Histoire d’Alsaciens venus aux Chaprais (suite)

Migration d’Alsaciens aux Chaprais (2) : l’exemple des familles Netter et Ullmo

 

Les entrepreneurs alsaciens des Chaprais ont marqué de leurs empreintes la région. Derrière les plus célèbres (Weil, Lip, Gangloff,…), d’autres familles ont développé des activités dans une multitude de secteurs. Une illustration se retrouve autour de la famille Netter et de ses alliés.

La famille Netter est originaire des communes de Bergheim et de Réguisheim dans le Haut-Rhin. Plusieurs de ses membres travaillent dans le commerce des métaux à partir du XVIIIème siècle. En 1835, Jacques naît à Réguisheim. Adulte, il se destine au commerce d’animaux domestiques. Il rejoint alors des parents établis dans le village de Darney (Vosges) vers 1860.

château de Darney (Vosges)

Il se marie à Esther Lévy en 1862. Le couple vit dans les Vosges et a huit enfants dont Emile né en 1874. Emile gagne ensuite les Chaprais avec sa femme Berthe Ullmann, née en Suisse, en 1898. Il se fixe dans la rue de Belfort jusqu’à la fin de ses jours.

55 à 59 rue de Belfort

Les numéros 55 à 59 rue de Belfort actuellement

Les affaires d’Emile sont assez prospères dans le quartier, il exerce le même métier que son père Jacques. Ce dernier et sa femme, âgés, rejoignent leur fils. Ils décèdent à Besançon en 1914 et 1915. La Première guerre mondiale va perturber les projets d’Emile, il sert dans des unités du train qui rappelons-le ont pour mission le transport du matériel. Au retour du conflit, Emile reprend son métier, il va même créer et développer jusqu’à sa mort sa propre entreprise de courtage en bestiaux basé dans le village de Thoraise.

château de Thoraise

Dans cette commune, Emile aurait possédé une carrière de gravières. Il devient également maire du village. Au début de l’année 1924, Emile meurt à l’âge de cinquante ans.

Netter avis de décès

Sa disparition n’est pas sans provoquer un mini- scandale. En effet, quelques années avant son décès, le courtier a délaissé sa femme et ses quatre enfants au profit d’une maîtresse. Cette dernière, Marie Baldinger, est divorcée et de quinze ans sa cadette. Or, l’époque apprécie peu les relations extra-conjugales d’un homme avec une femme divorcée.

La jeune maîtresse aurait, selon des témoignages des descendants de la famille Netter, vécu grand train avec son amant aux dépens de la famille de ce dernier. Leur relation était suffisamment officielle pour que Marie figure dans l’annonce du décès d’Emile Netter dans le journal le Petit Comtois. Citée après la femme et les enfants, la jeune amante semble donc un parent proche du défunt. Aussi il est fort possible qu’au regard de l’époque, cette information ait choqué quelques chapraisiens et constitué un sujet de conversation dans le quartier.

 

Las de cette histoire, l’épopée familiale se poursuit avec les enfants d’Emile et de sa femme Berthe à savoir trois filles et un garçon. Les trois sœurs émigrent en région lyonnaise. L’une d’elle, Madeleine devient proviseur de lycée dans différents établissements à une époque où ce genre d’emploi reste réservé principalement à la gente masculine. Elle épouse André Baruch, un célèbre auteur de manuels scolaires de lecture.

Gobe Lune André Baruc

La fille aînée, Suzanne connait des drames, son mari Benjamin Dreyfus, rabbin à Lyon, est assassiné à Auschwitz en août 1944. Enfin, Gabrielle s’établit avec sa famille à Villeurbanne. De la famille, seul le fils Georges reste établi aux Chaprais. Comme son père et son grand-père, il commence par des activités dans le commerce des bêtes avant de devenir industriel. Il épouse Jeanne Ullmo, elle-même fille d’un industriel alsacien de Sierentz. Son père est en effet Léopold Ulllmo, un commerçant dans les huiles industrielles. Le siège de cette entreprise est située rue du Château-Rose dans les années 20.

10 rue du Château rose

Le numéro 10 rue du Château rose actuellement

Son beau-fils, Georges Netter s’établit avec sa femme place Flore où il s’éteindra en 1980. Le fils de Georges, Claude disparu en 2011 a lui-même grandi aux Chaprais poursuivant quelques temps la présence des Netter dans notre quartier.

Sources : Archives départementales du Doubs, archives municipales de Besançon, Pierre-Gilles Flascu (site internet). «