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Le cimetière des Chaprais, une nécropole romantique ?


La conférence d’Anne-Lise Thierry a fait salle comble jeudi 5 février. On a du refuser du monde. C’est dire que le sujet passionne.

Petit aperçu de la conférence

Anne Lise Thierry a commencé par rappeler l’origine de ce cimetière en expliquant le changement qu’il représente.

C’est une loi de 1776 et surtout un décret napoléonien de 1804 qui va interdire les cimetières en ville. Jusqu’alors, les cimetières étaient essentiellement paroissiaux : on se faisait inhumer dans le cimetière à proximité de son lieu de culte. Dans la pratique, seuls les nobles avaient droit à une belle sépulture; les gens du peuple se retrouvaient dans des charniers offrant un spectacle repoussant et dégageant une odeur pestilentielle L’idée d’un cimetière communal, à Besançon, remonte à 1792. Est alors acheté le terrain du Champ Bruley. Le cimetière qui portera ce nom sera ouvert dès 1793. Mais il ne rencontrera pas le succès escompté, les gens refusaient ce lieu trop éloigné, mal orienté. De plus, le terrain de marne ne permettait pas la décomposition des corps.

Il fallu rechercher un autre terrain, ce sera d’abord en 1821, une première parcelle « la blanchisserie » puis deux autres contiguës .

Quand il ouvrit en 1824, on était en pleine période de Restauration tant politique que religieuse. Mais aussi en période se sensibilité romantique. Les jardins à l’anglaise avec de la verdure, des allées sinueuses devenaient à la mode. L’exemple du Père Lachaise ouvert à Paris dès 1804 servait de référence. Evidemment, le cimetière des Chaprais n’a pas la même ampleur, mais il est de la même veine.
Le cimetière au lieu d’être un lieu d’horreur, un repoussoir, devient un lieu de recueillement, de visite. Cela révèle un nouveau rapport à la mort : de la crainte pour son propre salut, ce qui devient intolérable, c’est la mort de l’autre, de l’être aimé, d’un proche.
Le cimetière est le reflet des conflits religieux. En principe ouvert à tous, il devint à certaines époques, le « cimetière catholique » . Les juifs ont leur cimetière et les protestants sont relégués au Champ Bruley.

Plan des deux princesses et cimetière

La présence de la croix de la mission en plein centre avec un Christ tourné vers le Nord est significative.


Le cimetière est le reflet de la hiérarchie sociale.



C’est le résultat du système de concessions. Les riches ont la possibilité d’acheter des concessions perpétuelles, d’autres peuvent acheter des concessions temporaires moins intéressantes, les pauvres ont droit à une sépulture durant 5 ans. Le souvenir qui reste un ou deux siècles plus tard est donc très sélectif : le peuple a disparu.
Ainsi on retrouve des sépultures d’aristocrates

la stèle de la famille du marquis de Rozières est ornée des armoiries (licornes)

marquis de Rozières cimetière des Chaprais
Baron Boulart cimetière des Chaprais

de la noblesse d’empire : le baron Boulart

mais aussi des industriels comme le fondeur Saint Eve

et des ingénieurs comme Liard montrant sa réalisation le canal Rhin Rhône et le tunnel de Thoraise

cimetière : Joseph Liard

Les femmes sont rarement mises en valeur avec quelques exceptions

Julie Considérant

comme la fouriériste Julie Considérant dont la tombe est ornée de la tulipe symbolique



L’art funéraire au cimetière des Chaprais révèle des variétés

L’usage de la pierre est le plus fréquent, symbole de longévité. Le marbre revient cher, il est moins présent ou sous forme de plaques. Avec le développement de la métallurgie, on voit apparaître la fonte avec la sépulture presque publicitaire de la famille des fondeurs Saint Eve

tombeau en fonte de Saint-Eve

Elle comportait à l’origine un baldaquin qui a disparu

La forme de la sépulture :

Il peut s’agir d’une simple dalle plate gravée. Elle peut s’accompagner de stèle verticale ou être plus élaborée.

La référence à l’Antiquité et l’Egypte apparaît avec plusieurs obélisques choisies pour les barons d’empire qui peuvent être vue de l’extérieur du cimetière.

C-A Maire, colonel baron

et la pyramide d’Alphonse Delacroix

pyramide Alphonse Delacroix

ou des sarcophages comme ceux de Marie de Saint-Juan et Joseph Mareschal de Longeville

On remarque la présence de chapelles comme celle de la famille Gevigney

chapelle Gevigney

La statuaire et les sculptures sont assez modestes en comparaison avec des cimetières méditerranéens ou le Père Lachaise
Certains notables sont représentés par un buste comme l’horloger Gondy maire de Besançon

Gondy maire de Besançon

on observe des vierges et des angelots

Angelot surmontant l’obélisque de la famille Piguet.

Des bas-reliefs comme ce bas-relief en marbre signé Piguet sous l’obélisque du baron Jean Druot

On peut aussi remarquer le bas-relief de la tombe du colonel Petit envoyé en Algérie pour réprimer une révolte en Kabylie

Une sculpture qui ne passe pas inaperçue celle de la famille du sculpteur Pasche

sculpture Pasche cimetière des Chaprais

En conclusion, la conférencière qui a effectué sa recherche dans les années 80, constate le contraste entre le haut du cimetière qui conserve de la végétation et de la diversité et le reste qui est caractérisé par des alignements monotones de tombes similaires, observe la dégradation des tombes (des propriétés privées pas entretenues par les descendants) le cimetière des Chaprais mérite de moins en moins l’appellation de nécropole romantique.

Ce compte rendu ne pouvant être que partiel, il est possible d’en savoir davantage en consultant le livre d’Anne-Lise Thierry dans sa deuxième édition revue et augmentée

Anne Lise Thierry nécropole romantique

Un grand merci à notre conférencière.

Prochaine réunion d’histoire des Chaprais jeudi 5 mars à 15 h 30 à la Cassotte
Thème : la rue et la place de la Liberté et la rue Just Becquet

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