Qui était Marie Louise ?

Qui était Marie-Louise, la femme qui a donné son nom à la rue des Chaprais ?

Cette rue située au cœur du quartier est une énigme, c’est l’une des rares rues qui portent le prénom d’une femme dans notre ville. Quelques bisontins s’enorgueillissent d’y voir là un lien avec l’épouse autrichienne de l’Empereur et donc avec le fameux siège de 1814.
La réalité est cependant tout autre. Evelyne Toillon citée dans un précédent article paru sur ce site en janvier 2016 « Cet endroit a été loti en 1910. Un des premiers habitants, M Desgranges, originaire de Haute-Saône, se fit bâtir au numéro 2, une maison à laquelle il donna le prénom d’une de ses filles. De la villa, le nom passa à la rue.».
Il est vrai que la villa du 2, rue Marie-Louise a donné son nom à la rue. Elle a été construite pour la famille Desgranges, une famille de notables et d’industriels originaire de l’est de la Haute-Saône.

Villa Marie Louise avril 2020
Cette famille possède des liens avec Besançon depuis l’Ancien Régime. En effet, l’un de ses membres, Claude-Joseph est avocat au Parlement de Besançon. Le petit-fils de Claude-Joseph, Nicolas, prospère négociant de Remiremont fait construire une villa chemin de Baume à hauteur du numéro 69. Cet endroit constitue un pied à terre dans la capitale idéal pour ce chef d’entreprise qui réalise quelques affaires dans la capitale de l’horlogerie. La demeure est déjà présente sur une carte Lauder de 1895 sans que le nom soit dénommé.

plan Lauder 1895 rue Marie Louise

Le tout comprend donc un bâtiment principal ainsi qu’au moins trois dépendances juxtaposées permettant d’accueillir plusieurs membres de l’imposante famille Desgranges dont est issu Nicolas.
Ce dernier a neuf enfants dont sept filles parmi lesquelles Marie-Louise qui est née à Remiremont le 18 juin 1850 comme en atteste la copie de l’acte de naissance retrouvée dans les archives départementales des Vosges.

Marie Louise-acte de naissance 1850

Cependant, il n’est pas certain que la villa porte ce nom en raison de la fille de Nicolas. La femme de ce dernier s’appelle Marie Louise Hélène Berguam. Elle est décédée en 1884, laissant le négociant de Remiremont veuf. La villa construite quelques années plus tard pourrait plutôt être un hommage à la défunte.

plan de 1883

Sur le plan de 1883, il n’y a pas de rue Marie Louise

 

De lieu de villégiature, la villa devient une résidence principale notamment avec la famille d’Amédée Pourchet, un directeur des cadastres franc-comtois qui en 1887 épouse Louise-Ernestine Gentilhomme, petite-fille de Nicolas Desgranges. La famille Pourchet prend possession des lieux au début des années 20 quand Amédée prend son dernier poste dans la capitale comtoise. Au recensement de 1926, le 2, rue Marie-Louise est ainsi occupé par le couple Pourchet et six de ses enfants. Les voisins de la famille sont des industriels, des rentiers et des horlogers comme en atteste encore aujourd’hui les différentes demeures d’époque. La rue comprend néanmoins quelques familles plus modestes travaillant notamment comme ouvrier dans l’horlogerie ou comme femme de chambre.
La villa « Marie-Louise » reste dans le giron du clan Desgranges jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale. Quelques années après le décès en 1942 de Louise-Ernestine Gentilhomme, la petite-fille du fondateur des lieux, la propriété est vendue à un ingénieur, Raymond Moine qui habite en 1951 au 2, rue Marie-Louise.

Marie Louise Girod
A la fin des années 50, un sous-traitant en horlogerie, René Girod s’installe dans l’immense demeure, son activité cesse en 1976 laissant en souvenir de sa présence une plaque toujours présente. La villa « Marie-Louise » est aujourd’hui un ensemble d’appartements.

rue Marie Louise villa et ex usine

La rue elle s’est considérablement urbanisée en comprenant toujours d’anciennes villas, mais également des sites industriels reconvertis en habitation déjà décrits dans larticle de 2016 sur le rue Marie Louise.