Il y a 80 ans, le 16 juin 1940, Besançon était occupée…

Dans son livre intitulé Besançon 1940/1944, Madame Elizabeth PASTWA écrit

16 juin 40 Pastwa

Besançon 40 -44 Pastwa

Le livre d’Elisabeth Pastwa, ancienne directrice du musée de la résistance et de la déportation de Besançon

 

On peut trouver ce livre en vente sur internet

Il y a deux ans (2 juin et le 9 juin 2018) nous avons publié deux articles relatant l’occupation de Besançon par l’armée allemande. Il nous a semblé intéressant de reproduire ici, même longuement, une partie des débats du conseil municipal qui se réunit alors le 6 juillet 1940. Et ce, compte-tenu de l’importance de cet événement historique.

pont République détruit

Pont République détruit en juin 1940

pont de Bregille détruit en 40

Pont Bregille détruit en juin 1940

En l’absence du maire, Henri Bugnet -( à son sujet, rappelons que cet avocat de profession habitait les Chaprais, au 3 avenue Carnot)- mobilisé depuis septembre 1939 dans le sud-ouest de la France , c’est le premier adjoint, M.Charles Fesselet qui préside cette séance du 6 juillet au cours de laquelle il prononce l’allocution suivante :

« Messieurs, chers collègues »,

« La France, notre patrie, notre région et la ville de Besançon, traversent en ce moment une période très difficile. Nous ne nous laisserons pas abattre par les difficultés. Par le travail et les efforts conjugués de tous les Français, un régime de vie normal renaîtra. Bien des difficultés seront à surmonter ».

Etc.

Après avoir rappelé les événements militaires évoqués ci-dessus par Mme Pastwa, le Premier adjoint C. Fesselet indique:

 » C’est dans de telles conditions que commença l’occupation de Besançon et que la Municipalité dut s’organiser pour satisfaire à la fois aux besoins vitaux des habitants et aux demandes des Autorités d’occupation avec lesquelles une première prise de contact eut lieu le lundi 17 juin au camp de prisonniers installé au stade municipal.

Après bientôt trois semaines de régime qui a bouleversé nos habitudes, il est possible de faire le point.

Les actes de pillage auxquels s’étaient livrés les habitants de certains quartiers populeux ont cessé et les auteurs des vols sont recherchés. Dans le même ordre d’idées on ne signale presque plus de réquisitions irrégulières.

Le problème du ravitaillement en farine et en lait a été résolu, au moins provisoirement, grâce au concours de tous les conseillers municipaux présents à Besançon et au dévouement des diverses personnes qui se sont mises spontanément à la disposition de l’Administration.

Deux ponts de bateaux ont été jetés sur le Doubs, facilitant les communications entre les deux tronçons de la Ville et, depuis quelques jours, les voitures circulent sur les ponts de Battant et de Bregille au moyen d’une passerelle construite par les Services du Génie de l’Armée allemande.

pont Battant en juin 40

La distribution de l’eau a été rétablie ; il en a été de même du gaz et de l’électricité, grâce à la diligence de M. Sambuc, Directeur de la Compagnie. Enfin, l’Administration Municipale qui était gênée par des interventions visant des intérêts particuliers, est maintenant moins encombrée de solliciteurs.

Mais la salubrité et l’approvisionnement de la population civile n’ont pas été nos seules préoccupations. D’autres questions ont surgi, d’une ampleur particulière et aux conséquences financières redoutables : les principales concernent le logement et le cantonnement des troupes allemandes, l’alimentation des 26 000 prisonniers, l’hébergement et le rapatriement des milliers de réfugiés qui traversent notre Ville, les secours en nature aux familles nécessiteuses Besançon, sous forme de repas distribués à toutes les personnes sans ressources.

Six centres d’accueil ont été créés (dans le centre) à l’usage des réfugiés regagnant leur domicile d’origine. Ils fonctionnent.

La ville fournit les denrées alimentaires et les Etablissements charitables leur matériel et leur personnel. Tous les réfugiés sont nourris et couchés dans l’un ou l’autre de ces établissements qui distribuent en moyenne 500 repas par jour.

