Comment Besançon a pu sortir d’une situation d’hygiène et de salubrité catastrophique à la fin du XIXe ?
Approvisionnement en eau, égouts, bains douche, urinoirs, ramassage des ordures, vaccination, activité physique …
Une situation catastrophique
Au début des années 1870, Besançon est la 29 ème ville française pour l’importance de sa population et la huitième pour la mortalité due aux maladies épidémiques et contagieuses (typhoïde, variole, diphtérie, choléra et surtout tuberculose). La ville est en tête pour la mortalité infantile. Seul un enfant sur deux atteint l’âge d’un an.
Les causes de la mortalité à Besançon
En 1854, une épidémie de choléra occasionne 174 décès à Besançon. La ville subit ensuite plusieurs épidémies de fièvre typhoïde.

La première concerne le quartier des Chaprais de septembre 1885 à mars 1886. Elle y cause 36 décès. La fièvre typhoïde réapparaît aux Chaprais en 1888 et 1889.

Le docteur Perron indique que « La fréquentation par les soldats des guinguettes, jeux de boules, bals publics de banlieue et autres divertissements qui abondent dans la zone moyenne des Chaprais et le vallon Fontaine-Argent alors décimés par l’épidémie, aura sans doute été pour quelque chose dans les cas signalés
Le choléra a servi de catalyseur, voire de révélateur, des problèmes de la société. Les travaux de scientifiques ont mis en évidence le lien entre les maladies et les conditions de vie.
Conférence mensuelle d’histoire de Vivre aux Chaprais animée par Delphine Lantuas ce jeudi 17 avril
Une période de forte croissance démographique aux Chaprais

Au XIX ème, la ville s’étend au-delà des fortifications, principalement au nord dans le secteur des Chaprais . Cette extension est favorisée par les nouvelles infrastructures communales (gares Viotte et Mouillère, nouveaux ponts…) et le développement de moyens de transports, tel le tramway . Les Chaprais sont plébiscités par les ouvriers, qui peuvent y acquérir des terrains bon marché dans une zone moins peuplée que le centre-ville et bien desservie par des chemins.
Quel approvisionnement en eau ?
Les sources de Fontaine-Argent (depuis 1457), celle du vallon de Bregille (dès 1559), la source de la Mouillère, et enfin celle de Billecul se trouvent polluées par les infiltrations des fosses d’aisances et des puits perdus. 
C’est pourquoi la ville s’engage dans l’adduction des eaux d’Arcier, antérieurement employées par les Romains.
Cependant ce retour des eaux d’Arcier en 1854 en remplacement des eaux de Bregille et de Fontaine-Argent ne permet pas aux habitants de disposer d’une quantité et d’une qualité de l’eau suffisante.
En 1886, des cas de fièvre typhoïde se déclarent aux Chaprais, jetant la suspicion sur les sources de Fontaine-Argent. Ces dernières seront abandonnées pour l’alimentation humaine et seulement utilisées pour les bouches d’arrosage, les bornes d’incendie et le curage des égouts.
Le recours aux sources du Bois d’Aglans (La Vèze) permit d’apaiser la situation à la fin du XIX ème siècle, les Chaprais seront desservis par ces sources considérées comme particulièrement pures. En 1893, on constate de nouveaux cas de typhoïde à Besançon provenant de pollutions à Nancray.
Les fontaines :
l’exemple de la Fontaine Wallace
Une fontaine Wallace était située rond-point des Bains (actuelle place de la Première Armée Française), elle fut déplacée en 1931. Dessinée par Charles-Auguste Lebourg, elle tient son nom de Richard Wallace, un philanthrope britannique qui finança leur édification. Une seule fontaine Wallace demeure à Besançon, elle est située Place Granvelle
La fontaine de Chardonnet
Réalisée en pierre de Dole, la fontaine est surmontée du portrait du comte sculpté par Laëthier d’après un buste modelé par Anne de Chardonnet, sculptrice et fille du scientifique. Les maquettes des allégories de la Science (à gauche) et de l’Industrie (à droite, tenant un écheveau de soie artificielle) sont sculptées en pierre par Laëthier. À leurs pieds figurent plusieurs attributs symbolisant les passions de Chardonnet : livres, tubes à essai, ballons, silhouette de l’usine et palme académique.
La fontaine Flore
Un projet d’édification d’une fontaine est présenté en 1883. La société des architectes du Doubs propose les architectes Saint-Ginet et Dampenon pour réaliser ce projet. Just Becquet est choisi pour sculpter la statue en bronze.
La fontaine a disparu en 1950 lors du réaménagement de la place. La statue a été installée provisoirement place des Tilleuls à Palente, puis elle a réintégré la place de Flore en 1999
Quelle évacuation des eaux usées ? la lente création d’un réseau d’égouts
Le raccordement à l’égout devient obligatoire en 1862, tant pour le centre-ville que pour les quartiers de banlieue. Mais le « tout-à-l’égout » n’est pas encore à l’ordre du jour. En effet, les travaux d’enfouissement des conduites d’eau n’ont pas été mis à profit pour installer systématiquement des égouts dans toutes les rues
En 1887, la ville a 63 km de réseau d’eau mais seulement 10, 7 km d’égout. Malgré les difficultés financières, le réseau d’assainissement se développe peu à peu : de 7 km en 1869, il passe à 12,5 km en 1896
Le nettoyage des rues et le ramassage des ordures
À partir de 1863, une équipe municipale de quatre cantonniers est chargée d’enlever les boues, de balayer et d’arroser les voies. Elle seconde l’obligation séculaire faite aux habitants de contribuer au nettoyage des rues.
Une poubelle fermée sera exigée par le règlement sanitaire de 1929. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’enlèvement des ordures fut enfin modernisé avec l’achat de sept camions bennes électriques.
La création de bains douche et d’urinoirs
La Caisse d’Epargne de Besançon est à l’origine du projet d’installation de bains douches populaires. En juillet 1910 s’ouvrent les premiers bains douches au 4 rue Proudhon, proposant douze cabines au public. Dès son ouverture, l’établissement connaît une fréquentation telle qu’il faut parfois refuser du monde. Encouragée par ce succès, la Caisse d’Epargne poursuit ses œuvres en novembre 1911 avec les bains douches de la Madeleine, et en juillet 1921 avec l’établissement de la rue Belfort aux Chaprais.

