Histoire des rues du Balcon, Garibaldi et Rolland
Compte rendu de la conférence d’histoire des Chaprais du 22 mai (suite)

Plus de 40 personnes ont participé activement à la réunion mensuelle d’histoire de Vivre aux Chaprais.
5 rues étaient au programme. Le premier article a résumé l’histoire de la rue de la Viotte et de la rue Jeanneney. Dans cette deuxième partie, il s’agit des 3 petites rues parallèles à la rue de l’Industrie, reliant la rue de Belfort à la rue de la Viotte. Ce sont des rues relativement récentes. 
Même après la création de la gare Viotte, elles n’apparaissent pas sur le plan Landresse de 1862.

En 1896, deux rues sont tracées, mais pas nommées entre les rues de la Viotte, Belfort, Industrie et Chasnot
Il
Il faut attendre le plan Siffert en 1937 pour lire les noms Balcon, Garibaldi et Rolland
La répartition des habitants est très inégale : étonnamment, la ruelle du général Rolland est la plus peuplée
A l’origine de ces rues, des héros de la guerre de 1870 et un banquier
Les rues du Balcon et Garibaldi ont connu une métamorphose très récente
En bas de la rue du Balcon, côté rue de Belfort le numéro 1 apparaît au recensement de 1954, après la construction d’un immeuble qui abritait il n’y a pas longtemps Pizza Hut
Pizza Hut et ses poubelles en juillet 2015 à l’angle de la rue du Balcon
Le bombardement de juillet 1943 avait détruit les immeubles de la rue de l’Industrie et de la rue de Belfort
Côté pair, il existait une grande villa et des dépendances dans un parc
Tout a été démoli (ou presque) en 2010
et remplacé par un immeuble

Le chantier de construction en avril 2011 rue du Balcon
Qui habitait au n° 2, dans cette grande maison située entre la rue du Balcon et Garibaldi ?
En 1936 Marie Schlumberger sans profession et sa fille Louise
En 1954 : Jean Kroener représentant, son épouse Violette professeur, leur fils greffier, Billot primeur, Joannes Chamaro-Bois principal clerc de notaire, Auguste Masson SP et sa gouvernante
Que sait-on de la famille Schlumberger ?
Marie Fanny, née Goguel était l’épouse de Georges Emile Schlumberger décédé le 8 janvier 1913 à leur domicile au n° 15 bis de la rue de Belfort (entre les rues actuelles du Balcon et Garibaldi )

Marie Schlumberger née en 1858 en Alsace (à Wintzenheim). Avec elle, ses quatre fils : Robert, Jean, Pierre et Marcel et sa fille Louise (née en 1901). Anna Schlundt née aussi en 1901 mais à Isenheim est leur domestique. Le registre du recensement de 1921 indique la profession de banquier pour Marie Schlumberger.
Georges Emile Schlumberger était un banquier. Il a joué un rôle important dans les chemins de fer Schlumberger fut aussi fondateur du Crédit Agricole du Doubs et de la société d’habitations à Bon Marché le Foyer familial à qui l’on doit par exemple les petites maisons mitoyennes de la rue Charles Fourier. Emile Schlumberger fut élu conseiller municipal à Besançon durant quelques années jusqu’en avril 1908 lorsque Alexandre Grosjean était le sénateur maire de Besançon.
Pour en savoir davantage revoir l’article publié en 2021 Quel rapport entre le banquier et le révolutionnaire ?
En 2007

