Brigitte Rochelandet historienne des mentalités aux Rencontres à livres ouverts
Comment les hommes ont invisibilisé les femmes au cours des siècles ?
Brigitte Rochelandet, vous êtes docteure en histoire des mentalités, spécialiste de l’histoire des violences et des inégalités envers les femmes, vous participez aux Rencontres à livres ouverts les 29 et 30 mars avec plusieurs de vos livres dont cette histoire des violences faites aux femmes
Comment êtes vous venue à vous intéresser à de tels sujets après une thèse sur les sorcières ?
Tout d’abord, ma passion pour les sorcières est venue d’une série télévisée Ma sorcière bien aimée diffusée pour la première fois en France à la fin des années 60. En réalité, Samantha n’est pas une sorcière, elle fait ce qu’elle veut. Plus sérieusement, le sujet de ma thèse m’a été suggéré par un professeur Jean Marc Debard lors de son dernier cours.
En quoi consistait cette thèse sur la répression de la sorcellerie ?

A la fin du XVIè siècle, la Franche-Comté se lance dans la terrible répression des sorcières, tout comme ses voisins. Ouvrage de démonologie d’un juge comtois, ordonnances répressives répétées, pouvoir attentif et procédure codifiée contribuent à expliquer, pourquoi, à quatre reprises, la Franche Comté fut fortement secouée. Ce ne sont pas les seules raisons ; la participation des villageois, par la délation de l’un des leurs, favorisa la répétition des buchers.
La chasse aux sorcières traduit la volonté des élites d’anéantir la culture populaire. La présentation de cette culture, avec ses caractéristiques, ses fondements et son rôle au village, s’avère alors nécessaire pour mieux comprendre les raisons de cette acculturation programmée. Ces différents aspects permettent de mieux cerner dans quelle mesure la Franche-Comté s’intégrait dans l’Europe répressive des XVIè et XVIIè siècles.
Quelle sorte d’histoire adoptez vous ?
Celle de l’école des Annales qui ne se limite pas à l’histoire des Grands Hommes et des batailles. On s’intéresse à tout le peuple et en faisant des comparaisons dans le temps et l’espace. Ma thèse a d’ailleurs été récompensée par le prix Lucien Febvre cofondateur de l’Ecole des Annales. Mes recherches me permettent de constater l’évolution des mentalités et des lois. Par exemple au Moyen âge, on tuait les infanticides, au XIXe on les punit mais en recherchant des circonstances atténuantes et le rôle du père est mis en cause.
Vous avez publié, récemment un nouveau livre sur les sorcières, s’agit-il d’une simple réédition ?
Non pas du tout, je parle de la chasse aux sorcières, erreur judiciaire et complot misogyne. Entre temps, suite à des recherches plus approfondies (les archives d’un millier de procès), j’ai changé d’avis. Je montre que statistiquement peu de sorcières étaient guérisseuses. Le plus fréquemment, les sorcières pourchassées sont de vieilles femmes. Il y a aussi des hommes accusés de sorcellerie.

Le cas d’Henriette de Crans brûlée à Chamars serait donc typique ?
Oui, c’était une femme âgée, mais l’événement est antérieur : en 1434.
Vous ne vous intéressez pas seulement aux sorcières, mais aussi plus généralement à la place des femmes ?
J’ai travaillé sur la place des femmes dans la cité, à partir des archives du Moyen-Age au 20e siècle, et sur des femmes artistes ou militantes ignorées puis oubliées par l’Histoire
J’ai publié aux éditions Cêtre Besançon au féminin, sur la place des femmes dans la Cité

La couverture montre l’école des Chaprais que j’ai bien connue, mon père y était instituteur et j’habitais à la Cité Parc des Chaprais.
J’ai écrit des ouvrages et des articles sur la prostitution, les religieuses forcées, les infanticides, le droit de correction de l’époux, les lieux d’enfermements tels les Refuges du Bon Pasteur (19e/20e).
Au final, êtes vous une militante féministe ou une historienne ?
Je peux être les deux, mais je ne confonds pas les deux. Pour combattre les injustices, Il faut comprendre leurs origines et leur évolution.
Brigitte Rochelandet sera donc présente aux Rencontres à livres ouverts à la Cassotte, samedi 29 et dimanche 30 mars. Elle proposera une conférence :
Comment les hommes ont invisibilisé les femmes au cours des siècles ?
Avec la participation des éditions du Sekoya et l’aide de la librairie Les sandales d’Empédocle
Parmi les autres auteurs annoncés, on relève
Guy-Louis Anguenot, Pierre Antoine, Max Athanase, Aline Chassagne, Margareth Chatelain, Jean Louis Clade, Com Com Comix, Jean Louis Couturet, Jean Marie Croizat, Mikaël Demenge, Emma Desvignes, Francine Dortel, Pierre Emmanuel Guilleray, Patrick Frechard, Arnaud Friedmann, Richard Fussner, Sébastien Freidig, Dany Frei Huynh-Kieu, Patrice Gayet, Serena Gentilhomme, Yves Germain, Mustafa Haciane, Christian Jelsch, Guy Lesart, Jean Marc Loiseau, Christian Maucler, Sandrine Maugendre, Dominique Mausservey, Gaëlle Meiss, Pascale Morand, Amandine Moraschetti, Hubert Mougel, Gilles Poussin, Damien Roussel, Angelo Santoro, Eva Marty Sidibe, Michèle Tatu, Marie Tisserand, Georges Ubbiali, Capucine Vercellotti, Jean Vercellotti, Michel Vernus
Entrée libre et gratuite pour les visiteurs
Horaires samedi de 13 h à 18 h dimanche de 10 h à 17 h

