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120 ans d’histoire des rues de la Viotte et Jeanneney : une métamorphose récente.

Compte rendu de la conférence d’histoire des Chaprais du 22 mai 2025 (1° partie)

réunion du 22 mai 25 histoire Viotte
Une quarantaine de personnes ont participé à cette réunion le 22 mai à la Cassotte.

Avant la création de la gare Viotte
gare Viotte

l’endroit était traversé par quelques chemins et très peu peuplé

plan début XIXe

Sur le plan de 1883, la gare Viotte apparaît, mais la rue ne va pas encore directement jusqu’à la rue du Chasnot

plan rue Jeanneney en 1883

Il faut passer par ce qui va devenir la rue Jeanneney (soulignée en rouge sur le plan)

plan 1896
En 1896 la rue de la Viotte est notée avec une dizaine de maisons

plan Siffert 1937 Viotte

Sur le plan Siffert de 1937, tous les noms actuels des rues apparaissent : Viotte, Foch, Grosjean, Industrie, Balcon, Garibaldi, Jeanneney et Rolland

Viotte vue aérienne en 1954
Vue aérienne de 1954

Viotte du ciel 2015

Peu de changements jusqu’en 2015

Qui habite rue de la Viotte en 1921 ?


D’après le recensement de 1921, on dénombrait 210 habitants répartis entre 59 ménages dans 12 maisons.


Peu de familles nombreuses, en moyenne 3,5 personnes par ménage. 5 ménages seulement avaient plus de 5 personnes. Le plus grand comptait 8 personnes, mais il s’agissait du patron de l’hôtel moderne, Bernard Mercier avec 7 « domestiques ». On remarquait aussi au numéro 8 un ménage de 7 personnes : celui de Marie Thérèse Herr avec ses 6 enfants. Au numéro 1 et au 9 trois ménages de 6 personnes. On relevait 8 personnes seules. Et aussi 5 veuves, ce qui n’est pas surprenant quelques années après la guerre de 14-18.
Parmi les actifs, très peu étaient nés à Besançon, huit sur dix étaient nés ailleurs. Les étrangers sont encore plus rares : un seul est né en Suisse, un autre en Italie et un troisième à Stuttgart.
Cette rue comme les rues voisines, apparaît comme un lieu de passage, une étape dans l’exode rural.

Quelles professions étaient représentées rue de la Viotte en 1921 ? principalement des cheminots et d’autres travailleurs manuels

15 cheminots habitaient rue de la Viotte ainsi que le tenancier du buffet de la gare. On peut remarquer que 10 ans plus tard, au recensement de 1931, il n’y a plus que 9 personnes travaillant pour la Compagnie PLM dont le chef de district René Jeanneney. Ils habitaient alors soit au numéro 1, soit au numéro 16. Mais ce ne sont plus les mêmes. On ne restait pas longtemps dans cette rue.
16 travaillaient dans le secteur textile ou habillement (surtout des femmes) dont 6 ouvrières tricoteuses à la bonneterie Druhen (rue de la Liberté), aux Soieries, une blanchisseuse et une couturière…
Deux seulement dans l’horlogerie dont un patron : Perrenoud d’origine Suisse. Un lapidaire en retraite. Un ouvrier chocolatier chez Jacquemin rue du Château rose.
11 personnes travaillaient chez des particuliers comme domestiques dont 7 à l’hôtel Mercier. Et aussi deux concierges.
Plusieurs travaillaient dans le bâtiment et la construction comme maçon, plâtrier, terrassier, menuisier ou ébéniste.
15 journaliers ou manoeuvres.
On relevait un charretier, un maréchal ferrant et un camionneur. Et un chiffonnier.
Dans le secteur tertiaire, il y avait 3 militaires gradés, un instituteur, un greffier à la Cour d’Appel et deux employés d’octroi.
Pour compléter, deux typographes, deux voyageurs de commerce, un employé de commerce et trois forains ou marchands ambulants.

Léon Descans ingénieur belge 1 rue Viotte
On note au numéro 1, la présence d’un ingénieur belge Léon Edouard Descans. Il fut directeur des Ponts et Chaussées à Bruxelles. Il participa aux travaux de quai à Nantes, puis dirigea la construction de pont de Macao. Il travailla ensuite au Congo de 1927 à 1936 où il dirigea la compagnie Générale de travaux à laquelle sont confiés les travaux de construction des ports de Kinshasa et de Matadi.



