Histoire de la rue des écoles devenue rue Edouard Baille
Troisième volet du compte rendu de la réunion d’histoire des Chaprais du 13 janvier 2025
Sur le plan cadastral actuel, elle descend de la rue de Belfort jusqu’à la rue des Jardins

L’aspect actuel est mis en évidence sur cette vue aérienne de 2008

Sur le plan de 1896, la rue est dénommée rue des écoles. On ne voit pas d’autres constructions.
Une rue rassemblant très peu d’habitants, mais deux institutions importantes : église et école
De 9 habitants en 1921 à 22 au recensement de 1946 logés dans 3 maisons en 1921 et 5 maisons en 1946
Qui était Edouard Baille ?
Paul-Benoît-Édouard Baille est né à Besançon le 14 octobre 1814 et décédé dans sa ville natale le 22 mai 1888.
Il fit des études à l’école de dessin où il se fit vite remarquer par son talent par Charles-Antoine Flajoulot. Il obtint un premier prix avec Agar dans le désert en 1834.

Charles-Antoine Flajoulot peint par Edouard Baille
La ville de Besançon lui offrit une bourse pour poursuivre ses études, à l’ École des beaux-arts de Paris où il fut élève de François-Édouard Picot. Il exposa aux Salons de 1837, 1838, 1839, 1842, 1846 et 1847. Il eut ensuite un atelier où il forma des artistes comme Félix-Henri Giacomotti ou Jules Machard, et devient membre de l’ Académie de Besançon.
Grâce à ses nombreuses peintures dans le domaine de l’art religieux (toiles pour les chapelles des hôpitaux de Besançon et Ornans, pour l’église Notre-Dame à Besançon, la chapelle du collège Saint-François Xavier, une fresque pour l’abbaye de Faverney et deux grandes peintures dans la chapelle des Capucins (Sainte Colette 10 rue de la Cassotte)

il est nommé chevalier de l’ordre pontifical de Saint-Grégoire-le-Grand. Il peint en particulier huit tableaux sur toile pour la chapelle du Sacré-Cœur de la cathédrale Saint-Jean de Besançon : ce sont des copies réalisées d’après d’anciennes fresques datant du XVe siècle qui ornaient les tombeaux du « cimetière des comtes », situé primitivement dans l’ancienne cathédrale Saint-Étienne ; ces tableaux sont classés monument historique depuis 1992.
Il a aussi réalisé de nombreux portraits de personnalités locales.
Comme ce portrait d’un journaliste du Jura
L’église Saint Martin des Chaprais
Cette église était primitivement située au pied de Bregille, près du Doubs à l’emplacement d’une abbaye de filles fondée au VIe siècle. Cette abbaye a été annexée au domaine des archevèques de Besançon. Dénommée Saint Martin cette église était tributaire du château que les évêques avaient fait construire à l’emplacement de l’actuel Fort Beauregard. Cette modeste église fut détruite en 1814 sur l’ordre du Général Marulaz pour faire face au blocus autrichien (du 4 janvier au 2 mai) comme toute construction située dans un rayon de 700 mètres des remparts.
Le projet de reconstruction se heurta à beaucoup de difficultés (réglementaires, financières et de localisation)
Un pharmacien de Besançon, Monsieur Dangest, devant l’absence d’église prêta une de ses demeures qui allait ainsi devenir un lieu de culte et le presbytère.
Puis Jean Baptiste Mercier fit don d’un terrain situé aux Chaprais, en 1820, qui permit l’édification d’une église, selon les plans de l’architecte Denis Philibert Lapret.
L’importance de l’édifice suscita des oppositions au conseil municipal moins de 500 personnes ou jusqu’à 1500 ?
Cette église fut construite entre 1820 et achevée en 1823 par l’architecte Mathieu. Et le cimetière attenant est créé à partir des terrains Dangest alors rachetés par la ville. Etait ainsi reconstitué le couple église/cimetière comme le souhaitaient alors de nombreux habitants et les autorités municipales.
En 1926, le curé Cretin soutenu par une pétition de 512 signatures demanda au conseil municipal un agrandissement. Cela nécessitait d’être engagé par une association cultuelle. L’opération a finalement été réalisée par l’architecte renommé Alfred Nasousky qui a réalisé une cinquantaine d’églises dans sa ville du Havre, dans la région parisienne et aussi en Franche Comté.

La nouvelle église Saint Martin avec une façade rue des écoles
Il utilisait un procédé de pierre reconstituée très économique qui s’est avéré très fragile. D’ailleurs la plupart des églises ainsi construites ont disparu. Le clocher de Saint Martin très sculpté apparaît comme un symbole du quartier des Chaprais.
Mais il s’effrite. Pour limiter les risques, un échafaudage provisoire a été construit côté rue de l’église avec une fresque
Des études ont été réalisées avec survol d’un drone. Le clocher a été emmailloté par un filet
A l’intérieur du clocher, 3 cloches dont la plus grosse pesant 1200 kg a été fondue en 1830 par le fondeur Louis Emmanuel Prost.

