Histoire de la rue et la place de la Liberté (2)
Usines, ateliers, restaurant, poste de police, artiste, stèle, Libération …
Suite du compte rendu de la conférence d’histoire des Chaprais du 5 mars 2026

Cette conférence avait fait salle comble à la Cassotte. Un premier article a présenté l’origine de la rue de la Liberté et détaillé le côté impair. Ce second article détaille le côté pair et présente la place de la Liberté. Un troisième article présentera l’histoire de la rue Just Becquet.
Le tracé de la rue n’a pas changé depuis 1926

Vue aérienne

Mais des immeubles ont été construits côté pair, au début de la rue, à l’angle de la rue de la Cassotte

En 1896 était recensée Marie Thérèse Valdahon, la veuve de Jules César Auguste Leboeuf de Valdahon, peintre né à Lugano. L’autoportrait du père de celui-ci se trouve à la mairie de Valdahon..

Portrait à la mairie de Valdahon.
On trouve également à ce numéro la famille Herr et ses neuf enfants.Une exception dans une rue où les familles nombreuses sont rares.
Avant la construction d’un immeuble récent, était présente une usine de bonneterie

La famille Druhen est originaire de Haute-Saône. Elle s’installe à Besançon eu début du XIXème siècle. Plusieurs de ses membres sont médecins. C’est le cas de Victor Druhen né en 1848 à Besançon . Celui-ci de vient fabricant de bonneterie et fonda la manufacture. Son fils Maxime , lui aussi médecin, pris sa succession.

La manufacture est fondée en 1878 par Victor Druhen et reprise par Maxime Druhen

Les 120 ouvrières y font des journées de 10 heures. Elles sont payées aux pièces et gagnent en moyenne 2, 20 F. L’entreprise emploie aussi des ouvrières à domicile.
Les conditions de travail sont difficiles, suscitant notamment une grève en 1896 relevée par l’historien du mouvement ouvrier Jean Charles. Le règlement est strict avec des amendes en cas de non respect : voici un extrait de ces sancions.
» Toute ouvrière qui arrivent en retard d’une minute est frappée d’une amende de 0fr10
Pour le fait d’avoir détourné la tête ou causé à une autre ouvrière, cela même pour demander un renseignement qui concerne le travail, amende : 10 centimes.
Pour être allée au lieu d’aisance sans s’être au préalable muni d’une carte qui constitue l’indication qu’elle s’est rendue en ce lieu, amende : 10 centimes;
pour le fait d’y avoir séjourné plus que le temps jugé nécessaire par la surveillance : 10 centimes.
Si une ouvrière à la mauvaise inspiration de protester contre la fréquence des amendes etr la partialité avec laquelle elles sont infligées, elle se voit infliger une amende variant d’un à deux francs.
Vendue à un concurrent, l’activité a été transférée dans les Vosges. Laissant la place à un projet de construction d’un building moderne de 4000 m² sur 6 niveaux destinés à l’origine à des bureau
Qui est recensé au numéro 10 ?
En 1901, Estelle Marie Montandon, suissesse mentionnée comme directrice de l’usine., en 1911 le concierge est Charles Dormoy puis en 1921 Eugène Freitag et à partir de 1931 Marcelin Grenier.
Créée dans les années 50 rue du Funiculaire, Blind SA s’est installée dans les années 60 au 8 rue de la Liberté avec 40 salariés environ pour fabriquer des montres complètes vendues sous différentes marques comme Lanvin


A la place de ces usines est prévu la construction d’un « building » selon cet article du journal du 14/10/1964

En réalité c’est un ensemble de 80 logements et de garages qui est construit entre la rue de la Liberté et la rue Becquet

Au numéro 12 l’immeuble le plus peuplé y sont domiciliés Marcel et Marthe Picard patrons d’un restaurant