Au début de la rue à gauche se trouvaient les entrepôts du SERNAM

Toit SERNAM
qui ont été démolis avec leur superbe charpente en bois



Viotte 15/11/17
En 2017 démolition du bâtiment pour l’hébergement des roulants

En 1936, était recensé au numéro 8 Charles Frey entrepreneur en constructions mécaniques

Moteurs Charles Frey foire
Au n° 10 de la rue de la Viotte, à l’angle de la rue de l’Industrie, la maison appartient à Georges César Boss, un industriel de nationalité suisse, né en 1883 au Locle.

Maison jaune rue de la Viotte

Il s’est spécialisé dans le négoce des ferments de raisins.

Médico ferment Boss
Sa maison et le parc arboré ont été démolis pour l’agrandissement de l’hôtel Florel

Une rue dotée d’une des premières pistes cyclables
rue de la Viotte bout de piste cyclable

A l’angle de la rue du Balcon, la médecine du travail depuis 1978, puis L’Ordonnance, location de meublés
Rue de la Viotte médecine du travail

En 1978, date de l’inauguration des locaux construits à cet usage, quelques 40 000 salariés bisontins et du Doubs étaient « …confiés à la surveillance de la médecine du centre : 8 médecins à temps plein, 2 à mi-temps et 2 à plein temps dans le haut Doubs, pour 2800 employeurs ». L’association comtoise de médecine du travail créée à Besançon en 1943 était présidée en 1978, par M. Michel Bourquenez.

rue de la Viotte el 15 nov 17
A gauche de la rue des préfabriqués abritaient les oeuvres sociales des cheminots et la cantine.



Qui était recensé rue Viotte en 1954 ?

Rue Viotte en 2013 n° 1 et 18
Le bas de la rue de la Viotte en 2013 : n° 18 à droite; à gauche n° 1 et 1 bis

Au n° 1 Henri Guillaume, chef comptable, Liliane Chapuis contrôleuse aux contributions, Maurice Petet négociant, Marcelle Pluvinage employée SNCF et sa fille Colette sténo-dactylo, Joseph Maître magasinier et sa femme comptable
Au 1 bis Henri Paroussie inspecteur, Jules Jeandenans employé SNCF, Georges Grous, architecte, René Blind horloger et son épouse née Mercier (corse)

Au n° 16 Colette Demougeot, ouvrière d’usine, Henri Relange livreur et Charles Grenier électricien
Au n° 18 Jean Picquard inspecteur commercial, son épouse Charlotte commerçante et Mathilde Jolly domestique

Qui était recensé en 1954 « rue de la Viotte prolongée » ?

carrefour rue de la Viotte et rue du Chasnot

Deux professeurs Bernard Lavillat et Maurice Issert, Jean Goguely sous chef de gare, Armande Terrier concessionnaire, caissière, André Nachin, employé de bureau, fils photograveur, Jean Roux maître ouvrier, François Douge inspecteur commercial, son épouse clerc d’avoué, Claude Pinot comptable (épouse née au Tonkin), Pierre Bazard représentant et sa fille employée de bureau



Histoire de la rue Jeanneney



Rue Jeanneney plaque

Selon Eveline Toillon, la rue Jeanneney porte ce nom depuis seulement 1911, en hommage à Louis-Camille-Edmond Jeanneney (1865-1900) qui a fait de la ville son légataire universel.
4e régiment d'artillerie
Il ne faut pas confondre ce capitaine au 4° régiment d’artillerie
avec le peintre François-Victor Jeanneney né en 1832 à Besançon et mort à Vesoul en 1875.
Une petite rue étonnamment peuplée

Population rue Jeanneney

Selon les résultats du recensement de 1921, 116 habitants répartis en 38 ménages se concentrent dans 8 maisons. A comparer avec la rue Garibaldi voisine qui n’a que 22 habitants à cette époque ! Dix ans plus tard, la rue Jeanneney a encore 95 habitants, elle a perdu un ménage et 21 habitants, mais le contraste perdure avec la rue Garibaldi qui n’a que 9 habitants !
Et pourtant, les familles nombreuses sont rares : seulement 2 ménages de 6 personnes. Il s’agit de la famille Guillemet dont le père né en 1882 est employé à la Cie PLM, avec son épouse, ils ont 4 filles inactives; et de la famille Olivier dont le père né en 1866 est plombier à la Cie du gaz, son épouse et leur quatre enfants dont trois ont une profession employée à la « Chefferie du Génie » ou apprenti mécanicien.
A l’opposé, on relève 4 personnes seules et douze ménages de deux personnes. En majorité, les ménages sont composés de 3 ou 4 personnes.