 Quant aux habitants de Besançon privés de moyens d’existence, ils sont dirigés sur le «Fourneau Economique » de la rue Champeron qui sert présentement à lui seul plus de 300 repas. D’autres foyers sont en cours de création, une sélection sera opérée.

Afin de faciliter le fonctionnement de tous ces nouveaux services, la besogne a été répartie de la façon suivante :

MM. Patteu et Pellin. Tout ce qui concerne ravitaillement (rappelons que l’entrepreneur Pateu habite alors 9 avenue Carnot).

M. Tock est chargé du logement des troupes, de l’hébergement des réfugiés ainsi que du contrôle des centres d’accueil et des soupes municipales.

M. Maugras s’occupe plus spécialement de toutes les questions intéressant l’hygiène et la santé publique.

Il est bien évident que ces organisations entraînent des charges considérables. Une première estimation permet de les chiffrer comme suit :

Nourriture des prisonniers français :

            par jour viande 25 000 Fr. pain 10 000 Fr.

Fourniture de paille de couchage pour les prisonniers depuis leur internement : 30 000 Fr.

Hébergement des réfugiés (par jour) : 400 Fr.

Repas gratuits et soupes populaires (par jour) 2500 Fr.

logement des officiers et cantonnement des hommes ; fournitures diverses aux militaires (par jour) 2000 Fr.

Nous pensons que l’État français participera aux dépenses et supportera au moins les frais de nourriture des prisonniers, mais rien ne permet de l’affirmer car aucune communication officielle ne nous est parvenue sur ce point, pas plus d’ailleurs que sur aucun autre.

Bien que déjà lourde, cette charge va encore s’accroître, lorsque le stock de biscuits utilisé pour l’alimentation des prisonniers sera épuisé ; il faudra alors fournir des quantités plus importantes de farine, ce qui aura pour effet de porter la dépense journalière à près de 40 000 Fr.

À ce propos il y a lieu de noter que la Ville employait, pour secourir les réfugiés et les prisonniers, les conserves récupérées de différents côtés et qui ont fait l’objet de restitutions anonymes. Lorsque ces denrées, qui ne nous ont rien coûté, seront consommées, ce qui ne saurait tarder, nous devrons nous procurer des produits de remplacement.

Nos difficultés, est-il besoin de le dire, ne sont pas terminées et d’autres soucis réclament toute notre attention. On peut les résumer en cinq points :

1°) Reprise de la vie économique avec tout ce qu’elle exige (échanges postaux, réouverture des banques, rétablissement du trafic ferroviaire, approvisionnement en essence, etc.…) ;

 2°) Financement des dépenses engagées ;

3°) Règlement des marchandises réquisitionnées irrégulièrement ;

4°) Facilités de circulation entre la France libre et la France occupée, d’une part et entre Besançon et la Suisse d’autre part.

5°) Approvisionnement en charbon ».

Le conseil municipal se poursuit avec  des débats peu significatifs aujourd’hui pour nous.

C. Fesselet sera très vite suspendu (le 29 juillet) par les autorités d’occupation car jugé alors pas assez coopératif et remplacé par un fonctionnaire désigné, le directeur des contributions directes M. Théron en attendant le retour du maire Bugnet le 26 novembre 1940.

Gare Viotte allemands

Convoi allemand devant la gare Viotte : photothèque ville de Besançon, Daniel Bourguignon

Depuis la refonte du site de la ville, la partie historique de la photothèque, c’est à dire des photos anciennes communiquées par des citoyens aux fins de publication a été supprimée!

 Lors de ce  Conseil du 26 novembre, il est annoncé que les dépenses générées par la nourriture des prisonniers de guerre français (1 372 391 Fr) ont été remboursées par l’Etat.

Mais il sera ensuite voté l’augmentation du prix de l’eau et celle de la taxe locative afin de générer des ressources nouvelles indispensables.

Sources : archives municipales