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Histoire de la rue de la Liberté

Poste, usines, commerces, artisans, ouvrières … une rue populaire au coeur des Chaprais


Salle archi-comble pour la conférence mensuelle d’histoire des Chaprais jeudi 5 mars 2026.

Aperçu des 120 documents projetés lors de cette réunion. Ils portent sur les rues, les constructions, les activités et les gens.

première partie : 150 ans d’histoire de la rue de la Liberté

Les origines

Une rue relativement récente. Elle n’apparaît pas sur les plans anciens même dans les années 1860

Il faut attendre 1881 pour qu’elle soit nommée ainsi. Entre temps, elle fut tracée et nommée chemin vicinal 25 et rue des Capucins en référence avec le couvent des Capucins au n° 10 de la rue de la Cassotte

Vue d'ensemble des bâriments des Capucins et de leur jardin : vue prise depuis l'actuelle rue de Vittel
Vue de la chapelle et du couvent des Capucins depuis l’actuelle rue de Vittel

plan 1883 liberté

Sur le plan Delavelle de 1883, la rue est tracée avec peu de constructions.

En 1921, on recense 260 habitants dans 12 maisons : ouvrières, cheminots, petits commerçants … un habitat populaire.
On dénombre 18 cheminots à la Compagnie PLM dont le gérant de la coopérative des cheminots, un boulanger au numéro 3.
Une douzaine de personnes sont classées journalières, quelques manoeuvres et déjà un chômeur (un ajusteur)
Une quinzaine, surtout des femmes, travaillent dans le textile ou l’habillement. Assez logiquement 7 travaillent à la manufacture de bonneterie Druhen au numéro 10. D’autres femmes sont couturières, lingère, repasseuse, tricoteuse chez Pichon ou divers employeurs.
L’horlogerie et de façon plus générale la métallurgie occupe une dizaine de personnes : horlogers à façon (dont un Suisse) ou employée chez Lipmann, ferblantier chez Beckerich (29 avenue Carnot), mécaniciens chez Douge (fonderie), aux automobiles Schneider ou au garage Faivre rue de la Liberté.

Rue de la Liberté

Une vue ancienne de la rue de la Liberté avec à gauche le bureau de poste avant qu’il soit réhaussé.
D’où viennent les habitants en 1921 ?

Comme dans d’autres rues du quartier, la majorité des 135 adultes, chefs de famille et actifs ne sont pas bisontins d’origine. 25 seulement sont nés à Besançon. 6 sont nés en Suisse, un en Italie.
à part deux parisiens et un strasbourgeois, ils sont originaires de villages du Doubs ou de la région. Sa population est donc le résultat d’un exode rural. Ces personnes ont quitté leur campagne pour rechercher un emploi en ville.



Côté impair de la rue de la Liberté

Plan cadastral de la rue de la Liberté : il met en évidence l’existence de cours et de construction en arrière cours.

La population est inégalement répartie entre les numéros : jusqu’à 40 personnes et beaucoup moins, 3 ménages au numéro 1 et 1 bis

En 1891, sont recensés François Oudot rentier, Augustine Bordeux veuve Gouspy et ses 2 fils Joseph, Marie Syrami rentière et une domestique, Julie Lustre lingère et Donat Lonchampt horloger. En 1927 et 46 A Gouspy est devenu directeur de la Voirie, F. Debey receveur des Contributions Indirectes et X. Jeunet vérificateur des Contributions Indirectes, Daley commercial en 46 et 65, Mlle Rousse institutrice en 1946.

N° 1 bis reu de la Liberté

Au n° 1 bis Mme M Arnoult professeur au lycée en 1927, R Golay ingénieur AM en 1927 et sa veuve en 1946, J Schmidlin chef de fabrication en 27. En 1946 est recensé Stéphane Boulier à l’époque chef de fabrication chez Lipmann. Il fera ensuite carrière chez Kelton

Stéphane Boullier Kelton

En 1946 et 1965, on relève la présence de Fernand Marguier marchand de bestiaux

Au numéro 3 : une belle bâtisse qui abrita un bureau de poste.

