Voyages avec 8 coups de coeur de lecture

Compte-rendu de la rencontre Coups de cœur lecture du mercredi 29 janvier 2020

Présentes: Danielle, Marielle, Catherine, Katherine, Berthe, Sandrine, Marie-France, Françoise.

CDN août 19

Dans une très belle salle située au 3ème étage du CDN, les 8 participantes des «Coups de cœur lecture» se sont retrouvées pour la nouvelle mouture 2020. Nous avons été très bien accueillies par François, dans un magnifique lieu donnant sur les jardins du casino et au-delà sur le parc Micaud. En accédant aux étages, nous avons pu apercevoir la scène depuis le plateau technique, avec en vision directe le système complexe des projecteurs noirs. Impressionnant, inattendu et inespéré!

L’objectif du jour était de présenter une lecture qui nous avait interpellées en décembre dernier ou en janvier. Les livres choisis étaient comme toujours très variés, mais la tendance générale ciblait en grande majorité les auteurs étrangers.

Nous avons voyagé en Inde, au Canada, aux Etats-Unis, de New York aux Rocheuses, de Dallas aux coulisses d’Hollywood, au coeur de la condition féminine du Japon, en faisant escale à Madrid pour une étude picturale mystérieuse, sur la route du retour à la réalité!

La prochaine réunion aura lieu le 10 mars 2020 à 16 h 15 . Lieu  à confirmer.

Les ouvrages du jour

 

Danielle présente

Le mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf

Dempf Le mystère Jérôme Bosch

2013 : Madrid. Le Prado. Le Jardin des délices, célèbre triptyque du peintre flamand Jérôme Bosch, a été vandalisé par un prêtre dominicain. Le religieux, convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’Église, a lancé du vitriol sur le tableau avant d’être maîtrisé par les gardiens du musée.
Restaurateur de tableaux, Michael Keie se voit confier la tâche délicate de remettre le triptyque en état. Très vite, il fait une découverte stupéfiante : à plusieurs endroits, les couches de peinture altérées laissent transparaître des symboles cachés. Avec l’aide de son collègue madrilène Antonio de Nebrija, un vieil érudit fantasque, Keie va tenter de déchiffrer ces signes étranges.
1510 : Petronius Oris arrive à Bois-le-Duc dans les Flandres pour travailler aux côtés de Jérôme Bosch. Alors que la cité est envahie par les sbires de l’Inquisition, Petronius découvre que Bosch, initié à un secret hérétique, travaille en secret à un mystérieux triptyque.
Avec ses deux enquêtes parallèles, l’une dans le présent, l’autre dans le passé, qui se font écho pour percer le secret du célèbre Jardin des délices, Peter Dempf fait preuve d’une incroyable érudition et nous offre un suspense magistral qui tient en haleine jusqu’à la dernière page.

Catherine a lu

Un fils en or de Shilpi Somaya Gowda

Gowda Fils en or

L’auteur : romancière canadienne d’origine indienne et âgée de 49 ans. Ce sont ses parents qui ont émigré de Bombay . Elle vit à San Francisco aux USA. Elle a publié son premier roman en 2010 La fille secrète, énorme succès d’édition. Un fils en or est son deuxième roman, publié en 2015 et édité en France en 2016.

Le roman : En Inde dans le Gujarat, Anil, fils d’un riche propriétaire terrien, fait des études de médecine, encouragé par ses parents. Il est proche de Leena, fille d’un pauvre métayer, mais part étudier aux Etats Unis, à Dallas. Chacun de leur côté, Anil et Leena sont confrontés à de difficiles épreuves : Anil aux USA découvre une autre médecine, le favoritisme, le racisme ordinaire, Leena en Inde est victime des traditions, mariée malgré elle et maltraitée dans sa belle famille. Lors de ses retours en Inde, après la mort de son père, Anil se sent mal à l’aise et ne parvient pas à endosser son rôle de « fils aîné ».

Ce qui m’a intéressée : avant tout le sujet lui-même, l’histoire de ce jeune médecin et à travers lui la confrontation de deux cultures radicalement différentes.

  • le personnage d’Anil qui se rend compte qu’il lui était impossible de se sentir chez soi en Amérique, et qu’ici non plus (=en Inde) il ne se sentait plus à sa place. Il habitait deux pays mais n’était accepté par aucun. (p.329).
  • La peinture des relations familiales, amicales, professionnelles et sociales aussi bien à Dallas qu’en Inde
  • La description en parallèle de deux cultures avec chacune leur violence spécifique (poids de la tradition en Inde et intolérance aux USA, modernisme et business), et l’effort des jeunes générations pour surmonter ces difficultés et acquérir leur autonomie.