Elle comporte les indications suivantes
Mon nom est Marie Joséphine Françoise
et Madame Marie Joséphine Goguely née Fauconnet négociante est ma marraine.
Mon parrain est Monsieur Mermet François Croize ancien négociant.
J’ai reçu la bénédiction de Monsieur Mercier Jean Baptiste, mon curé le 20 août 1830
A remarquer les deux statues de part et d’autre de l’entrée : une de Saint Martin, l’autre de Saint Fiacre patron des jardiniers, fêté le 30 août
Les écoles des Chaprais
La première et plus belle école est réalisée pour les garçons avec une entrée rue de Belfort
Et pour les filles ? 
Précurseur de Jules Ferry, Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique sous le Second Empire, contribue au développement de l’enseignement primaire par la loi du 10 avril 1867, qui oblige les communes de plus de 500 habitants à se doter d’une école publique pour filles, et qui leur permet d’établir la gratuité absolue de l’enseignement primaire en les autorisant à lever un impôt communal « de quatre centimes additionnels ». Aux Chaprais, dès 1830, une école de filles est présente. En 1874, les deux écoles (garçons et filles) étaient dans un état de vétusté tel que la ville dut intervenir. L’école de garçons eut la priorité. Les filles attendirent 1893.

Les plans ont été dressés par l’architecte de la Ville Edouard Gribling le 8 mars 1894. Au sous-sol se situent des bûchers et des caves, au 1er étage les salles de cours et au 2ème étage le logement de la Directrice.
Avant cette construction, en 1888 on dénombrait 234 élèves dont 84 entassés dans une classe, on est obligé d’aménager les combles du bâtiment alors utilisé. En 1915, un réfectoire est rajouté.
Un peu plus bas, à l’angle de la rue de l’église se situait une salle d’asile devenue école maternelle
Les salles d’asile apparaissent en France en 1826.Elles sont destinées à accueillir les enfants encore trop jeunes pour fréquenter les écoles primaires, dans l’objectif d’éviter que ceux dont les parents travaillent errent dans les rues. Les enfants y sont généralement admis dès deux ans, jusqu’à leur sixième année. En 1881, les salles d’asile deviennent officiellement des écoles maternelles. En 1887, c’est l’ancienne école des filles qui est choisie pour tenir lieu d’école maternelle. La précédente salle d’asile avait pris la place de l’ancienne école des garçons (et des filles?) dans le cimetière des Chaprais.
Une sortie scolaire photographiée par Faille était organisée en 1959 par Lucette Vernier institutrice
Qui sont les rares habitants de la rue des écoles ?
En 1921
Marie Louise Cuisenier directrice de l’école, Aline Grillet femme de service, Alice Grelot institutrice
En 1927
Au n° 2 école élémentaire de filles institutrices : Mme Bolge et Mme Détouillon, Mme F. Gremaud et Mme Sinck Mme L. Gremaud directrice Mme Vve Martin femme de service
Au n° 4 école maternelle Mme Meunier directrice M Rollier employé Nouvelle Galerie
Au n° 3 F Barbier retraité
Les habitants de la rue Edouard Baille
En 1931
François Barbier SP, Marie Martin femme de service et ses enfants employée PTT et mécanicien
Léontine et Emilie Grenaud institutrices, Germaine Gaillard institutrice et son mari employé aux Contributions indirectes, Marcel Roux menuisier et son épouse femme de service
En 1946
On retrouve François Barbier SP au n° 3 et Marie Martin concierge au n° 6. Les autres habitants ont changé : Suzanne Peyreton femme de ménage et son fils Georges maçon au n° 5
Lucie Devaux directrice de l’école au n° 4, Jeanne Maire directrice et son mari instituteur
Plus récemment, Michel Vieillard et son épouse Thérèse originaires du Haut Doubs ont construit une maison pour se loger avec leurs 7 enfants. Interviewé en 2010, il racontait notamment son expérience professionnelle.
J’ai travaillé 45 ans dans l’imprimerie, d’abord à Maîche, puis successivement dans 5 entreprises de Besançon. J’ai commencé chez Chaffanjon, c’était derrière la librairie qui était au 74 de la Grande Rue, puis j’ai été chez Gerst, rue des Villas dans le quartier des Chaprais. C’est là que j’ai connu le plus grave accident : un gars s’est fait prendre le bras dans la rotative. J’ai continué à l’imprimerie Eblé, puis chez Jacques et Demontrond, pour finir à l’Imprimerie de l’Est, rue Ronchaux avant d’entrer à L’Est Républicain. J’ai effectué successivement les trois métiers : typographe, linotypiste et correcteur.
Prochaine réunion d’histoire des Chaprais jeudi 20 mars à 15 h 30 à la Cassotte