De style oriental, dus à l’architecte Alphonse Burcey ( comme ceux de la rue Proudhon et de la Madeleine) les bains douches de Chaprais sont construits vers 1921.
Le tarif est de 20 centimes d’ancien franc (environ 0,68€) pour une douche ou un bain de 20 minutes, auquel il faut ajouter 10 centimes pour un peignoir. Les enfants et les militaires profitent, eux, d’un tarif avantageux
Entre 1910 et 1934, on dénombre plus d’un million et demi d’entrées aux Bains Douches de Besançon. La fréquentation entame une inexorable baisse : en 1979, 8 519 entrées étaient décomptées aux Chaprais et 5 965 en 1983.
Des urinoirs sont construits
et font l’objet de réclamations de déplacement. Les désagréments causés par les urinoirs persistent mais leur raccordement à l’égout va être systématisé au prix de travaux coûteux, avec l’aménagement d’installations plus modernes, isolées des murs d’habitations, parfois « à effets d’eau » et avec « éclairage nocturne ».En 1887, la ville dispose de 30 urinoirs à effets d’eau.
Les projets d’urinoirs ne concernaient que les hommes. Pourtant dès 1895, le conseil municipal avait adopté un projet de constructions de waters-closets pour dames, promenade Micaud. Le projet est rejeté par le Préfet.
La vaccination et les services de santé

1887 certificat médical de vaccination obligatoire
En 1922, est créé un service de visiteuses qui effectuent la surveillance des enfants en bas-âge et jusqu’à l’âge de deux ans
La promotion des activités physiques et la construction du gymnase

Plan du gymnase municipal avenue Denfert Rochereau par Lucien Brugvin
Urbanisme et recherche du bon air
Promenade Micaud
Au début du XIXe siècle, Besançon ne dispose que de deux promenades localisées au centre ville. La promenade Micaud, sise extra-muros est créée en 1843, entre le pont de Bregille et le pont Saint-Pierre (pont de la République), inauguré le 12 juin 1844 par le maire dont elle porte le nom. Pour cela, dès 1830, différents accords furent passés entre la ville et l’armée, le terrain relevant des servitudes militaires. L’affaire étant réglée entre les deux partenaires, l’architecte Alphonse Delacroix élabore un jardin anglais, soigneusement harmonisé sur trois hectares. La verdure s’impose, encadrée par diverses espèces d’arbres notamment exotiques. On y installe des effets d’eau. Mais son affluence reste plutôt limitée jusqu’en 1873, année de la suppression du péage qui y donne accès.
La conférence de Delphine Lantuas a été présentée jeudi 17 avril 2025 à la Cassotte
La prochaine réunion mensuelle d’histoire des Chaprais sera consacrée à un zoom sur les rues de la Viotte, du Balcon et Garibaldi