Réserves: Roman facile à lire mais qui n’évite pas toujours les stéréotypes et un certain manichéisme. Un fin qui m’a semblé «rapide».

 

Katherine a présenté :

Lake Success de Gary Shteyngart

Lake Success de Shtenyngart

(Éditions de l’Olivier 2020, paru en 2018 aux USA)
Gary Shteyngart est un auteur d’origine russe, né en 1972, il est arrivé aux USA à l’âge de 7 ans, a passé son enfance et son adolescence à New York, dans le Queens. Il écrit en anglais. Le personnage central du roman est Barry Cohen, un ultra-riche new yorkais qui s’occupe de manière plus ou moins honnête d’un fonds d’investissement. Il est d’origine modeste (enfance dans le Queens), vit dans un appartement de 400 m² d’une des tours de Manhattan. Il a 43 ans, est marié à une jeune femme d’origine indienne (dont les parents sont arrivés adolescents aux USA), est père d’un enfant autiste profond de 3 ans. Du jour au lendemain, à la suite d’une violente dispute avec sa femme (et peut-être pour fuir une poursuite pour délit d’initié), il décide de partir de New York en Greyhound (réseau de cars), ce qui n’est évidemment pas son mode transport habituel. Il a un vague projet, plutôt un prétexte : retrouver un amour de jeunesse, à une époque où les deux étaient étudiants à Princeton. Il s’engage donc vers le Sud puis l’Ouest (Baltimore, Richmond, Atlanta, Dallas, El Paso à la frontière mexicaine). Il coupe complètement les ponts avec sa vie familiale et professionnelle, perd rapidement téléphone et carte bleue, d’où des conditions de voyage très précaires (mais il traîne quand même avec lui une valise pleine de montres hors de prix). Les Greyhound ne sont fréquentés que par des voyageurs pauvres : noirs et latinos. L’action se passe en 2016, au moment de la campagne pour l’élection présidentielle.

Le roman est construit sur une alternance de chapitres à la troisième personne, l’un écrit du point de vue de Barry, l’autre écrit du point de vue de Seema, sa femme (chapitre en général plus bref). Ce qui est très réussi, c’est la façon dont l’auteur mêle le présent et le passé des personnages : on passe sans arrêt des réactions face aux rencontres du moment à la remémoration d’éléments anciens (enfance, université, vie professionnelle et conjugale). Certaines pensées reviennent de manière obsessionnelle : le père de Barry nettoyeur de piscines, sa mère morte alors qu’il avait 5 ans, son amour des montres, et surtout la figure de Shiva, l’enfant autiste que Barry n’arrive jamais à calmer.

Un autre réussite, c’est la façon dont sont mêlés vie personnelle et tableau de l’ Amérique. On a affaire à une Amérique pauvre, celle des Greyhound ou de la frontière mexicaine, mais aussi à une Amérique moyenne,  » provinciale », celle des parents de Seema par exemple, tout cela s’oppose à l’autre monde, celui où l’on raisonne en millions et milliards de dollars (beaucoup d’indications et de comparaisons de prix dans le roman). Le fait que l’action se déroule au moment de l’élection de Trump n’est évidemment pas indifférent : un personnage déboussolé dans un Amérique déboussolée, une victoire aberrante. Barry ne supporte pas Trump pour des raisons personnelles et culturelles, mais appartient objectivement à son monde.

C’est enfin le ton du roman qui est très convaincant : regard distancé, humour, une empathie du narrateur pour un personnage a priori peu sympathique au départ. Barry voudrait toujours compter pour les autres alors que finalement les autres ont plutôt envie de se passer de lui. C’est à la fois drôle et triste.

Berthe a apprécié

Indian Creek de Pete Fromm

Indian Creek de Fromm

« De la mi octobre à la mi juin, j’allais être responsable de 2 millions 1/2 d’oeufs de saumon implantés dans 1 bras entre 2 rivières. La route la + proche à 40 miles (~ 60 km), l’être humain le + proche à 60 miles. »

Ainsi commence le récit de Pete Fromm, de cette période qui a décidé de sa carrière d’écrivain.