Il est .réclamé notamment par le Président de la Chambre de commerce, qui argumente sur sa nécessité : « Séparé de la ville par la rivière du Doubs, les Chaprais constituent à eux-seuls une agglomération de plus de 6 000 habitants au sein de laquelle des intérêts nombreux se sont groupés; diverses industries y ont leur siège »

Ancienne poste rue de la Liberté

Le bureau de poste ouvrit le 1er juin 1883 et y resta jusqu’à son transfert rue de Belfort. Le bureau de poste et de Télégraphe prit la place laissée vide par le commissariat de Police dans les locaux de la Société Coopérative des Chaprais en 1883. Cette création était réclamée depuis presque dix ans. Cette installation est permise par une décision ministérielle de 1883 « sous réserve d’une mise à disposition gratuite de locaux spacieux et convenablement aménagés pour le service et pour l’appartement du receveur ». Les archives nous apprennent que les services postaux travaillaient alors le dimanche et les boîtes aux lettres étaient ramassées cinq fois par jour. Le bureau de poste occupait uniquement le rez de chaussée de la partie centrale du bâtiment (53,9 m²), la partie droite du rez de chaussée était occupée par le receveur qui en 1889 souhaite un agrandissement pour loger convenablement sa famille de quatre enfants.
Le bâtiment sera agrandi en 1893. On passa de 53,9 m2  à 114 m2. Ce qui correspond à la partie droite du rez de chaussée du 3 rue de la Liberté. En 1935. Il y avait alors, 8 personnes employées: le receveur, 3 dames commis, 3 dames employées et un manutentionnaire.

ancien bureau de poste

Un grand nombre de receveurs se succédèrent au n° 3 de la rue de la Liberté : Emile Saulnier, Claude Fauquignon, Jean Poigeaut, Joseph Bouveret, Joseph Charpy, Henry Studenmann, Charles Manigard, et Jean Chassaing

Au même numéro, on trouvait la boulangerie de la coopérative avec comme boulanger Joseph Sandoz en 1891, Ch Legendre en 1927, L Hirt en 1946

Le numéro 3 fut aussi le siège de la Fanfare des Chaprais

En 1946 : Cosset fondé de pouvoir de l’entreprise de transports Danzas, Dufour retraité, Jeannin représentant, Chasseraud administrateur de collectivité
En 1965, Gabriel Ogier, M Dujour SP, A Jeannin représentant et la blanchisserie Perron.
Depuis, le bâtiment a hébergé un dispensaire, un service de l’ADDSEA et actuellement la salle des ventes d’Astrid Guillon, commissaire priseur

Astrid Guillon commissaire-priseuse

Qui habitait au n° 5 ? 10 ménages

En 1891 des horlogers Suisses Girardin, Gigon, un maçon italien, un charpentier, 2 serruriers père et fils, 3 manœuvres et une femme blanchisseuse, Théodore Morel, agent de police, un retraité.
V Cathau représentant, P Bouteiller employé en 1927 et sa veuve en 46, des veuves sans profession, des employés PLM (F. Bas) puis SNCF : Richard en 46, et en 65 G Brenier, L Relange; d’autres employés, M Malandre menuisier, M Perrod mécanicien, Young ?

Qui habitait au n+ 7 ? 11 ménages et 39 habitants en 1891
1 cocher, 2 cuisinières, 2 serruriers, 3 journaliers 1 manœuvre, 1 terrassier, 1 tonnelier, 1 peintre en bâtiment, 1 garde de nuit, 1 employé de chemin de fer.
En 1946 et 65 on ne retrouve aucun de ces habitants : tous sont nouveaux.
En 46, des retraités, des SP, des ouvrières et employés dont un d’octroi Charles Prédine
En 65, 2 mécaniciens, 1 SNCF, 1 employé de mairie et 1 de commerce

Qui habitait au numéro 9 ? 5 ménages et 15 habitants en 1891

Louis Coulon marchand de vins en gros, son fils sommelier, autre fils distillateur
Augustin Mouillon boulanger et son épouse horlogère, Henri Dolin menuisier son épouse couturière, 1 commis et 1 journalière

Dans l’indicateur Fournier on relève 4 noms en 1946, 7 en 1965
A Florin SNCF, puis retraité, R. Gravis Sté Générale, 1 tapissier, 1 épicier Pourchot puis Bosset et Deray alimentation

Qui habitait au n° 11 ? en 1891, 8 ménages et 24 habitants

François Petit coiffeur et un apprenti, Pierre Landry Suisse horloger, JB Boucard scieur de long
2 manœuvres, 1 terrassier, 1 ajusteur, 1 lingère, 1 tisseuse

En 1927 jusqu’en 1946 Francis Chenevière et son fils fabricant de sacs en papier. Il logea auparavant rue du Chasnot puis rue des Chaprais.


Allard concierge et Verdet employé de banque
en 1965 reste la Veuve Chenevière née Léonie Dirrig sans profession et Membrey Est Automobile

Au numéro 11, habite Louise Jeanmaire patronne d’un restaurant qu’elle gère avec une cuisinière, une fille de salle (d’origine Suisse) et une domestique. l’Assiette Comtoise ?

l'Assiette comtoise en 2011

L’Assiette Comtoise en 2011, actuellement une boutique de tatouage.