En 1911, on trouve Justin Louis Bonzon, marchand ambulant de chaussures. On trouve également en 1901, le sculpteur Félicien Trouillot (qui a résidé aussi rue Krug, rue de Vittel, et avenue de l’Helvétie.
16 ménages soit 39 personnes habitent dans la maison du n° 14
Au début des années 1910, Emile Gay acquiert la propriété d’un marchand de vins Elie Bourgeois. Il est mouleur à l’Arsenal. Sa belle-fille Hortense Bucher hérita de la propriété.
Hortense Bücher est née à Besançon en 1878 et décédée en 1962 ; Elle fut l’une des principales modèles de Jacques Henner dans ses dernières années (peintre qui prit des femmes dans son atelier situé à Paris) à une époque où les femmes n’étaient pas autorisées à entrer aux Beaux-Arts. Elle a contribué à la conception des deux grands nus présentés par Henner aux Salons de 1900 et 1905.Elle fut également élève du peintre Antonin Mercié pour laquelle elle posa. (avec chapeau)

Hortense Bücher, exposa elle-même au Salon des artistes français à quatre reprises entre 1909 et 1914. Elle peint des portraits et des études de femmes lisant ou cousant. Une de ses oeuvres est au Musée des Beaux Arts de Besançon
En 1911 est recensé aussi au n° 14, Emile Racine marchand ambulant, .
En 1921, figure à cette adresse Henri Magnin, ajusteur chez Magnin Garage. Il a été classé comme anarchiste en 1893 car il vendait deux journaux Le père Peinard et la Révolte.

Le père Peinard est un des principaux hebdomadaires anarchistes fondé en 1889 par Emile Pouget. Il est le premier journal à renseigner systématiquement l’agitation sociale en France et à donner dans ses luttes politiques une large place au monde paysan. L’auteur s’y dissimule derrière un personnage, le Père Peinard un cordonnier parisien donnant son avis sur l’actualité .
Au numéro 16 se trouvait l’atelier de menuiserie des frères Truche

La place de la Liberté

La place vue du haut en 2014

La création d’un poste de police aux Chaprais
En délibération du conseil municipal du 22 mars 1883, une convention est établie entre le maire Victor Delavelle et Auguste Martin propriétaire aux Chaprais. La mairie loue à raison de 50 F par mois une maison, un magasin sur cave, située rue de la Liberté, en vue de l’installation d’un bureau de police municipal.
Après le n° 3 puis le 12 rue de la Liberté, un plan fut établi pour une construction place de la Liberté (dite à l’époque place du marché)

Dans les années 1920, un rapport d’inspection précise, quant au commissariat des Chaprais de la place de la Liberté :
« l’installation de ce commissariat est assez satisfaisante. il occupe un petit pavillon indépendant comprenant une salle d’attente, un bureau pour le commissaire, un autre pour le secrétaire, une petite cour donnant accès aux deux geôles assez sommaires et sans autre ouverture que la porte.
Le bureau du commissaire est convenablement meublé, celui du secrétaire où se tiennent également les agents possède une armoire où sont conservées les archives du commissariat.
Tous les registres réglementaires existent au commissariat des Chaprais et leur tenue ne donne lieu à aucune observation.
Il n’y a pas de fiches à ce commissariat, elles sont centralisées au service de sûreté de la mairie. »
Il convient de noter que Besançon compte alors un commissariat central (installé à la mairie) et 3 autres commissariats : un à la mairie (en plus du commissariat central), un autre dans le quartier de la Madeleine, et le 3 ème aux Chaprais. Soit en tout 35 agents en tenue, 3 brigadiers, 5 sous-brigadiers, 1 officier de paix, 3 agents de la sûreté , 1 inspecteur chef de la sûreté , 6 secrétaires ou employés de bureau, 2 commissaires de police et un commissaire central. Et un rapport d’ un policier pour 912 habitants (la ville de Besançon comptait alors 55 652 habitants), alors qu’on en compte, à la même époque, un pour 361 habitats au Havre et un pour 604 à Belfort (c’est le même rapport qui le souligne).
Un projet de marché couvert aux Chaprais était annoncé en 1875. Le plan se trouve aux archives municipales de Besançon, dessiné par l architecte de la ville Alphonse Delacroix En plus du marché couvert, le bâtiment devait abriter un bureau de police, un dépôt de pompes et une télégraphie dans le terrain d’un certain Favre (projet).