Etudiant en 3e année à l’université de Missoula, il décide un jour de répondre à une offre d’emploi, dans les Rocheuses, en plein coeur de parc national de la Selway Bitteroot , presque un coup de tête, le départ a lieu dans 2 semaines.C’est le récit d’une initiation, d’apprentissage, la difficulté de la vie en autarcie, le quotidien, la nature quelquefois hostile. Il rêvait d’être trappeur, il avait lu tous les ouvrages, là il est confronté à la réalité et c’est rude.

Découverte de la sensibilité à l’environnement, il apprend les dangers, les possibilités, nécessités et les joies de cette vie isolé de tout et de tous. Les coups de déprime, le retour à la vie sociale

« Ceci n’est pas un livre pour amateur de salade et de petit confort douillet ! C’est un peu sanglant la vie, l’hiver dans les montagnes de l’Idaho. …Superbe et rude récit d’apprentissage de vie dans la nature. Si les histoires de Robinson qui s’adaptent à la vie sauvage sont généralement fascinantes, c’est qu’il doit rester quelques traces de notre passé de chasseur cueilleur dans la mémoire du plus citadin d’entre nous. On se demande en lisant ces sortes d’histoire si on aurait le courage de chasser ou pêcher pour vivre, d’aller couper du bois, de tanner une peau de lynx.

Pete Fromm est un merveilleux conteur. Il nous fait partager son expérience de « gardien d’oeufs de saumon » pendant tout un hiver qui représente aussi sa naissance comme écrivain. Ces 7 mois ont fait d’un étudiant indécis et pas très dégourdi, avec un couteau suisse, un homme débrouillard observateur et passionné par sa région. La montagne comme université, en somme, on apprend plus sur soi et le monde en marchant dans la neige.

Le cadre est grandiose, et la solitude redoutable et déprimante du début de l’aventure le quitte pour des moments de contemplation et de communion intenses avec les éléments, la forêt, les animaux. Sa passion est communicative. On a envie comme lui que partent les véhicules pétaradants troublant la quiétude de la vallée de la Selway, retrouver le silence de l’hiver.

C’était magique, un très beau moment de lecture. »

Marielle a aimé

Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi

Ariyoshi Les dames de Kimoto

Voilà une œuvre de la littérature classique japonaise qui m’a beaucoup plu.
Il s’agit d’une épopée familiale sur quatre générations de femmes japonaises, quatre destins et l’évolution de la condition féminine au Japon de la fin du 19e siècle à l’après Seconde guerre mondiale.
Au bord du fleuve Ki, l’on suit le destin de trois figures féminines, aux personnalités distinctes, mais imposantes : celui de Hana d’abord, puis de sa fille Fumio et, enfin, de sa petite-fille Hanako.
Derrière les portes qui coulissent, il y a le doux froissement des kimonos , la vie secrète d’une famille aisée et l’évolution de la société japonaise . Tradition d’abord avec l’apprentissage de Hana par sa grand-mère Toyono pour devenir une jeune fille pouvant être mariée . . Le choix de Toyono s’arrête bientôt sur Matani Keisaku, un jeune homme intelligent et énergique, qui semble promis à un brillant avenir, d’autant plus qu’il est le fils aîné des Matani, c’est-à-dire qu’il héritera de tous les biens de ses parents. Hana, qui n’a pas son mot à dire sur le choix de son futur époux, mais qui est obéissante et respectueuse de sa grand-mère, accepte le sort qui lui est réservé.
Le mariage de Hana et son passage vers sa nouvelle famille se fait selon la tradition. Elle a plusieurs enfants dont une fille Fumio qui est rebelle plutôt garçon manqué ,et qui refusant cette tradition s’ouvre aux autres cultures occidentales entre autres . Puis la dernière Hanako qui devient proche de sa grand-mère et sait faire la part entre tradition et modernité .C’est toute l’évolution du Japon que l’on retrouve dans ce livre

    Sawako Ariyoshi, décédée en 1984 est très connue au Japon pour ses romans, ses nouvelles, des pièces de théâtre qui racontent la condition féminine au Japon. Elle a souvent été comparée à Simone de Beauvoir. Comme, je l’avoue sans fard, je ne connais l’oeuvre de Simone de Beauvoir que par ouï-dire, ne vous attendez pas à une comparaison circonstanciée entre ces deux auteurs! Tout ce que je peux faire c’est vous parler de cette merveilleuse chronique familiale.

