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Histoire et patrimoine de la rue de Vittel

La conférence du 11 septembre en résumé

histoire de la rue de Vittel conférence

Salle comble pour la reprise des conférences d’histoire des Chaprais
Conférence de Delphine sur la rue de Vittel
Delphine Lantuas a présenté en détail l’histoire de cette rue de Vittel avec un diaporama de 90 vues. En voici un résumé.

La création de la rue de Vittel

Auparavant, il y avait des jardins et déjà le couvent des Capucins et l’église Sainte Colette

couvent des Capucins

La seule grande bâtisse que l’on repère au milieu du plan suivant


plan de 1896 rue de Vittel
Il faut attendre 1896 pour voir apparaître le rue de Vittel sur un plan

La rue de Vittel a été construite sur la propriété Rémy, plus précisément celle de Mme Buffet née Joly, fille d’Elisabeth Remy, propriétaire des terrains situés entre l’Avenue Fontaine-Argent et la rue de la Cassotte.
Son grand-père Antoine Remy était directeur des Messageries Royales.
Son mari est Pierre Paul Louis Buffet (fils de Louis Buffet, homme politique), agriculteur, propriétaire, rédacteur en chef du « Nouvelliste des Vosges » et membre du Conseil d’administration des Eaux de Vittel. Cette fonction est sans doute à l’origine du nom de la rue.
Un projet de création est transmis à la ville, il prévoit une rue de 12 m de large dont 8 m de chaussée empierrée et 2 trottoirs de 2 m de large chacun. On ne lésinait pas sur les trottoirs !

C’est l’architecte Maurice Forien qui est chargé du projet. Il est né (1860) et mort (1938) à Besançon. Il fut élève de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris Il est notamment l’architecte du casino des Bains Salins de la Mouillère, de la succursale du Crédit Lyonnais, de l’Hôtel des Postes, du Crédit industriel d’Alsace-Lorraine, de constructions particulières et d’usines à Besançon. En particulier, il est l’architecte de la Confiserie et chocolaterie Jacquemin Frères située rue du Château Rose,

Un peuplement progressif commençant par 3 maisons en bas de la rue, côté pair.

La rue de Vittel apparaît pour la première fois dans le recensement de 1901. Elle comporte alors 3 maisons, 5 ménages et 21 personnes. Les villas correspondent aux numéros 2, 4 et 8 actuels.
On note la coexistence de propriétaires occupants et de locataires. La plupart des villas ont été conçues dès la construction pour cette double fonction. Les premiers occupants sont retraités de l’armée, de l’Éducation Nationale, ou actifs de la fonction Publique. Ils sont nés dans les Ardennes, en Meurthe et Moselle et dans le Bas-Rhin. On trouve beaucoup de chevaliers de la Légion d’Honneur.

Près d’un quart des habitants sont des domestiques au sein des foyers L’une d’entre elles deviendra célèbre.
2 rue de Vittel

Le couple Buffet fait édifier le premier bâtiment de la rue de Vittel (actuel numéro 2). En 1899, ils le cèdent à Léon-Eugène Routa dont la famille restera propriétaire pendant de très nombreuses années.
Léon Eugène Routa est officier de l’Administration des subsistances militaires et chevalier de la Légion d’Honneur. Le bâtiment de Style néo-classique est surmonté d’une coupole avec une pomme de pin.

pomme de pin 2 rue de Vittel

Des habitants célèbres au numéro 2

Le recensement de 1911 y indique la présence comme locataire de la famille Lipmann (Camille, son épouse , sa fille Germaine et son fils James). L’usine LIP était alors située rue des Chalets depuis 1907. Elle y restera jusqu’en 1960.
La fille de Germaine et donc la petite fille de Camille Lipmann, née en 1927 deviendra une actrice célèbre (au cinéma et au théâtre) sous le nom de Geneviève Page.

