Qui se souvient du Coq Hardi à la Mouillère?

Ne vous laissons pas vous plonger dans vos souvenirs…car cet estaminet, où l’on pouvait boire et danser, a depuis longtemps disparu! Son existence est évoquée dans un compte-rendu de jugement du Tribunal de Besançon de… fin décembre 1853…

En 1887, un texte fondamental (sous forme de « Mémoire ») pour l’histoire de notre quartier – (ce n’est pas la première fois que nous le citons et ce ne sera pas la dernière…)-,émanant de la société syndicale pour l’amélioration des Chaprais, indique :

bulletin de la société syndicale pour l'amélioration des Chaprais

 

 » La route du pont de fil de fer (ouvert à la circulation en 1838), devenue rue des Chaprais, était à peine livrée à la circulation que de nombreuses constructions en bois s’élevèrent à la Mouillère comme par enchantement.

Bord du Doubs après 1840

Les constructions en maçonnerie étaient interdites en vertu des règlements du génie militaire (cette contrainte ne sera levée que fin 1877). Des commerçants y ouvrent tout de suite à la galanterie des établissements d’une nature spéciale, des salons pour dîners discrets et parties fines. Et pendant bien des années, les restaurants de la Mouillère ont été renommés pour cela ».

Restaurant La Mouillère 1899

Ce restaurant semble avoir été situé à ce qui constitue aujourd’hui l’ avenue d’Helvétie

Café restaurant Pernod

Grâce aux voies ferrées et à la passerelle on peut mieux localiser ce restaurant Pernod du début du XX° siècle

Gaston Coindre dans « Mon vieux Besançon »  , pour sa part le confirme :

« Dans cet aimable petit vallon ……..on faisait godille toute la journée à la Mouillère, véritable asile de débauche… ».

Mon veux Besançon Gaston Coindre t1

C’est donc dans ce contexte historique décrit ci-dessus que cet incident, jugé par le tribunal de Besançon, est rapporté par un journaliste de L’Impartial dans son édition du 2 janvier 1854! Et ce journaliste, François PERRIN, ne manque décidément pas de verve! Jugez plutôt….

L'impartial 2 janvier 1854

 » Le sieur Carteret, âgé de 29 ans, ouvrier ébéniste, célibataire, demeurant à Bregille, banlieue de Besançon, était prévenu de s’être immiscé, sans titres, dans les fonctions d’agent de l’autorité supérieure.

Carteret, lorsqu’il a bu un coup de trop, suivant l’expression de son défenseur, aime à se proclamer l’agent secret d’une autorité quelconque. Du reste, sa barbiche sombre et ses redoutables moustaches sont bien taillées pour cela. Aussi se présente-t-il devant le tribunal, les mains dans ses poches, comme il convient à un homme de cette importance.

Ces jours derniers on dansait à la Mouillère chez le cabaretier Coq-Hardi : (ne pas confondre avec le père Coquardin du Charivari). Le bal était muni de toutes sortes d’autorisations, on dansait dans les règles, mais on comptait sur les moustaches de Carteret qui étaient là, attablées en un coin et couronnées d’écume de bière. Tout à coup, le crin de ses moustaches se hérisse sous l’archet du violon de M. Le chef d’orchestre.

Carteret L'Impartial 1854

Les moustaches s’adressant à l’assemblée :

– Jeunes vierges ! Arrêtez-vous à la minute ! Nous vous l’ordonnons ! Nous nous apercevons avec douleur que vous massacrez sans permis et d’une façon immodeste la chaste polka, et que vous faites des faux pas dans la loi de la justice divine et humaine. Et, quelle infamie ! Nous ne voyons ici aucun de nos agents pour mettre un terme à vos soit-disant mollets… il faut que tout ça finisse. En conséquence, nous ordonnons à tous les mollets ici présents et futurs de cesser leur danse et de lever l’escarpin… Ou sinon nous faisons fermer la boutique… Voilà la chose !…

Une danseuse se jetant au pied des moustaches :

De grâce ! Encore quelques coups d’archet, s’il vous plaît !

Les moustaches :

– Silence ! Ou bien nous allons vous mettre au violon… Nous avons des ordres supérieurs pour tous les bals possibles ; seulement nous sommes étonnées de ne pas voir nos inférieurs les commissaires de police. Nous les avions convoqués, ils n’y sont pas, tant pis pour eux ! Nous allons les destituer.

– Votre écharpe ! Montrez-nous votre écharpe ! crièrent tous les rebelles de l’assemblée.

Les moustaches :

Notre écharpe ? La voilà !…

Et Carteret tira de dessous de sa blouse un coin de son mouchoir de poche tricolore qui fit venir la chair de poule à tous les rebelles de l’assemblée.

– Inutile de vous exhiber le reste, leur dit-il, ceci est suffisant pour vous prouver mon pouvoir sur mes inférieurs.

En effet, Carteret ébéniste avait donné des ordres imaginaires à un agent de police et un caporal de garde qui n’en tinrent aucun compte et portèrent plainte contre cet étrange ébéniste.

Les moustaches d’ébène… de Carteret ont été condamnées  à trois jours de prison.

Modérez donc la rotation des mollets !… ».

A la même époque un fabricant des Chaprais avait mis au point une pompe à incendie qui aurait été peut-être fort utile afin de calmer l’ardeur des danseurs. Mais nous vous raconterons cette histoire dans notre prochain article.

Sources : Bibliothèque municipale d’étude et de conservation; site Mémoirevive Besançon.