    Le monde que décrit Sawako Ariyoshi est un monde en mutation. Ce pourrait être celui des paysans, celui de la classe moyenne, c’est celui de familles riches, propriétaires de terres ou de commerces, descendants de samouraïs parfois. Un monde luxueux, régi par des codes précis, contraignants où, traditionnellement, les femmes quittent leur famille le jour de leur mariage avec un homme qu’elles n’ont souvent jamais rencontré. Un monde où leur statut dépendra de celui de leur époux, aîné ou cadet de la famille, de leur bonne éducation et de leur sens de l’honneur. Un monde qui commence à se déliter avec l’ouverture du Japon aux étrangers.

   Ce monde est celui de Toyono la grand-mère. Déjà, Hana, qu’elle a élevée et à qui elle a fait donner une éducation bien plus poussée que la normale, tout en respectant le code de conduite de l’épouse japonaise traditionnelle, se confronte au féminisme naissant. C’est un personnage ambigu Hana. Tout comme Toyono d’ailleurs. Loin de l’image de la femme et de l’épouse soumise, silencieuse, elles sont toutes deux des femmes de tête, dirigeant leur petit monde d’une main d’autant plus ferme qu’elle est enveloppée de soie et subtile. Elles ne sont pas esclaves, mais se sont mises au service d’un idéal, de leur idéal, celui de l’Epouse. Et son existence prend fin quand se termine celle de son mari:« Elle n’avait jamais juré que par Keisaku et elle ne voulait pas lui survivre dans le monde qu’il s’était forgé. Elle ne pouvait pas accepter de devenir une de ces femmes des temps nouveaux qui prétendaient s’affirmer. Accomplir quelque chose par elle-même au lieu de tenir son pouvoir du fait qu’elle était dans l’ombre de son mari lui paraissait aller contre toutes les vertus féminines auxquelles elle croyait si fermement. […] D’après elle une femme, même forte et intelligente, qui n’avait pas d’homme au côté duquel se tenir était inévitablement condamnée. »

   Sorte de personnage de transition entre deux mondes, elle est déchirée entre une indépendance possible mais qui heurte toutes ses convictions et un univers rassurant dont elle maîtrise les ressorts. Le changement arrive par sa première fille, Fumio la rebelle qui affirme ses opinions politiques, part faire ses études seule à Tokyo, épouse l’homme de son choix, refuse les vêtements traditionnels. Sa force de caractère, elle la tient de sa mère et de sa grand-mère, mais l’utilise différemment. Le propos du roman est finalement de montrer comment deux femmes si semblables peuvent ne pas se comprendre: chacune s’enferme dans une forme d’extrémisme, incapable de voir ce que l’autre peut lui apporter. C’est toute la confrontation entre tradition et modernité qui se révèle à travers les relations de la mère et de la fille. Avec la possibilité, à la quatrième génération de parvenir à concilier deux mondes, héritage et avenir.

   C’est donc cette évolution de mère en fille que décrit Sawako Ariyoshi, l’inéluctable changement du monde, à l’image de ce fleuve que descend Hana le jour de son mariage. Ce fleuve que les mariées ne doivent pas remonter sous peine de mourir. C’est, quand on y pense une belle métaphore. Le fleuve comme image de l’évolution, d’une force contre laquelle on ne peut aller sous peine de tout y perdre. Ni Toyono, ni Hana, ni Fumio n’ont finalement le choix de ce qu’elles sont. Elles vivent avec les armes que leur ont donné leur éducation et leurs convictions. Et tout le roman est à l’image de cette métaphore; poétique, évocateur, profond. Profond parce que ses personnages le sont, parce qu’au delà de la condition féminine, il y est question de politique, de société, de guerre, de diplomatie.

 

Sandrine a présenté

Ecstasy and me de Hedy Lamarr

Ectasy and me Lamarr

Beauté vénéneuse, filmographie fournie et amants célèbres : Hedy Lamarr avait tout pour figurer au panthéon des reines d’Hollywood. Mais, quoiqu’elle fût sacrée « plus belle femme du monde », tournât aux côtés de Clark Gable et Spencer Tracy, et inventât le système de télécommunications à l’origine du wifi, Hedy Lamarr semble avoir joué de malchance. Sans doute était-elle trop sulfureuse pour l’Amérique des années 1940. Elle accède à la notoriété en mimant pour la première fois un orgasme au cinéma ; fuit son premier époux, déguisée en femme de chambre ; se marie six fois ; revendique sa bisexualité ; prend pour amants les plus grandes stars ; abuse de la chirurgie esthétique ; dilapide sa fortune ; se retire de la vie publique à 40 ans, ne réapparaissant qu’au gré de ses condamnations pour vol à l’étalage. Dans cette autobiographie controversée, elle livre les détails de son ascension spectaculaire, brossant un portrait décadent de l’âge d’or d’Hollywood.

