Il y a 110 ans, c’était la crue du XX° siècle….

L’actualité nous incite à évoquer de nouveau cet événement historique. Dans notre région, en ce mois de janvier 2020, le Doubs et les nappes phréatiques sont au plus bas! Dans les Pyrénées orientales, les effets de la tempête Gloria provoquent le débordement catastrophique des  fleuves Agly et Aude!…

Doubs au plus bas

 

La « une » de l’Est Républicain du 22 janvier 2020

(à comparer avec celle du Petit Comtois datée du 22 janvier 1910; voir plus bas dans cet article )

Dans un article publié sur ce blog, le 22 janvier 2018 sur Les inondations autrefois vues des Chaprais, nous faisions état du témoignage du curé de Saint-Martin de Bregille (l’église détruite en 1814 et remplacée par Saint Martin des Chaprais), sur la crue du Doubs à Besançon le 26 janvier 1789

avis de crue en 1784

Avis datant de 1784!

crues Bacoffe curé de Bregille

 Et nous évoquions l’étude datée de 1876 d’un agent des ponts et chaussées, M. Hyenne recensant en 28 dates les principales inondations de la rivière Doubs : la première recensée le 2 janvier 1290 !

Le mois de janvier serait donc propice aux crues? Pour faire simple il est vrai que l’effet combiné d’une neige tombée qui fond et d’une pluie alors abondante  peut expliquer ce phénomène.

Une Petit Comtois 20/1/1910

crue 1910 petit comtois

Le Petit Comtois du 20 janvier 1910, la veille de l’inondation du siècle

Mais le 27 mai 1983, puis le 17 février 1990 Besançon avait également connu des débordements de notre rivière comme en témoignent les photos de notre ami Alain Prêtre et celles (1983) de Bernard Faille alors photographe à l’Est Républicain.

Crue 27 mai 83 passerelle

1983 La passerelle Denfert Rochereau (photo Alain Prêtre DR)

Crue 1983 passerelle Faille

1983, la passerelle Denfert Rochereau ( photo B. Faille DR )

crue février 1990 AP

Le pont de la République le 17 février 1990 (photo Alain Prêtre DR)

Mais revenons sur les effets de cette crue de 1910 qui avait affecté une grande partie de la France. Sur le site Mémoirevive de la bibliothèque de Besançon, vous pouvez découvrir des dizaines de photos concernant notre ville, certaines étant devenues célèbres! Nous vous en donnons à voir quelques unes qui ont parfois fait l’objet de publication ici.

Et l’étude du quotidien de l’époque Le Petit comtois et des compte-rendus des réunions du conseil municipal (entre autres,une session extraordinaire dès le 23 janvier 1910) ne manquent pas d’enseignements!

Premier effet de cette inondation : la coupure du gaz pour plusieurs jours, donc d’une grande partie de l’éclairage public dont l’essentiel repose encore sur le gaz de ville. La ville, plongée dans le noir, est alors sillonnée par des policiers, des pompiers et des soldats avec des torches afin de rassurer la population. Comme il n’y avait pas encore de sirène, la crue était annoncée au moyen d’une trompe!

L’électricité qui commence à apparaître est également coupée mais, semble-t-il pour une durée plus réduite. Le Petit Comtois rencontre alors des difficultés pour imprimer son journal.

Petit Comtois 1910 crue

 A la « une » du Petit Comtois du 22 janvier 1910 :ce journal ne comporte qu’une feuille imprimée que d’un côté

Notre quartier, les Chaprais est certes préservé dans sa partie haute. Mais dans le bas, c’est une autre histoire : le parc Micaud est envahi et le buste de notre sculpteur local J. Becquet émerge à peine de l’eau. Le chalet du parc est lui aussi cerné par les eaux. La carte dressée à cette occasion rend bien compte des lieux chapraisiens touchés.

crue 1910 Besançon

plan de la crue de 1910

En bleu les zones inondées

crue 1910 Micaud

Le buste de Becquet, au fond, à gauche de cette carte

Crue 1910 Micaud chalet

Le gouverneur militaire se rend à cheval constater l’inondation qui atteint l’Hôtel des Bains…Une carte postale célèbre et deux photos de M. Bévalot rendent compte de ce phénomène.

Crue 1910 hôtel des Bains

crue 1910 hôtel des bans Bévalot

Photo Bévalot

Les Thermes sont fermés car la salle des machines a été envahie par l’eau.

Si le génie militaire, sollicité, a renforcé les attaches des barques lavandières comme celles du pont de la République et au pied de la tour de la Pelotte, à Tarragnoz la barque sera, malgré tout, emportée et détruite par les flots.

Crue 1910 Tour de la Pelote

Les réserves de bois de la papeterie de Novillars menacent les ponts. Et celui entreposé sur les chantiers locaux, comme ceux de Greset installés alors à la Gare d’Eau avant de rejoindre plus tard la rue de la Rotonde puis l’avenue Fontaine-Argent, subissent le même sort.

Crue 1910 bois contre le pont

Les bois au pont de la République

Autre conséquence : le report du bal des conscrits des Chaprais. Les Nouvelles Galeries annoncent fermer à 16 h00 faute de lumière!

crue 1910 salle 44 rue de Belfort

Le Petit Comtois 23 janvier 1910 ; le 44 rue de Belfort est occupé aujourd’hui par la poste.

Une souscription est aussitôt organisés : par la ville et par le journal Le Petit Comtois. Une commission est chargée de répartir les aides.

crue 1910 souscription

Souscription Petit Comtois 23 janvier 1910

Le pouvoir de mobilisation du journal édité par la famille Millot (qui habite les Chaprais) est tel qu’au départ, les sommes collectées par ce journal, pour les sinistrés, sont plus importantes que celles versées en mairie ( souscription au 30 janvier 1910 : Mairie 1 684,50 F; Petit Comtois 2 088, 05 F). De nombreux chapraisiens contribuent à cette solidarité, au premier rang desquels les industriels du quartier . Au final la mairie aura collecté 4 721 F et Le Petit Comtois 2458,05 (4° liste). Soit au total la valeur d’environ 2 800 € de nos jours. Ce qui représente, convenons en, assez peu pour faire face à la situation. Des aides de l’état et de la ville permettront tout de même de faire face aux premières urgences.

Sources : site Mémoirevive de la ville de Besançon; Le Petit Comtois; les délibérations du Conseil Municipal; cpa site Mémoirevive et collection particulière.