Petite histoire de Docks …

 C’est en 1977 que la rue des Docks, à Besançon, prend le nom de boulevard Diderot. Aujourd’hui, beaucoup de bisontins pensent que cet ancien nom de rue des Docks était dû à l’existence des Docks Franc-Comtois. Or, il n’en est rien. Car ce premier nom avait été choisi dès 1881 par la municipalité, alors que les Docks Franc-Comtois naissent en 1912. Nous avons déjà eu l’occasion de le signaler : lors du conseil municipal du 17 décembre 1881, ce sont 24 voies des Chaprais qui sont baptisées. Et ce, sous la pression des habitants. Ainsi, la rue des Docks est ainsi dénommée de la rue de la Mouillère à la rue Fontaine-Argent (devenue rue Tristan Bernard en 1948).

Revenons à la rue des Docks ou boulevard Diderot. Il a été baptisé ainsi, nous explique Mme Eveline Toillon dans son ouvrage sur les rues de Besançon, du fait de la création «  …à Besançon sous Beauregard, de la Société anonyme des Docks et entrepôts de Franche Comté ».

Cette société d’un type nouveau a pour associés messieurs      Werlein, Rouvot, Robinet tous franc-comtois s’enthousiasme le journaliste qui décrit dans le journal La Démocratie Franc-Comtoise du 20 septembre 1882 ces nouveaux locaux qu’il vient de visiter.

Démocratie 1882

 

 

Après une description des lieux, il évoque les artisans de cette réussite : l’architecte Marcel Boutterin assisté par l’ingénieur civil Aigrot, les Forges de Franche-Comté pour les poutres, Félix Château pour la charpente des combles, etc. Et il explique l’objectif de cette création qui, semble-t-il manquait à Besançon.

« Leur objectif général est de rapprocher le producteur et le commerçant, d’offrir à l’un comme l’autre des facilités pour la vente, la circulation, l’échange et l’entrepôt des produits en réduisant au minimum les frais entraînés par ces divers mouvements, l’accroissement de la circulation, voilà donc le but des Docks. Leur institution ne peut donc qu’imprimer au commerce et à l’industrie, une activité nouvelle dont tous, producteurs, commerçants et consommateurs sont appelés à profiter.

Si nous considérons la production fromagère, une des principales de nos pays, quelles facilités les Docks ne lui offriront-ils pas ? Les associations connues sous le nom de Fruitières ont là un marché de gros tout trouvé : régularisation des cours, facilités d’entrepôt, de vente et d’écoulement au loin, ces avantages jusqu’ici inconnus seront maintenant à leur portée. Une installation modèle, avec appareils de chauffage, thermomètre, sous la direction d’un fruitier émérite, offrant aux propriétaires toutes garanties de bonne conservation et amélioration des fromages.

Les producteurs ont-ils besoin de crédit ? Ainsi que nous allons expliquer plus loin, l’administration des docks leur ouvre, après emmagasinage de leurs fromages, un compte aux meilleures conditions possibles. L’honorable M. Gandy, député du Doubs et président de la Société d’agriculture, s’exprimait ainsi, dans son remarquable rapport annuel du Comice agricole de Montbéliard :

« Des Docks ou Magasins généraux vont s’ouvrir prochainement à Besançon, ils recevront les fromages en dépôt, dont on prendra soin en attendant la vente ; on pourra avancer aux propriétaires moitié de la valeur. Quant aux frais de magasinage, ils seront de 15 centimes par 100 kg et par mois, ce de vente de 10».

Docks 1882

 

Ces simples paroles prononcées par une bouche autorisée suffisent pour faire entrevoir l’utilité de cette création. L’événement ne le démentira pas.

L’industrie horlogère, de son côté, profitera des nombreuses relations et des débouchés créés par les docks. Il y aura peut-être au début quelques préjugés commerciaux à surmonter : il est permis de compter sur le fonctionnement même de l’établissement pour les réduire à néant. L’usage des récépissés et des warrants*, si répandu dans les grands centres chez les autres peuples, se généralisera bientôt, et notre industrie lui devra un essor nouveau dont elle ne peut se douter actuellement ».

Docks et entrepôts de FC

 

Et donc, 30 ans plus tard, en 1912, il semble que les Docks Franc-Comtois prennent le relais.

Docks Diderot

 

L’emplacement de l’horloge, (aujourd’hui disparue), ornant le fronton des anciens entrepôts est délimité par un caducée qui n’a rien à voir avec les professions de la santé. Il s’agit des emblèmes du Dieu Mercure, dieu, entre autres, du commerce (et des voleurs !…) nous précisent Mme Eveline Toillon et M. Christian Mourey. On distingue d’ailleurs les cornes d’abondance d’où s’échappent épis de blé et raisins.

Caducée de Mercure Docks

 

En 1965, la CEDIS est créée. Son siège est à côté des entrepôts. Puis en 1985, la société est vendue par les frères Mathey au groupe Casino. Ce sera la fin de l’histoire, un peu plus d’un siècle après la création de ces docks et entrepôts.

*Définition théorique d’un Warrant : il s’agit d’une option cotée en Bourse qui donne le droit (et non l’obligation) à son détenteur d’acheter (Warrant Call) ou de vendre (Warrant Put) un actif sous-jacent, à un prix fixé à l’avance (Prix d’Exercice) et à une date déterminée (la date d’échéance). Pour acquérir ce droit, l’investisseur s’acquitte du paiement d’une prime (le prix du Warrant), qui fait l’objet d’une cotation en Bourse.

Sous-jacent : c’est l’actif spécifique auquel se rapporte le Warrant. Il peut être une action, un indice, une matière première, ou une devise.

Photos : Droits Réservés.