Histoire de la rue Tristan Bernard (1° partie)
Une rue à l’extrémité des Chaprais a porté différents noms avant celui de cet écrivain.
La réunion d’histoire des Chaprais du 13 février a fait salle comble rassemblant une cinquantaine de personnes. Elle avait trois rues à l’ordre du jour : la rue Tristan Bernard, la rue Pateu et la rue Baille.

En rouge les 3 rues tracées sur le plan cadastral actuel
Le contenu de cette réunion fera l’objet d’un compte rendu succinct sous forme de trois articles.
Quelques points de repères
L’apparition d’une voie vers Fontaine Argent avec différentes dénominations

Vers 1830, un chemin est tracé entre les jardins dans le prolongement de la future rue des Deux Princesses. On ne distingue pas plus d’une demi douzaine de maisons. Plus au Nord, on repère l’emplacement d’une église. A noter l’absence de courbes de niveaux, mais des hachures plus ou moins serrées, selon la pente.
En 1862, le plan met en évidence les deux cimetières l’un qualifié de catholique (à côté de l’église), les protestants étant relégués au Champ Bruley, le ruisseau Fontaine Argent est bien visible ainsi que la voie ferrée.
Sur ce plan, rue des écoles et une rue de Brulefoin 
En 1942, rue de Fontaine Argent, rue Pateu et rue Baille
Il fallu attendre 1948 pour que le chemin vicinal n° 16 ou rue Fontaine Argent, prenne son nom définitif rue Tristan Bernard par décision du conseil municipal du 15 octobre. Il faut dire que l’existence simultanée d’avenue et de rue Fontaine Argent prêtait à confusion.
Qui était Tristan Bernard ?

Tristan Bernard est né à Besançon comme Victor Hugo dit-il « mais lui au 138, moi plus modestement au 23 » Il y resta 14 ans avant de rejoindre son père à Paris.
Celui-ci était un marchand de chevaux que l’arrivée du train ruina.
A l’origine, il se prénomme Paul. Comme son père, il est passionné de chevaux de courses. Tristan est le nom d’un cheval sur lequel il avait misé et qui à la surprise générale avait gagné la course.
A Paris, il fit des études de droit, et devint avocat. Mais à la suite des résultats malheureux de la première affaire qu’il eut à plaider, il quitta la robe pour la direction d’une usine d’aluminium à Creil. Là aussi la réussite professionnelle n’était pas au rendez-vous. André Besson rapporte ses propos sur le travail. « L’homme n’est pas fait pour travailler. La preuve, c’est que ça le fatigue »
Un écrivain humoriste
Il s’est aussi lancé dans l’organisation de courses cyclistes, il trouva sa vraie vocation : écrire, avec humour. Dans des journaux plus ou moins éphémères et même dans l’Humanité de Jean Jaurès et le Canard Enchaîné. Chroniqueur sportif, Il était aussi créateur de mots croisés.
Lors de son service militaire à Evreux, il était interdit aux dragons de raser leur barbe, il la garda définitivement
Il publia son premier livre « vous m’en direz tant » en 1894. Si sa comédie « Un négociant à Besançon » jouée à Paris ne fut pas très appréciée dans sa ville natale, son humour était très aimé à Paris.
Il écrivit plus d’une centaine de pièces de théâtre comme « Vous m’en direz tant » ,et « Les pieds Nickelés » son plus grand succès, « L’anglais tel qu’on le parle », « Daisy », etc.
Ses jeux de mots et son humour ne sont pas appréciés par les nazis. « En 1914, on disait On les aura! Et bien maintenant, on les a ! » « Comment peut-on être désœuvré quand la France est si occupée ? »
Il est arrêté avec sa famille sous l’Occupation pour ses origines juives. Il est conduit au camp de Drancy. Ce qui lui inspirera ces mots : « Ici, on compte les Bloch et on bloque les comptes ».Un rapport des autorités françaises daté du 9 décembre 1941 indique :
« Ceux qui n’ont vu de leurs propres yeux quelques uns des libérés de Drancy ne peuvent avoir qu’une faible idée de l’état épouvantable dans lequel se trouvent les internés de ce camp unique dans les annales de l’histoire. On affirme que le camp de Dachau, de réputation si fameuse, n’est rien en comparaison avec Drancy ».
Il sera libéré au bout de trois semaines suite aux interventions de Sacha Guitry et d’Arletty.
Mais son petit fils ne reviendra pas de Mauthausen. Tristan Bernard décède en 1947
Les habitants de la rue avant le changement de nom

La population a été multipliée par 2, 5 mais avec un doublement dans les 10 dernières années. 
Les terrains appartenaient à un petit nombre de personnes Marie Boisson d’un côté et à la Veuve Rozet de l’autre.
C’est une rue de jardiniers . En 1936, on en recensait 11 :
François Sommereisen maraîcher au n°1
Jules et André Laurent jardinier au n°3
André Molière horticulteur au n° 4
Edmond et Auguste Lamblin maraîcher au n° 15
Victor Fleuret et un apprenti jardinier au n°16
Henri, Pierre Henri Boisson et Berthe Terrier jardiniers au n° 17
Le côté pair de la rue Tristan Bernard
Au numéro 2, pas d’habitants recensés. Pourtant la petite maison du salon de coiffure actuel parait ancienne. On se souvient d’un café auparavant
Au n° 4, André Molière horticulteur et son épouse fleuriste sont recensés de 1936 à 65
Au n° 6 maison Guillemeney et 7 à 10 autres ménages exemple Eugène Jacquemier qui travaille à la Cie PLM, Marie Louise Chamerot, fille couturière, Alphonsine Ligier Voidey qui a deux filles employées de commerce et un fils carrossier
Au n°8 Marie Guillemeney, née en 1860
Une belle maison ancienne à l’angle de la rue de Chalezeule contrastant avec des immeubles récents

Au numéro 10 c’est actuellement l’IME, auparavant la maison Henri Louis Boisson depuis 1926
Y résident aussi deux ouvriers Férréol Raguin et Henri Régin
Au n° 16 Victor Fleuret jardinier en 1926 et 1936
Puis 7 ménages dont Honoré Raguin chauffeur et Jean Poimbeuf camionneur
Au n° 18 maison Burtcher y réside Henri Meiss né en 1899
Au n° 26 a été construite l’école Tristan Bernard
Juste avant la voie ferrée surélevée
A suivre : Le côté impair de la rue Tristan Bernard des jardins Sommersein et Laurent au Marly ; la rue Pateu, les pépinières et le Cockpit
Le 3 e article portera sur la rue des écoles devenue rue Baille
A retenir : prochaine réunion d’histoire des Chaprais jeudi 20 mars à 15 h 30