En 2016 
Un point commun : un poteau électrique reste au milieu de la rue en face la rue Grosjean
En haut de la rue du Balcon, côté impair à l’angle de la rue de la Viotte une plaque rappelle qu’il s’agissait d’une voie privée
Au n° 13 se situait une école d’esthétique
Rue Garibaldi
En 1921, au numéro 3, habitaient Samuel Lazar et son épouse Jeanne nés tous les deux en 1851 en Alsace. Samuel Lazar déclare comme son fils Maurice, la profession de patron négociant en métaux
Maurice Lazar est un industriel. En 1921, il a fondé avec son frère Armand un commerce de vieux métaux Lazar fils. Il est le fils de Samuel, marchand de chiffons. Son fils, Claude né en 1924 fut un résistant surnommé Lagarde. Il commença à diffuser une propagande antinazie afin d’intégrer le maquis dans la région de Brioude.
Deux autres familles sont domiciliées au numéro 8 de cette nouvelle rue : celle d’Alphonse Gendre (forgeron chez Régnier) et de Victor Viennet palefrenier dans la même entreprise Régnier.
Enfin, Joseph Toubin (artiste dessinateur né à Levier en 1876, ancien combattant, engagé volontaire malgré sa petite taille 1m 53) vit avec son épouse Elise au numéro 5 de cette rue ou de la rue du Balcon
Au recensement de 1931, le numérotage des maisons a changé et on ne dénombre plus que 9 habitants répartis en trois ménages. Plus de Schlumberger, mais toujours Lazare Poitrey directeur de banque à la Compagnie Schlumberger et son épouse Marie Choulet employée à la banque Schlumberger.
La famille Lazar est toujours présente avec d’un côté le père Samuel et son épouse Jeanne née Hirsch et de l’autre, le fils Maurice négociant, son épouse Suzanne Blum, leurs deux enfants ainsi qu’une domestique.
En 1954 : 6 ménages pour 14 habitants dans 4 maisons : les familles de Daniel Galli, Maurice Lazar négociant, Marcel Boisson mécanicien et son épouse ouvrière, Georges Choulet directeur et Georges Détouillon frigoriste

Il ne reste plus que cette maison ancienne avec tout autour des constructions récentes
Les constructions de la rue Garibaldi en mai 2003

Pourquoi ce nom ? qui était-il ?
Giuseppe Garibaldi a voué sa vie à la défense des causes patriotiques. Né à Nice en 1807, de parents italiens, il est attiré par la vie maritime et s’engage à 17 ans dans la marine. Sa première tentative de révolte à Gênes échoue, ce qui lui vaut de devoir quitter l’Italie en 1835.
Au cours de son exil en Amérique du Sud, il mène ses premiers grands combats insurrectionnels (au Brésil et en Uruguay notamment), aidé d’une légion italienne vêtue des désormais célèbres chemises rouges. Il est surnommé le « Héros des Deux Mondes » en raison des actions militaires qu’il a réalisées aussi bien en Amérique du Sud qu’en Europe, ce qui lui a valu une notoriété considérable tant en Italie qu’à l’étranger.