Geneviève Page actrice

Son parrain est Christian Dior, ami de son père Jacques Bonjean. Elle est décédée le 14 février 2025

Rose Pétrequin domestique

Rose Pétrequin domestique chez Lipmann en 1911 devint militante, prit la parole le 4 juin 1913 lors d’un meeting socialiste à Belfort contre la Loi des trois ans de service militaire. Elle épousa le 13 novembre 1913 Louis Oscar Frossard , un des fondateurs du Parti communiste français et ministre dans les gouvernements du Front Populaire. Elle devient en septembre 1918, secrétaire de la fédération SFIO du Haut-Rhin. Son fils André, se convertit au catholicisme et est célèbre pour son livre : « Dieu existe, je l’ai rencontré »
Les recensements de 1921 à 1936 montrent la présence d’un négociant en tissus Ernest Hass, d’un quincailler Léon Rein et de Fernand Levy négociant horloger. Fernand Levy, sa fille Denise épouse Lorach et son petit-fils furent arrêtés puis déportés. Fernand mourut en 1944 à Auschwitz. Denise Lorach a survécu aux côtés de son fils de quatre ans. Elle pesait 30 kilos à son retour. Elle a œuvré pour que le musée ouvert à la Citadelle soit consacré non seulement à la Résistance mais aussi à la déportation.

Le numéro 4 propriété de Charles Guyon devint une pension de famille qui logea par exemple une famille polonaise en 1921, une famille ukrainienne en 1926 et deux missionnaires américains.

Au numéro 6 on trouve un inspecteur d’académie et son fils René Charles Guyon qui fut un grand voyageur et eut un destin extraordinaire,

René Guyon

Docteur en droit, en 1908, il est appelé à la cour du roi du Siam, avec pour mission de rédiger un ensemble de codes relatifs au droit civil et pénal. Puis, il devint conseiller du ministre de la Justice et prit la nationalité thaïlandaise en 1940 et fut nommé à la Cour suprême.
N° 8 rue de Vittel
Au numéro 8, une des premières maisons de la rue, achetée par mademoiselle Kempf qui se maria en 1899 avec Joseph Eugène Ropp, le patron des pipes de Baume les Dames


A compter de 1904, les époux Buffet vont faire édifier par Maurice Forien une villa au numéro 10, qu’ils vont vendre en cours de construction à Joseph Jacquemin patron confiseur, né en 1865 à Besançon. Il s’y installe avec son épouse, son fils, sa fille et sa belle-mère. Il fut également membre fondateur du SNB (Sport Nautique Bisontins) Il est enterré au cimetière des Chaprais au sein de la chapelle familiale. La maison resta la propriété de la famille jusqu’en 1964.

Au numéro 12, la famille Bévalot Thieulin.

En 1904, Joseph Hilaire Bévalot acquiert de la famille Buffet un terrain. En 1911, il figure sur le recensement avec son épouse couturière à son compte et son fils Louis. Hilaire est géomètre photographe. Son fils Louis, photographe y installa son activité avant de la déplacer rue Moncey

Photo de la rue de Vittel autrefois

Valentine Bévalot a épousé Emile Arthur Thieulin (mécanicien industriel). En 1921, le couple a sept enfants et une domestique. En 1931, la maison est vendue à Lucien Garret et son gendre Louis Gros, professeur au Lycée Victor Hugo. Ce dernier est présent sur le recensement de 1936.

En 1919, Isidore Bloch fit l’acquisition de la maison au n° 14. Il est mentionné comme négociant en tissus

La maison du n° 16 a été construite en 1905 et vendue en 1927 à l’industriel Georges Weil, il y décédera le en 1953.. Il est un des fils de Joseph WEIL, fondateur des établissements WEIL (textile). L’entreprise WEIL sera d’abord située 10 Grande Rue puis rue Chaillot, devint la plus importante entreprise française de confection masculine en 1965, employant 1 500 personnes.