En 1921, les actifs et chefs de famille sont plutôt jeunes : deux sur trois ont moins de 40 ans.
Les plus jeunes (17 ans) sont deux apprentis mécaniciens. Le plus âgé, né en 1840 est Stanislas Nonotte le cordonnier qui habite au numéro 2.
Les adultes étaient nés en dehors de Besançon, en majorité dans un village de Franche Comté . Illustration de l’exode rural qui caractérise la fin du XIX° . Un quart est originaire de plus loin comme Dijon, Saint Etienne ou Cholet.

rue Jeanneney pigeonnier
Les bisontins d’origine représentaient moins de 30 % du total. C’est le cas de Gustave Cuenin né en 1890 à Besançon qui était employé aux Nouvelles Galeries. Il habitait avec son épouse Juliette et sa fille Olga Kranzoff au numéro 3.

OLga Kravlov
Olga Kravlov a la particularité d’avoir été reconnue d’abord par son père puis quatre ans après sa naissance par sa mère. Son père est né en Russie


En 1921, une rue de travailleurs salariés

Sans surprise, vu la proximité de la gare, ce sont les cheminots les plus nombreux : douze personnes (tous des hommes) travaillaient pour la Compagnie PLM.


On dénombrait 7 mécaniciens travaillant notamment aux Automobiles Schneider (avenue Fontaine Argent), chez Groslambert (rue de Vesoul) dont deux apprentis et deux en chômage. Il existait déjà !
Le commerce employait 7 habitants que ce soit aux Docks franc-comtois, au Économiques bisontins, aux Nouvelles Galeries ou à l’épicerie Sancey.
Les femmes actives étaient ouvrières soit bonnetières chez Druhen (rue de la Liberté) ou Félix (à Montjoux) soit à la chocolaterie Jacquemin (rue du Château rose). Les autres travaillaient à la « Chefferie du Génie«. Pas de domestiques.

D’autres employeurs, la Compagnie du gaz, les PTT, la Gangloff (pour un terrassier !), Frossard, Grisot…
Ernest Perrot né en 1860 était charron chez Delacre rue de Belfort, Camille Sire était « perceur » chez Dolo.

6 rue Jeanneney

Au n° 6, en 1921, Vital Mourey originaire de Sancey le Grand était instituteur. Il habitait au numéro 6 avec huit autres ménages. En 1927, un autre instituteur H.Bonner

En 1936, Marcel Bartet, ancien sergent au 21 ème bataillon des Chasseurs à pieds. Il fut grièvement blessé lors de la première Guerre Mondiale, amputé de la jambe droite, il fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur et reçu la Croix de Guerre

Donc, tous des travailleurs salariés à deux exceptions près : Stanislas Nonotte, un patron cordonnier né en 1840 et Gustave Sarrazin, un patron négociant qui habitait avec sa famille, au numéro 4.

4 rue Jeanneney


Au n° 7 une histoire récente, celle de la famille Mantion
villa 7 rue Jeanneney

C’est ici que Gérard Mantion âgé de 24 ans, crée en 1951 une entreprise de vente de montres par correspondance. C’est ici aussi qu’a été créée la société Mantion spécialisée dans les systèmes coulissants.
pub pour Mantion Cie

A remarquer en 1921 résident déjà au n° 7 Alexandre Mantion né en 1870 et son fils Raymond déclarant tous les deux être mécaniciens au chômage
En 1927, Alexandre Mantion est propriétaire, Raymond Mantion vend des cycles à cette adresse. En 1954, Raymond Mantion est ferronnier recensé au n° 5, marié avec Hélène Motte dont le père est serrurier au n°7

Petite histoire de Maty

Le nom de Société Maty date de 1952, elle assure sa publicité par des petites annonces qui paraissent dans Le Chasseur Français.
1951 : premier catalogue maty.
Catalogue Maty de 1951

En 1960, la société Maty s'installe 25 avenue Fontaine-Argent

En 1960, la société Maty s’installe dans l’immeuble surélevé du 25 avenue Fontaine-Argent

Maty zone Trepillot
Son développement a nécessité la construction d’un grand établissement dans la zone industrielle


Qui habite côté pair en 1954 ?

Au n° 8 Renée Galliot horlogère
Au 10 Favre SP et André Porteret (SNCF)
Au 12, Jean Léonard mécanicien, Flèche étudiant (devenu maître d’internat), son épouse secrétaire, Cuche et sa fille sténodactylo, Vve Dornier et fils mécanicien, fille couturière, Louise Huguenin ouvrière d’usine + Fillion en 65

10 rue Jeanneney chantier Viotte avril 2020
Les n° 10 et 12 sont maintenant dominés par les bâtiments du nouveau quartier Viotte (allée Gisèle Halimi)
En 1921, c’est au n° 10 que le peuplement est le plus dense : 33 habitants répartis entre 10 ménages.

Compte rendu à suivre : deuxième partie histoire des rues du Balcon, Garibaldi et général Rolland.

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