Ouvrir les cahiers de doléances : une réunion débat de l’EPI
Fin 2018, sur les ronds-points des Gilets Jaunes, circulent des listes de revendications. L’association des maires ruraux de France lance une opération « Mairie ouverte » pour recueillir « les doléances et les propositions ».
En janvier 2019, Emmanuel Macron annonce un Grand Débat National et appelle à l’ouverture dans les communes de « cahiers citoyens et d’expression libre. » pour que « les bonnes solutions » émergent aussi du « terrain ».
17 000 communes ont ouvert des cahiers et fin février 2019, 20 000 cahiers étaient remplis par 225 000 contributions sur 465 000 pages.
Une expression populaire exceptionnelle depuis les cahiers de doléances de 1789 !

Si les politiques l’ont jusqu’alors négligée, des chercheurs (sociologues, historiens, politistes,
linguistes …) se sont mis à l’étude.
Qui s’est exprimé ? Sous quelle forme ? Pour dire quoi ?
Quelles leçons en tirer sur notre société, notre vie politique, l’état de notre démocratie ? Quelle suite peut-on, devrait-on y donner ?
Pour plonger dans l’univers complexe de ces cahiers, et plus particulièrement ceux du Doubs, nous avons invité Marion Bendinelli et Christine Jeudy-Dornier.
Marion Bendinelli, est maître de conférence en sciences du langage à l’Université de Franche-Comté depuis 2013. Ses recherches sont axées sur le discours politique.
Christine Jeudy-Dornier est concierge au tiers lieu* du 97 rue Battant qui contribue à la mise en
ligne des cahiers de Besançon. * 
* Tiers lieu : lieu de rencontre ; 1er kilomètre de la démocratie.
Marion Bendinelli a déjà publié une étude :
Sens et matérialités d’un cahier citoyen : le cas de la ville de Dole (Jura)
Sur le plan lexical, deux profils semblent émerger que nous illustrons par des extraits jugés représentatifs. Le premier se caractérise par un vocabulaire 1) prônant la défense du travail, des entreprises, l’appel au peuple ; 2) regrettant un niveau de taxation trop élevé, les privilèges accordés à des pans de la population (opposant l’élite et/ou le personnel politique élu aux autres) et l’abandon des territoires ruraux ; 3) rejetant le droit du sol ou l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes. Il se révèle à ce titre proche de courants idéologiques d’essence tantôt néolibérale sur le plan économique, tantôt conservatrice sur le plan des valeurs, ou encore nationaliste en raison du sentiment d’injustice à l’égard des populations immigrées .
Le deuxième ensemble de contributions peut être rapproché de courants d’essence humaniste et écologiste, son vocabulaire appelant à une société plus égalitaire, horizontale et solidaire, une politique plus sociale et responsable vis-à-vis de l’environnement : Nos impôts doivent servir d’abord à entretenir les services publics
. On tend donc à trouver dans ce cahier une hétérogénéité politique, en deux pôles a priori peu conciliables. ….
Réunion débat mercredi 10 décembre à 18 h 30 aux Oiseaux 48 rue des Cras

