Le lavoir municipal de la Mouillère (suite et fin)

Comme nous l’indiquions dans notre précédent billet, les barques lavandières installées sur le Doubs, propriétés privées, font place, en 1945, au lavoir municipal installé lui, sur la terre ferme.La municipalité avait alors deux projets : un rue d’Arênes, l’autre dans le vallon de la Mouillère. Seul celui de la Mouillère semble avoir été réalisé. Avec la particularité que l’eau nécessaire proviendra de la brasserie Gangloff qui capte alors une partie de la source de la Mouillère et qui revend donc à la ville cette eau au même tarif que celui pratiqué par la ville avec des clients équivalents.

L’installation en bois se révèle sommaire comme le révèle cette photo de B. Faille réalisée pour le reportage sur la démolition du lavoir en octobre 1965.

Lavoir municipal en bois

 

 Démolition du lavoir en octobre 1965

Il s’agit en fait, comme il est précisé lors de la délibération du conseil municipal, d’une baraque en bois qui est vendue, donnée (?) par la Société de la Foire Exposition.

La vie administrative de ce lavoir transparaît lors de quelques cessions du conseil municipal. Il faut en fixer les conditions d’utilisation, les horaires d’ouverture, le gardiennage, le chauffage de l’eau et donc les tarifs qui seront révisés plusieurs fois puisque les recettes – (les rétributions des laveuses professionnelles, les coûts étant  pour une demi-journée) – ne couvrent que la moitié des dépenses. Et même s’il ne s’agit pas pour la ville de réaliser des bénéfices, les conseillers municipaux considèrent qu’il n’y a pas lieu de subventionner autant une activité professionnelle privée. Les tarifs sont révisés en 1957 (séance du conseil du 25 février) puis, de nouveau en 1958 (conseil du 20 janvier): il s’agit là, en 1958, en plus,  de remplacer la chaudière.

tarifs du lavoir municipal en février 57

Délibération du conseil municipal sur les tarifs : séance 25 février 1957

tarif lavoir municipal en janvier 58

Séance du conseil municipal du 20 janvier 1958

Mais déjà,en cette année 1958, la municipalité envisage la fermeture du lavoir et a fait dresser par ses services, la liste des laveuses occupées à temps partiel (minimum 2 journées par semaine) ou à temps plein (le lavoir est fermé les samedi, dimanche et lundi). La moyenne d’âge que nous avons calculée, d’après cette liste, est de 59 ans; la plus jeune ayant 43 ans, la plus ancienne 72 ans. Deux seulement habitent les Chaprais, rue Krug

Le conseiller municipal Henri Huot, les réunit le 12 décembre 1959 afin de discuter de cette éventuelle fermeture. Quelques jours plus tard, une pétition est remise au maire, afin de lui demander « …de bien vouloir examiner notre situation n’ayant d’autre lieu nous permettant d’exercer notre profession ». Elle comporte 28 signatures.

Six ans plus tard, en 1965, lorsque le lavoir sera détruit, le bureau d’aide sociale de la ville,  après une enquête précise, versera un secours à 7 d’entre elles. Secours en argent qui ira de 880 F pour 4 d’entre elles, les plus âgées, à 600, 100, 150 F pour les trois autres. Le salaire le plus élevé alors déclaré par l’une d’entre elle était de 318 F 6 centimes et se situait pour les autres dans une fourchette de 100 à 280 F.

Deux laveuses âgées

Deux laveuses professionnelles  : la plus ancienne, à gauche, avec lunettes est âgée de 80 ans. L’autre porte un tatouage réalisé sur le bras, une pensée, réalisée à l’âge de 18 ans

Paul Rodary à la chaufferie du lavoir

La chaufferie,en juillet 1965, avec M. Paul Rodary qui a remplacé M. Cuenin décédé quelques mois plus tôt.

Que sont-elles ensuite devenues ? Deux signalaient cependant pouvoir, malgré leur âge, retrouver un travail!

Sources : délibération du conseil municipal, mémoirevive Besançon, Est Républicain (1965).

Crédit photos B. Faille, Mémoirevive, capture d’écran du délibération du conseil municipal.