rue de la Mouillère et de l’avenue Edouard Droz. Il y fait construire une très vaste villa .
En 1927, il vend cette villa à la Compagnie des Bains. La villa va devenir l’hôtel du Parc

L’hôtel du Parc vante son « dernier confort »
A suivre lors de la prochaine conférence sur l’Histoire et le Patrimoine des Chaprais
Jeudi 15 janvier à 15 h 30 à la Cassotte
Gare de la Mouillère, avenue Droz, île aux Moineaux

