Noyade et résurrection aux Chaprais
Un fait divers exceptionnel, évocateur des pratiques familiales, nautiques et policières avant la première guerre mondiale
Il n’y a pas que dans la Bible que l’on peut ressusciter, c’est également possible grâce à l’état-civil bisontin.
Une fin d’été calme sur le bord du Doubs ce 27 août 1909. Mais très vite, la police est appelée. Des baigneurs ont remarqué un corps flottant dans le Doubs à hauteur du garage de la piscine.
Très vite, les secours s’organisent pour tâcher de venir en aide à cette personne, mais rien n’y fait, les forces de l’ordre ne peuvent que constater le décès. Le corps de sexe féminin semble être à l’eau depuis « une quinzaine de jours » comme le rappelle Le Petit Comtois. La température du Doubs est très fraîche.
Elle semble être inférieure à 13 degrés. Dans ces conditions, difficile de ne pas penser que le corps a subi les affres de la rivière.
Malgré tout, la victime est reconnue par les policiers eux-mêmes, il s’agit de Mme Marie Anne Joséphine Chatrenet épouse Oudry, née le 4 juillet 1869 à Roset-Fluans, près de Saint-Vit.
Elle est très connue des Chapraisiens, elle et son mari habitaient rue du Cercle. Ils vendent le charbon qui alimente bon nombre de foyers du quartier.
Le café du cercle à l’angle de la rue du Cercle et de la rue de Belfort
Son mari, Charles Oudry est appelé. Il ne peut que constater l’évidence, il s’agit bien de sa femme. Le chagrin l’envahit, la tristesse s’installe dans le quartier. La jeune femme laisse une fille en bas âge prénommée Euphrasie Eloïse.
La femme est enterrée au cimetière des Chaprais, la cérémonie attire la foule. Les jours passent, mais la peine est encore bien présente. Pourtant, un événement va choquer les forces de l’ordre aux Chaprais.
Marie Oudry se présente devant eux ce lundi 6 septembre matin. Profondément choquée, elle demande des explications sur sa mort.
Elle vient d’apprendre, il y a peu la nouvelle. Elle vit depuis quelques temps séparée de son mari et est partie s’installer à Saint-Vit. Parmi les policiers, c’est la consternation, beaucoup connaissent Mme Oudry,
il ne fait donc aucun doute qu’il s’agisse bien d’elle. La jeune femme obtient la vérité sur cette histoire digne d’un roman noir. Elle explique alors aux enquêteurs qu’elle est partie du domicile conjugal une dizaine de jours avant le drame. En ayant appris la nouvelle de sa mort, elle est venue, catastrophée à Besançon. La mairie est informée de la nouvelle, Mme Oudry doit engager des démarches pour réintégrer le monde des vivants. Elle retrouve son mari, rien ne dit comme les retrouvailles entre eux étaient, mais elles devaient à la même température que le Doubs.
La famille Oudry Chatrenet
Au bout de quatre mois de combat juridique, Mme Oudry est de nouveau reconnue administrativement en vie. Elle demeure séparée de son mari. Elle garde des séquelles psychiques de cet événement. Elle s’éteint le 9 juillet 1910 à l’Hospice de Besançon. Il est difficile de savoir comment sa disparition précoce est en lien avec cette expérience traumatisante.
Sources :
L’Express, 10 septembre 1909
Le Petit Comtois, 28 et 31 août 1909, 10 juillet 1910
La Lanterne, 10 septembre 1909
Archives municipales de Besançon ; Registre des décès 1909 cote 1E909, registre des décès cote 1910 1E912
Il ne faut pas imaginer une noyade à la piscine Port-Joint à cette époque, il a fallu attendre les années 1960 pour voir la construction de cette piscine ouverte quelques années après le bassin de Chalezeule.
Auparavant, la baignade dans le Doubs était une pratique populaire particulièrement en aval du Pont Saint Pierre, depuis la digue

Un loisir pratiqué ici même sous l’Occupation

Des Bains militaires se pratiquaient aussi en amont, aux Prés de Vaux vers 1900
Avant de s’installer avenue Carnot, la Police avait un local place de la Liberté
Son efficacité a été remise en cause dans un rapport publié en 1922 par Charles Krug maire de Besançon
Lire le rapport de Charles Krug
Mariages, divorces et remariages
L’affaire Oudry révèle aussi les ruptures de mariage qui se développent à cette époque. Charles Oudry a déjà été marié avec Marie Louise Roy née en 1888 ‘et décédée en 1946. Il a divorcé en décembre 1899 avant de se remarier le 2 août 1900 avec Marie Anne Joséphine Chatrenet née en 1869. 