Au numéro 18, la villa lorraine

Villa Lorraine rue de Vittel

Herminie Charrière, née en 1876 à Metz , a acheté le terrain en novembre 1906. Elle est née de parents modestes, le père a été chauffeur à l’usine à gaz de Tarragnoz. En 1914, elle épouse Eugène Albert Garnier, diplomate, ministre résidant de Belgique à Tanger. Une ascension sociale qui suscita des interrogations.
Son contrat de mariage montre qu’elle possède un important patrimoine : deux maisons rue de Vittel, (elle fera édifier une autre maison au 22 rue de Vittel, qui sera vendue en 1920 à la famille Chagué, une propriété à la Viotte, de nombreuses rentes et obligations, bijoux et argenterie.
En 1924, elle est la marraine de l’une des cloches de l’Église Sacré Cœur, une partie de l’inscription rend hommage à son mari : « En souvenir de M. Albert Augène Garnier la cloche sonne, L’Ange vous appelle. Le Christ commande Répondez et vous serez sauvé »
La villa sera ensuite acquise par le docteur Laugier

Classée à l’inventaire des monuments historiques, par arrêté du 26/12/ 2000. La Villa a été construite en 1908 dans le style Art Nouveau, sous la direction de l’architecte Maurice Forien qui a réalisé aussi les maisons des n° 6 et 10 de cette rue. La maison a été classée, mais également la clôture, le portail et la décoration intérieure. En particulier, une cheminée en marbre et les vitraux Art Nouveau dus à Alphonse Gorgeon.

Rappelons que l’Art Nouveau est né d’un changement dans les techniques d’architecture et de décoration en rupture avec le classicisme : le choix des lignes courbes, de l’asymétrie et la référence à la nature est caractéristique. Ce style s’est développé sur une assez courte période (entre 1890 et 1915)  La référence est l’école de Nancy. Dans la rue de Vittel, la décoration utilise des céramiques par exemple de Muller
Muller rue de Vittel

On remarque le rôle de certains entrepreneurs comme Hector Guimard (et ses modèles de fonte)

fonderie Style Guimard


villa Renée, 20 rue de Vittel

Au numéro 20 est édifiée la ville Renée, villa art Nouveau sur un terrain acheté en 1910 par Paul Girardin, époux de Renée Bassot fille de Edouard Bassot architecte qui dessina les plans de cette villa. La villa a été construite par l’entreprise Pateu-Robert. On remarque des similitudes avec la villa située au 46 Fontaine Argent.

Jules Nappey va acquérir la maison en 1946. Il crée la même année les montres Nappey , célèbres pour ses montres en or offerte en cadeau par RTL à « la reine d’un jour ». En faillite en 1962 après une association avec des Suisses il fonda le cabinet Seiler.

Dans ces constructions et les précédentes on observe des décorations typiques de l’Art Nouveau. Cette présence s’estompe par la suite
An numéro 22, la maison édifiée pour Herminie Charrière sur un terrain acheté en 1911 a été vendue à Victor Chagué agent d’assurance. En 1931, la famille est composée de 6 enfants et 2 domestiques. Le fils ainé est décède lors de l’offensive allemande en 1940 à l’âge de 20 ans.
Au numéro 24, sur un terrain acquis par Georges Saunier, représentant de commerce en 1930. La maison dispose d’un étage plus combles dont la façade sur rue associe pierres de taille et briques polychromes. La travée de gauche, en léger ressaut, possède un balcon au premier étage. Les ouvertures principales sont pourvues d’arcs surbaissés. Les ferronneries des garde-corps et du portail d’entrée suivent une géométrie très proche de l’Art déco.

Maison 20 rue de Vittel

La maison du numéro 26 apparaît dans le recensement de 1921. Le terrain a été acquis par Théophile Renaud, fabricant de tuiles, tuilerie installée à Fontaine les Luxeuil, qu’il quitte pour Nancy. Il s’installe avec son épouse à Besançon suite au mariage de leur fille avec Maxime Druhen (chevalier de la Légion d’Honneur). La maison est transmise à son gendre en 1918.
28 rue de Vittel volets verts
La maison du numéro 28 est la propriété de Paul Herbuté, directeur de l’Usine des Compteurs. Elle est actuellement occupée par les Invités au Festin.