A l’âge de 63 ans, il décida de venir en aide à la jeune république française. Le vieux révolutionnaire Giuseppe Garibaldi a établi son quartier général à Dole et organisé les francs-tireurs (civils armés) de la région.
Il est arrivé à la gare Viotte le 14 octobre 1870. Bien que le personnage soit très controversé, voire méprisé par les militaires classiques, le passage de Garibaldi aurait eu un impact positif sur le moral des troupes selon quelques témoignages. En effet, le moral des soldats et des habitants avait été touché la veille par la venue du général Albert Cambriels handicapé par une blessure. Ce général emmenait avec lui les restes de son armée qui battait en retraite depuis les Vosges. René de Belleval, historien, sert alors comme soldat à Besançon. Il est témoin de cette arrivée. Il écrit « Ce qui reste de l’Armée de l’Est est logé aux Chaprais, où se presse une foule curieuse et presque hostile. Les feux de bivouac sont allumés dans les rues. Les corvées vont et viennent. Les estafettes et les ordonnances se croisent au galop… »
Fin décembre, l’Armée de l’Est de Bourbaki s’est formée à Besançon dans la plus totale anarchie. Le 24 ème Corps s’établit aux Chaprais.
La ruelle voisine a été dénommée du nom d’un autre héros de la guerre de 1870 le général Marius Rolland
Qui est-il ? un marin pour diriger la défense de la ville de Besançon
Marius-Henri Rolland, né à Marseille en 1821, a effectué sa carrière militaire dans la marine. Capitaine de Frégate, il est arrivé en Franche Comté en 1870. La 1er décembre, il est nommé général de division de l’armée auxiliaire à titre temporaire chargé du commandement de la 7e division militaire et de la place de Besançon. C’est dans un contexte très difficile qu’il doit faire face à sa mission, malgré ses colères, il est apprécié par exemple par Isabelle Febvay. Face à la défense de la ville, l’armée prussienne n’osa pas attaquer Besançon.
L’armistice est signé le 15 février. Le 10 mars, Rolland cède son commandement. Il est nommé à l’État-major de la Marine et retrouve son grade de capitaine de Vaisseau. Le 22 mars, il quitte Besançon et prononce un discours au balcon de l’hôtel du Nord terminant par « Je suis marseillais de naissance, mais de cœur je suis bisontin. » Il est ovationné par plus de 10.000 Bisontins qui l’accompagnent jusqu’à la gare, musique en tête.
Il est fait citoyen d’honneur de Besançon. Une montre chronomètre lui est offerte. Il est nommé commandeur de la Légion d’honneur et quitte l’armée en 1879. Il est mort à Marseille en 1908.
La ruelle du Chasnot, la rue Rolland très densément peuplée
32 habitants dans 4 maisons en 1911
64 en 1931 dont 8 étrangers
69 en 1946 dont 4 étrangers dans 5 maisons
Qui habite cette rue en 1921 ?
Au numéro 1 résidaient 5 ménages dont un couple sans profession les plus âgés de la rue (78 et 73 ans), un employé de la Compagnie PLM, un ouvrier, deux journalières (mère et fille) et Henry Hausamann représentant patron avec son épouse et deux domestiques. Rodolphe Henri Hausamann est garagiste, né dans une famille d’horloger suisse.
Son petit-fils Georges Henri Aglae est décédé le 24 avril 1945 à Djedeida, il était sergent mécanicien et est mort en service aérien commandé
Sa petite-fille, Andrée Hausamann est connue sous le nom de Maria Lopez. Ancienne élève du conservatoire de Paris, où elle remporta, chose rare, les trois premiers prix de chant (chant, Opéra, Opéra comique), elle rencontra et se fiança avec Francis Lopez (d’où son nom de scène) et enregistra plusieurs chansons. 
Actuellement, la maison est occupée notamment pas le cabinet médical du docteur Debut
A la suite, on trouve actuellement deux commerces : le restaurant le Mistigri et l’Eden
Fernande De Almeida a été une vingtaine d’années gérante du Restaurant le Mistigri Elle explique « Le restaurant a été créé par Messieurs Daniel et Louis Maes, il y a 50 ans. Puis il a été repris par Monique Phillipon, une dame du Haut Doubs. Le Mistigri propose des spécialités du Haut-Doubs et particulièrement les célèbres roesti » Il est toujours en activité avec une nouvelle gérante.
Au numéro 3, logeaient 8 ménages en 1921 soit 22 personnes. 
Les activités professionnelles étaient très diverses : un percepteur, sa femme institutrice, un autre instituteur, un greffier à la Cour d’Appel, deux ouvriers à la Cie PLM, un ouvrier (Suisse) aux automobiles Schneider, un photographe patron, sa femme employée aux PTT, un concierge et trois employés dont un au Crédit Lyonnais.
Au numéro 5 logeaient 3 ménages soit 9 personnes dont un employé aux Economiques bisontins, un garnisseur et son épouse couturière patronne.
Manifestement, une construction moderne en arc de cercle a remplacé l’ancienne bâtisse.
Au numéro 7 logeaient aussi 3 ménages soit 11 personnes dont un autre percepteur, un employé à la Compagnie PLM, une employée aux montres Japy, rue de la Rotonde et une sténo-dactylo.

La rue du Général Rolland depuis la rue de la Viotte