Qui habitait au numéro 13 ? 13 ménages et 38 habitants

En 1891, 3 manœuvres, 2 journaliers, 1 Suisse et son fils, tailleurs de pierre, 1 menuisier, 1 tuilier, 2 tricoteuses 1 couturière, 1 marchande de légumes, 1 concierge, 1 comptable, 1 horlogère, 1 employée
En 1946 et 65 : Restaurant S Glasson, Martel boucher, M Coton employé PTT, Roy ouvrier charpentier, A. Perron SNCF, G Bourgon employé à l’Arsenal, Bouchet et F Vieville matelassière en 65

Qui habitait au n° 15 ?

Personne en 1927

En 1965, Valnet cordonnier, G. Chetrot entrepreneur, F Balzi camionneur, Chaillard couturier et M Simon caviste; Puis local technique pour la plomberie Tholomier, et maintenant ?

Qui habitait au n° 17 « la maison de paille » 18 ménages en 1965 et le Bar des Chaprais au rez de chaussée.

Maison de paille rue des Chaprais

6 ouvriers, 4 employés, 1 marchand forain, 1 sage femme Mme L. Rousset, 5 autres personnes et la Fédération française d’athlétisme
Pourquoi cette expression « maison de paille » ?

A l’origine, il y avait un bâtiment de deux étages, bombardé durant la première guerre mondiale et qui a souffert d’un incendie. L’immeuble a été rehaussé et agrandi à une époque où les matériaux étaient rares et chers. L’immeuble a été reconstruit avec une ossature béton et les murs intérieurs et les cloisons sont en paille selon un procédé allemand original avec un traitement pour que ça ne prenne pas feu ../.. ». François Tholomier
Selon les actes notariés, un immeuble sis rue des Chaprais N° 22 et 24, et rue de la Liberté N° 15 et 17, à usage d’habitation et de commerce, comprenant :
1) Un bâtiment, A, pour partie en bordure de la rue des Chaprais et pour partie faisant l’angle entre cette dernière rue et la rue de la Liberté, composé d’un rez de chaussée et cinq étages, élevé sur caves voûtées
2) Un bâtiment B donnant sur la cour existant entre ce dernier bâtiment et le bâtiment A, composé d’un rez de chaussée et deux étages élevé sur caves ».
L’immeuble comportait alors, 19 appartements et 13 caves dans le bâtiment A. Le bâtiment B était composé de 17 caves, 11 remises et deux locaux de 2 pièces en rez de chaussée; 5 greniers et 6 chambres au premier et 2 greniers et 6 chambres mansardées au 2° étage.

Les propriétaires successifs de la maison de paille

Raymond Courbet, ancien négociant, demeurant 8 rue des Martelots, donné par Edmond Félicien Hyppolyte Courbet, son père, ancien négociant, demeurant 28 rue de la Cassotte, par acte notarié le 6 septembre 1928
puis Léon André Camelin, industriel, demeurant 18 rue de la Préfecture…. suite à une saisie convertie en vente volontaire. Et le 27 décembre 1938, Charles Jean Baptiste Cote-Colisson l’achète 572 200 francs

Un règlement de copropriété d’une autre époque extraits

« Les locaux composant l’immeuble devront conserver la destination bourgeoise à l’exclusion de tout commerce, industrie ou profession, cercle, dancing, théâtre, cinématographe, clinique, maison de santé ou de soins particuliers.
Il ne pourra être exercé dans l’immeuble aucun cours de musique ou de chant, ni aucun état ou profession qui produirait pour les voisins du bruit, de la mauvaise odeur ou un trouble quelconque ou qui choquerait les bonnes moeurs
« Toutefois il pourra être exercé dans l’immeuble une profession de la nature de celles dites libérales…et s’il s’agit d’un docteur, médecin ou chirurgien qu’il ne soit tenu aucune clinique ni aucun laboratoire d’expériences et qu’il ne soit employé de rayons X ou de substances radio actives. Les médecins ayant la spécialité de soigner des maladies contagieuses ne seront pas acceptés dans l’immeuble.
L’apposition de toute plaque extérieure à quelque endroit que ce soit, même à la porte palière est rigoureusement interdite.
Les perroquets et autres animaux criards seront interdits dans la maison; les chiens de petite taille seront tolérés.
Il ne pourra être cassé ni bois ni charbons dans les appartements.
Il ne pourra être mis sur les fenêtres et balcons aucun pot de fleur, caisse cage ou autre objet pouvant nuire à la propreté ou au bon aspect de la maison ni être étendu de linge.
»…

A suivre

Prochain article sur le côté pair de la rue de la Liberté et la place de la Liberté. Un troisième article reprendra l’histoire de la rue Just Becquet.

La prochaine conférence aura lieu probablement jeudi 23 avril. Il est envisagé d(étudier l’histoire des rues Paul Bert,, Lanchy et Fluttes Agasses ou des Cras Avez-vous des souvenirs, des documents sur ces rues .? contactez chapraisinfo@gmail.com

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