Récit au style incisif, Ecstasy and Me retrace le destin d’une femme qui s’épuisa à essayer d’être libre.

Marie-France a lu

L’argent des autres de Justin Cartwright

L'argent des autres Cartwright

L’auteur, Justin Cartwright, né en 1945 en Afrique du Sud  a vécu à Londres. Il est décédé en décembre 2018

L’histoire commence dans le milieu de la finance à notre époque à Londres.
La banque Tubal & co est en mauvaise posture : Julian héritier de cette banque ancestrale (appartenant à la famille depuis 300 ans) a investi dans des fonds spéculatifs douteux (Subprimes). Il essaie de réparer les « pots cassés » en trafiquant les comptes par de savantes manipulations afin de vendre la banque.

     Pendant ce temps, le père Harry (de la vielle école) dans sa superbe propriété d’Antibes est à l’agonie après de multiples AVC.

      Par ailleurs, un journal local en Cornouailles est obligé de se séparer d’une jeune journaliste  faute de ressources  publicitaires.  Il est conseillé à celle ci de « faire » un blog.
Dans ses investigations la blogueuse rencontre un théâtraux régional  philosophe et rêveur.  Celui-ci est dans une situation précaire, d’autant plus que la banque  Tubal lui a supprimé une subvention qu’elle lui avait accordée à vie suite à un contrat concernant sa femme.

    La blogueuse a soulevé un lièvre, et s’enchaîne une suite de réactions.

Mon ressenti : j’ai trouvé ce récit plaisant à lire, il y a de savoureux portraits de la classe possédante et du peuple qui dépend de la banque.
J’ai été séduite par l’intrigue : tout est traité avec élégance et humour, sans chiffres ennuyeux.

 

Françoise a présenté

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon  de Jean-Paul Dubois

 Jean Paul Dubois Tous les hommes ...

C’est l’histoire d’une vie, celle de Paul Hansen, emprisonné à Montréal, qui déroule ses souvenirs des années 1950 aux années 2000, du Toulouse de sa mère au Jutland natal de son père danois, en passant par le Canada algonquin de la femme de sa vie.
Découverte d’un univers humain et touchant, des personnages pittoresques, des phrases ciselées et profonde où le burlesque n’est jamais loin.

On sourit beaucoup en découvrant la formidable ronde des personnages qui entourent Paul : son père pasteur qui perd la foi, sa mère soixante-huitarde qui se bat pour que Gorge profonde soit diffusé dans son petit cinéma d’art et d’essai, son épouse Wimona qui pilote un aéroplane. Et surtout, le truculent Horton, son compagnon de cellule, Hells Angel incarcéré pour meurtre, un homme et demi qui tombe dans les pommes lorsqu’on tente de lui couper les cheveux.
L’humour comme antidote à la dureté de la vie, la tendresse humaine aussi. Durant 20 ans, Paul a été surintendant d’une résidence, homme à tout faire, gardien d’immeuble, un travail qui laisse peu de temps mais qu’il a pratiqué avec bienveillance, dans le respect des autres, toujours prêt à secourir les âmes seules, à aider les mamies en détresse.
Jusqu’au jour où tout bascule. Jean-Paul Dubois dévoile assez tard dans le récit les raisons de l’incarcération de Paul. Le roman devient presque philosophique, et bascule aussi dans une ambiance très mélancolique .

Cet immeuble devient la métaphore de notre monde actuel. Il ne faut pas grand-chose, juste l’arrivée d’un gestionnaire manipulateur et autoritaire, pour que la douceur de vivre en communauté disparaisse, remplacée par un monde arbitraire, bureaucratique, quasi totalitaire.
Paul n’est pas de ce monde-là. Il ne le sera jamais. L’auteur compose ainsi un magnifique portrait qui exalte l’aspiration à la liberté, qui sublime le refus de se soumettre à autre chose qu’une éthique personnelle fait de droiture. Paul est seul mais digne. Il trouve la consolation dans un dialogue très vivace avec les fantômes de son passé qu’il convoque le plus qu’il peut.
Ce livre est certes l’histoire d’une chute, mais ce qu’on retient, c’est la bienveillance, la tendresse humaine dont fait montre Jean-Paul Dubois à l’égard de ses personnages.

La prochaine réunion aura lieu le 10 mars 2020 à 16 h 15 chez l’animatrice

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