Histoire d’Alsaciens venus aux Chaprais (3)

Migration d’Alsaciens aux Chaprais (3) : l’exemple de la famille Herzog

Les entrepreneurs alsaciens des Chaprais ont marqué de leurs empreintes la région. Certaines familles sont devenues célèbres (Weil, Lip, Gangloff,…), d’autres familles ont développé des activités dans différents secteurs. Une illustration  a été proposée la semaine passée avec les familles Netter et Ullmo, aujourd’hui la famille Herzog.

 

L’immigration alsacienne aux Chaprais s’est souvent composée d’émigrants qui ont quitté leurs régions d’origine et sont venus directement s’établir dans notre quartier. D’autres cependant ont rejoint la « diaspora » alsacienne après une migration qui a parfois duré des décennies. L’exemple de la famille de Léopold Herzog illustre cette idée.

Léopold est né le 27 juillet 1870 à Bâle d’un père inconnu. Sa mère Gertrude est commerçante en Suisse à la fin du XIXème siècle. Elle est originaire d’un village du Haut-Rhin, Friesen situé à quelques encablures du Territoire de Belfort. Elle descend d’une famille catholique principalement composée d’artisans. Après l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne, Gertrude choisit de rester française avec son nouveau-né. Sa famille à l’image des Alsaciens se divisent entre ceux qui décident de rester français et de quitter l’Alsace et d’autres qui restent au village devenant de facto allemands.

la gare de Frielsen (Alsace) en 1914

 

La gare de Friesen

En ces temps incertains, Gertrude a l’opportunité d’habiter en pays neutre, elle parle l’allemand et le français et l’alsacien n’est pas si éloigné des langues alémaniques de Suisse. Les années passent, Gertrude refait sa vie avec un certain Jean Samuel Hug originaire du canton de Berne.

Léopold trace ensuite son propre chemin, il déménage en Suisse romande. Il rencontre une franc-comtoise, Louise Cupillard née à Montlebon et résidente au Locle avec sa famille. Le père de Louise est menuisier dans la ville suisse dont l’industrie horlogère est florissante. Les raisons qui ont favorisé la rencontre entre Louise et Léopold sont inconnues de l’auteur. Toujours est-il que le couple se marie en 1898 au Locle avant de partir très peu de temps après pour Besançon où Léopold exerce le métier de boulanger. Une occasion s’est en effet présentée à lui. En 1900, le propriétaire d’une boulangerie bisontine a fait faillite, l’emplacement est idéalement situé dans la Boucle.

L’adresse de la boulangerie est 71 rue des Granges, chaque matin le pétrissage demeure un geste immuable en ce lieu encore maintenant. Durant plus de vingt ans, Léopold fournit en pain sa clientèle, son commerce survit à l’inondation de 1910 malgré les dégâts. Plusieurs personnes travaillent pour les Herzog, le recensement de 1921 permet de voir que deux boulangers sont hébergés par la famille.

Rue des Granges inondée en 1910

La famille Herzog s’agrandit. Louise et Léopold ont six enfants. Ils s’établissent à la fin des années 1920 dans le quartier des Chaprais. Léopold change d’activité et devient fabricant de pâtes alimentaires avec son fils aîné Léo. Les Herzog s’établissent au 1, rue du Repos. La famille habite une maison collée à la fabrique qui aujourd’hui est détruite.

N° 1 rue du repos mai 20

L’état actuel de la maison située au 1 rue du Repos

angle Diderot rue Repos

A l’angle avec le boulevard Diderot

Les activités des Alsaciens survivent à la dépression des années 30 et à la Seconde guerre mondiale. Au sortir du conflit, Léopold Herzog fait l’objet d’un contentieux relatif à la confiscation des profits illicites réalisés pendant le conflit. En d’autres termes, les Herzog auraient réalisés des bénéfices dans un cadre illégal. Les accusations semblent infondées, l’entreprise survit à la guerre et même s’agrandit en 1947. L’entreprise poursuit encore son activité dans les années 50 et s’arrêtent à une date que l’auteur ne peut déterminer.

La première génération des Herzog bisontins s’éteint à un âge avancé, Louise la femme de Léopold disparaît en 1948 à l’âge de quatre-vingt ans. Léopold, veuf vit encore de nombreuses années s’en allant à quatre-vingt douze ans en 1962.

Les affaires de la famille ont été entre temps reprises par Léo qui sera l’un des rares enfants Herzog à rester à Besançon. En guise de fin, l’auteur lance un appel aux lecteurs. Si l’un d’eux a connaissance d’informations sur l’entreprise après 1947, vous pouvez communiquer à l’adresse mail suivante : chaprais@gmail.com

 Sources: archives départementales du Doubs, Fabienne Aydinlis.