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Avant la guerre, grave incendie aux Chaprais

L’explosion de 1869. Évocation d’un drame oublié.



En cet été de juillet 1869, Besançon est frappée par une violente détonation. Toute la ville se questionne. Où a eu lieu cette explosion ? Rue de la Cassotte.

La rue de la Cassotte abrite une population relativement diversifiée. Mais il n’en a pas toujours été le cas. Dans les années 1850-1860, de nombreux jardiniers y habitent. C’est notamment le cas de Jean-Pierre Pape, né en 1824 à La Malachère (70). Jean-Pierre travaille pour l’établissement horticole Lavigne situé à quelques centaines de mètres de là vers le cimetière au lieu dit des Pépinières.

plan des Chaprais Landresse 1862
Vue des Chaprais, Besançon et son territoire / MDCCCLXII. Clerc de Landresse, maire. Plan..dressé par les soins de MM. Delacroix et Noiret, architecte et voyer de la ville. I:I0 000 , [S.n] : [s.l], 1862 Ge.c.Besançon.317.1 Mémoire Vive, patrimoine numérisé de Besançon


Jean-Pierre Pape est marié avec Anne Hayer. Ensemble, le couple a une fille, Joséphine, née en 1856.

Jean Pierre Pape jardinier en 1866
Jean Pierre Pape, son épouse et sa fille recensés en 1866 rue de la Cassotte

Il est vingt heures, ce samedi 17 juillet, quand Jean-Pierre envoie son enfant chercher dans la cave du vin pour le repas du soir. La cave est adossée à un hangar nouvellement construit pour abriter des fûts de pétrole utilisés pour alimenter notamment les lumières des lanternes. Ces fûts sont en bois et n’ont pas de protection particulière.

Joséphine sent une forte odeur dans la cave, elle remarque que de petites flammes bleues s’échappent de sa lanterne. Prenant peur, elle s’en va alerter ses parents. Les flammes seraient un indice d’une possible fuite mais à l’époque, la population ne connaît pas bien encore les produits pétroliers et gaziers. Prévenu par sa fille, Jean-Pierre Pape descend à son tour dans la cave et sent une odeur de plus en plus forte. Le jardinier se précipite prévenir les habitants de son immeuble. Ensemble, le groupe prend la décision d’aller alerter les autorités publiques, mais par un biais surprenant.



Un des voisins accourt contacter le propriétaire de l’Alcazar, alors salle de spectacle, au 18 rue des Chaprais. Ce propriétaire, Mr Lépagney doit orienter un représentant public. La salle de spectacle attire les foules et doit donc régulièrement faire l’objet de contrôle de la police surtout un samedi soir. Le fils de M. Lépagney et deux agents de police arrivent vers 21H30 pour inspecter la cave d’où l’odeur de pétrole est encore plus forte. Suivis par Anne Pape et une autre voisine, ils descendent dans la cave. Soudain une forte explosion se fait entendre. Le souffle détruit la façade donnant sur la rue. Lépagney et les policiers se retrouvent encerclés par les flammes. Ne devant leur salut qu’au propriétaire de l’Alcazar, les trois hommes, en flammes, parviennent à regagner l’extérieur où des voisins les aident tant bien que mal. La catastrophe ne s’arrête pas là, dans la foulée le hangar qui venait d’être rempli des fûts de pétrole se met à exploser à plusieurs reprises.

Les pompiers, menés en outre par Card et Veil-Picard, tentent de porter secours aux victimes et de circonscrire l’incendie. Une compagnie doit lutter pendant plus de vingt heures pour venir à bout des flammes.

pompiers commandes par Adolphe Veil-picard

L’armée vient également en renfort. Au final, le drame provoque le décès de l’un des policiers, Jean-Baptiste Carmillet, âgé de trente-neuf ans et fait une dizaine de blessés.

Douze ans plus tard, le 20 mars 1881, le Journal Officiel de la République indique qu’une médaille d’honneur a été décernée à François-Jean Lépagney ancien restaurateur pour des actes de courage et de dévouement et avoir sauvé plusieurs personnes en danger

Lépargney restaurateur médaillé

Comment expliquer cette catastrophe ?

Deux raisons, tout d’abord une absence de règles d’urbanisme mis à part les restrictions militaires datant du général Marulaz (pas de construction en dur aux Chaprais) : Un dépôt de pétrole a été construit dans une zone résidentielle. En découle, le fait que le pétrole enfermé dans les fûts du hangar se sont répandus par des infiltrations dans la cave d’où est parti l’incendie.


Sources :

L’Union Franc-comtoise, 18, 20, 22, 24, 26, 28 juillet 1869

Le Jura, Volume 19, Numéro 58, 20 juillet 1869

Moniteur d’hygiène et de salubrité publique, 1869

Dénombrement de 1866 : 5°, 6°, 7° et 8° sections.1F16 in Mémoire Vive, Archives numérisées de la ville de Besançon

Registre des décès, 1869 1E775 in Mémoire Vive, Archives numérisées de la ville de Besançon

Arbres généalogiques de Jean-Pierre Pape, base de Roger Chipaux, Généanet.

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