Les constructions du côté impair de la rue de Vittel

Immeubles du bas de la rue de Vittel
Le terrain appartenait à la famille Devaux. Le seul occupant est un marchand -forain Jean Montet en 1921. Le terrain est ensuite vendu à la famille Pauteuil et en 1938 un immeuble en copropriété est édifié. En 1965, l’indicateur Fournier nous indique la présence de deux dentistes
Les premiers plans ont indiqué que le terrain appartenait à la famille Devaux. Le seul occupant est un marchand forain Jean Montet en 1921. Le terrain est ensuite vendu à la famille Pauteuil et en 1938 un immeuble en copropriété est édifié. En 1965, l’indicateur Fournier indique la présence de deux dentistes

Au numéro 5, la villa a une entrée principale avenue Carnot. Elle a été rachetée en 1920 par le couple Léon Zeltner et Marie Haffner. Ils chargent l’architecte Maurice Boutterin de la transformer en lui donnant un aspect exotique avec cette pergola classée. La famille Haffner a investi dans l’exploitation de l’hévéa en Indochine.

Villa Zeltner pergola rue de Vittel

Boutterin conçoit un bâtiment de communs en béton qui comporte des pièces de service, des garages au niveau de la rue surmontés de logements de domestiques. Un toit-terrasse et une pergola se trouvent au sommet. La pergola composée de poteaux et poutres en béton, est fermée par une paroi ajourée également en béton et de style orientalisant. L’ensemble est réalisé par l’entreprise Pateu et Robert.

La maison de l’horticulteur Calame a son entrée avenue Carnot, derrière l’église du Sacré Coeur qui a été construite à la place des jardins.
Avenue Carnot horticulteur Calame

Un immeuble très récent aux numéros 7 et 9
immeuble n 7 & 9 rue de Vittel

Les premiers plans présentés indiquent que cette parcelle située entre l’avenue Carnot et la future rue de Vittel appartenait à une entreprise dénommée Grande Laiterie des Chaprais dont l’objet était l’exploitation d’une laiterie à Frasne. L’indicateur Fournier indique qu’en 1937 comme en 1946 , le négociant Bietrie occupait les lieux, auparavant s y trouvait J Chamay gainier automobile. A partir de 1959, se trouve le ferblantier Beckerich au numéro 7 et une entreprise la Chemise Bisontine au numéro 9. Des garages furent construits jusqu’à la création d’une copropriété en 2003.
11 rue de Vittel

Au numéro 11 : décor en brique et vitrail au premier étage sur un terrain acquis en 1931 par Henri Boyer officier de justice militaire né à Toulon.

Au n° 13 on relève la présence d’Eugène Trouillot (sculpteur marbrier). Il est issu d’une famille de sculpteurs Il a acheté le terrain en 1923 et fait édifier la maison. En 1937, le bien est vendu à Jean Jacquard médecin généraliste à Nods, chevalier de la Légion d’Honneur.
Au numéro 15, une villa édifiée en 1925 par et pour l’architecte Albert Rouch Il y installa son cabinet d’architecte. Très fonctionnelle et très équilibrée, sa façade offre une belle symétrie avec l’entrée au centre.
15 rue de Vittel

Au numéro 17, en 1926, on note la présence de la famille de Auguste Tissot directeur de la société française d’horlogerie le Zénith, de nationalité suisse. Sa fille et ses deux fils travaillent également dans l’entreprise. Ils seront présents encore en 1931. En 1959, sont présents les frères Froidevaux, horlogers au 17 bis rue de la Rotonde.

Enfin au n° 19, à l’angle avec la rue de la Cassotte, la villa Pertusier.

villa Pertusier, 19 rue de Vittel

Cette villa a pour architecte Albert Rouch Elle apparaît pour la première fois au recensement de 1931. La propriétaire est Mme Marthe Cizey . . Figure également son futur mari René Pertusier ainsi que deux domestiques. Leur mariage aura lieu le 23 novembre 1931, Pertusier était un industriel, propriétaire d’une scierie mais également d’un château à Morteau seul exemple d’architecture Renaissance du Haut-Doubs. En 1935, René Pertuisier a vendu le château et le parc de ses ancêtres à la municipalité de Morteau qui y abrite une gendarmerie entre 1938 à 1985. Depuis 1985, le château abrite le musée de l’horlogerie de Morteau

La prochaine réunion d’histoire proposera une synthèse sur l‘histoire et le patrimoine du quartier des Chaprais
probablement le jeudi 16 octobre à 15 h 30 à la Cassotte



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