L’emplacement est situé à l’angle du chemin vicinal n° 16 et du chemin vicinal n° 25. A cette époque, peu de rues des Chaprais disposaient d’un nom. Il s’agit de l’angle de la rue des Deux-Princesses et de la rue de la Liberté, l’actuelle Place de la Liberté appelée alors place du Marché.
Ce projet ne vit jamais le jour, le marché continua à se dérouler à l’extérieur. Les trois autres fonctions projetées eurent leur bâtiment individuel tous très attendus des Chapraisiens.
La remise de pompes, indispensables à la lutte contre les incendies, fut installée très tôt à l’emplacement prévu (on en trouve trace dès 1884).
Le commissariat de police s’y installa également à la fin du XIX ème (appel d’offres en 1883) après avoir occupé vers 1881 une partie des locaux de la Société Coopérative des Chaprais, au 3 rue de la Liberté( (actuelle maison de ventes aux enchères) pendant deux ans , puis le numéro 12 de la même rue (immeuble de l’ancien Rainbow Bar).
La stèle des 24 Résistants tués à la Libération

Inaugurée le 17 novembre 1946 elle rend hommage aux 24 Résistants tués à la Libération de Besançon
- Paul Berreux ajusteur devenu sous-officier
- Louis Billot le plus jeune (20 ans) dessinateur à la SNCF
- Robert Bordy manutentionnaire
- Francis (Honorat) Bouton cultivateur, père de 6 enfants
- Robert Braine métallurgiste militant du PCF connu sous le nom de Commandant Marceau
- Gaston Cordier hôtelier, restaurateur (hôtel des voyageurs)
- Armand Dornier chauffeur mécanicien à la SNCF
- René Drezet mécanicien outilleur à l’entreprise Zénith
- Roger Escoffier mécanicien au Tramway de Besançon
- Roger Felsinger chauffeur mécanicien qui habitait 19 rue des Villas
- Adrien Ferrandon, manoeuvre
- Gustave Filippi directeur des sports, colonel qui a habité 131 rue de Belfort
- René Genest employé de bureau
- Maurice Grux menuisier
- Antoine Kneisky gardien de la paix
- Joseph Martarello maçon, né en Italie
- Roger Pourchet employé de commerce puis à la SNCF
- Julien Pretot plâtrier couvreur
- Eugène Renaud, gardien de la paix
- Louis Renaudin brigadier de police
- Emile Rerat mécanicien, né en Suisse
- Pierre Rimey, étudiant, mort à 22 ans
- Jean Robert photographe puis gardien de la paix
- Louis Vieille, le plus âgé (63 ans), retraité des PTT
Le poste de police a eu plusieurs occupants : planning familial, association d’anciens combattants

Derrière cette petite bâtisse, l’emplacement a été occupé par le service voirie. C’est actuellement le siège de l’association des Jardins familiaux côté rue des deux Princesses.
Et un chalet de compostage côté rue de la Liberté

La place connait des animations épisodiques : concerts

La statue Flore de Just Becquet y fut installée provisoirement lorsque la place Flore était en travaux pour le tram en 2012

Des projets de valorisation de la place ont été plusieurs fois envisagés avec un concours pour y ériger une nouvelle sculpture. Projet sans suite.

En 2024, il reste un emplacement ombragé très recherché par les automobilistes
A suivre !
Le troisième article présentera Just Becquet et sa rue
La prochaine conférence d’histoire aura lieu jeudi 23 avril
avec comme thème probable les rues Paul Bert, Lanchy ou rue des Cras
Si vous avez des souvenirs, des documents sur ces rues, vous pouvez les transmettre
chapraisinfo@gmail.com

