En 1950 Lip crée dans son usine de la rue des Chalets, la montre Himalaya

Tout commence en 1867, quand Emmanuel Lipmann crée un atelier d’horlogerie dans la Grande Rue à Besançon.

Ernest Lipmann

 

Puis il s’installe 30 ans plus tard aux Chaprais, rue des Chalets (jusqu’à son départ pour Palente en 1960). Entre temps, en 1896, la société anonyme d’horlogerie Lipmann frères adopte la marque Lip.

sortie usine Lip rue des Chalets

Lip rue des Chalets, sortie d’usine

En 1950, Lip crée la montre Himalaya qui sera testée lors de l’expédition de conquête de l’Annapurna, premier sommet à plus de 8 000 m (exactement 8 078 m, paraît-il…).

Montre Himalaya 1950

Cette expédition conduite par Maurice Herzog (1919-2012) et Louis Lachenal (1921-1953) comprend également des alpinistes de renom comme, entre autres Gaston Rebuffat et Lionel Terray. M. Herzog et L. Lachenal atteindront le sommet (en fait une arrête) de cette montagne de la chaîne de l’Himalaya le 3 juin 1950.

équipe Annapurna 1950

Paris Match Hymalaya 1950

Lip ayant équipé les alpinistes avec sa montre spécialement conçue à cet effet, publie, par la suite, le texte suivant :

 » Un problème extrêmement ardu a été posé à une grande marque lorsqu’il s’est agi d’équiper l’expédition de l’Himalaya qui est revenue victorieuse de l’Annapurna : le problème de l’heure.

Les montres devaient être étanches non seulement à l’eau ou à la neige mais encore aux poussières. Cette imperméabilité a été réalisée avec des boîtes étanches qui sont utilisées par la marine américaine. En plus la montre comportait la calotte cache poussière anti magnétique, c’est-à-dire résistait au contact de tous les instruments tels que groupes électrogènes, radios, etc. Pour ce faire il suffisait d’équiper les montres de balancier mono métallique, de spiraux auto-compensateurs ce qui permettait de bannir de l’organe régulateur les pièces en acier.

En ce qui concerne les grands froids et hautes altitudes, deux problèmes : le ressort et d’huile. Le ressort faisait partie d’une première série de ressorts incassables, inrouillables et amagnétiques en métal Elgiloy qui équipe actuellement les montres de ce genre.

montre Lip en métal Elgiloy

 Montre Lip en métal Elgiloy

Ces ressorts ont été mis au point aux laboratoires Armour aux États-Unis et sont maintenant utilisés en France et dans quelques mois, ils seront à la disposition du grand public. Quant aux huiles, il a fallu rechercher des huiles gardant leur coefficient de lubrification à 60° de chaleur et 50° de froid. La Compagnie Française de Raffinage a mis au point des huiles spéciales.

Ces montres spécialement équipées, spécialement contrôlées et réglées avec minutie ont donné, en général, satisfaction jusqu’à 6 000 m. À partir de 6000 m, les températures extrêmes ont produit un certain retard de quelques secondes sur le réglage normal.

Au-dessus de 7000 m, l’une des montres n’a pas fonctionné pendant quelques heures, un blocage complet de l’organe de remontoir ayant été constaté, par suite, sans doute, de condensation de vapeur d’eau ayant formé des particules de glace qu’il était impossible de détruire puisque les deux héros de l’Annapurna n’avaient aucun moyen de produire une source de chaleur quelconque. Dès que l’altitude de 6000 m a été atteinte, la montre incriminée s’est remise à fonctionner normalement.

Peut-on incriminer la montre ? Lachenal, un des héros, écrit :

« Herzog avait la sienne au poignet mais elle était arrêtée. Sans doute avait-il oublié de la remonter. Je dois vous dire qu’à ce moment-là, nos capacités étaient amoindries et nous n’avons pas pensé à tout. Il nous est impossible par exemple de nous rappeler si Herzog avait perdu ses gants  ou s’il les avait aux mains quand celles-ci ont été gelées.

M. Marcel Ichac, historien officiel de l’expédition a pu écrire que la montre qu’il a portée au poignet pendant toute l’expédition, comparée à la montre de torpilleur, base horaire servant aux observations scientifiques, a donné plus de précisions contrôlées à la Radio que cette montre de torpilleur.

Herzog et Lachenal hospitalisés

M. Herzog et L. Lachenal hospitalisés après leur exploit : on remarque leurs pansements aux pieds et mains qui ont gelé

La montre de torpilleur est une montre de 60 mm de diamètre, de haute précision. Toutes les montres de l’expédition n’ont pas été égales à celles de Marcel Ichac, mais leur tenue générale a prouvé que notre grande marque nationale LIP, tout en apportant sa contribution à cette épopée, pouvait répondre à n’importe quel problème y compris celui de l’équipement d’une expédition qui a gagné les sommets jamais atteints ».

montre LIp Hymalaya mécanique

Un des derniers modèles Lip Himalaya fabriqués par la nouvelle fabrique Lip de Châtillon le Duc

Sources : archives municipales, France Horlogère.