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Histoire de la rue des Deux Princesses

Compte rendu succinct de la réunion mensuelle d’histoire des Chaprais du 16 janvier 2025

Histoire des 3 Princesses
réunion du 16/1/25
Une quarantaine de personnes ont participé activement à cette conférence animée par Delphine et Christian avec plusieurs interventions notamment de Jean Pierre Regazzoni. sur les questions architecturales. Comme d’habitude, la projection commentée d’une centaine de phoros et documents a suscité des témoignages de plusieurs participants. Les recherches ont été effectuées aux archives municipales et départementales en exploitant surtout les résultats des recensements, les plans etc …

Il était envisagé d’aborder 4 rues, en réalité, l’abondance des informations a nécessité de se limiter aux seules rues des Deux Princesses et Becquet (celle-ci fera l’objet d’un autre article). Quant aux rues Tristan Bernard et Pateu elles seront présentées le mois prochain le jeudi 13 février à15 h 30

L’origine de la rue des Deux Princesses une voie entre des jardins



plan route de Strasbourg
Dès avant 1850, un chemin était tracé à cet emplacement, entre les jardins

plan 1862 Deux Princesses
En 1862, la gare Viotte est créée et la future rue des Deux Princesses comporte une quinzaine de maisons. Elle se dirige vers le bas du cimetière des Chaprais
La rue est dénommée ainsi depuis le conseil municipal du 17 décembre 1881. Coindre rapporte qu’il existait dans cette rue une auberge à l’enseigne « Aux deux Princesses » tandis qu’une Description Historique et Topographique de la Route de Besançon à Belfort, datant de 1779, situe à cet endroit l’Hôtel des Trois Princesses : « C’est une jolie maison bâtie à droite, où les bourgeois de la ville vont souvent faire des parties de plaisir ».
Elle apparaît pour la première fois dans le recensement de 1881 On dénombre déjà 151 habitants répartis entre 44 ménages dans 10 maisons. Des ménages de 3,4 personnes en moyenne
On remarque 8 veuves (souvent assez jeunes) dont 5 rentières. Des actifs plutôt jeunes 10 ont moins de 25 ans, et 30 autres moins de 40 ans.
Que font les actifs de la rue des Deux Princesses en 1881 ?

Des professions diverses avec 5 jardiniers, 9 journaliers ou manœuvres, 6 domestiques,
4 horlogers, 6 autres ouvriers ajusteur, ferblantier, tonnelier
6 travaillent dans le bâtiment et 1 asphalteur + 3 charrons
7 femmes sont tailleuses, lingère ou blanchisseuse
4 commerçants et 3 entrepreneurs, 1 médecin
3 employés et un seul cheminot + 1 lithographe
Pas de cadre, aucun militaire, ni enseignant

La population a varié de façon étonnante. Elle a d’abord plus que doublé en 10 ans. puis a diminué.

population de la rue des Deux Princesses

Les habitants du début de la rue, depuis la place de la Liberté

Liberté Deux Princesses plan cadastral

Côté pair, le petit bâtiment au numéro 2 a été le poste de police du 3e arrondissement. A côté a été érigée la stèle du souvenir des 24 Résistants morts à la Libération. Le local a été utilisé par le MLAC dans les années 70 et plus récemment un local d’anciens combattants
place de la Liberté stèle et local des Anciens Combattants
Le numéro 4 a été habité par des ouvriers d’horlogerie ou des chemins de fer. Le bâtiment et l;a cour a été transformé pour devenir un local du service nettoiement de la voirie. Depuis quelques années, il est utilisé par l’association des Jardins familiaux.

En 1936, résident au n° 6, James Lipmann, industriel né en 1905, son épouse Michèle Pesty, sa fille et leur cuisinière, Marie Louise Breniaux. En 1946, Lipmann n’est plus là. A la place un représentant un horloger suisse, un inspecteur des sports, une institutrice et deux employés de la SNCF.

Au numéro 8, des employés et ouvriers ont logé dans l’immeuble Gavignet avec une épicerie où se sont succédés plusieurs épiciers R Perreard (en 1927),Pierre Mougin en 1946, M Pourcelot en 1965. C’est devenu quelques années le local de la Cie des familles.

Epiciers et récupérateurs

Côté impair on remarque d’abord, à l’angle de la rue de Belfort, l’épicerie de Léon Brochet depuis 1906

épicerie Brochet
Les fils Lucien et Gustave Brochet développeront l’activité dans le pain d’épices rue de Vesoul puis dans la zone industrielle avec Unimel.
Parmi les locataires, on note en 1931 la famille Callan, Joseph Piroutet négociant et son fils Roger élève à l’Ecole d’Horlogerie et résistant en 1944. En 1936 y habite Louis Bastian, sa sœur et son beau-frère Roger Regalli furent mystérieusement assassinés en 1944 rue Battant.
Le numéro 5 et 7 sont la propriété de Frédéric Fuhrer né à Seedorf en Suisse . Il est le fils naturel de Maria Fuhrer. Il est naturalisé en 1892. En 1921, il déclare une activité de Chiffons et métaux en gros, harnachements et effets militaires. Sa tombe indique qu’il fut conseiller municipal. L’activité de récupération est reprise par la famille Grange. Le recensement de 1921 indique la présence de Joseph Grange né en 1902 au Locle. Il va épouser Félicie Bertrand. Il est le fils de Jean-Marie Grange fondateur de l’activité, originaire d’Auvergne . Un article de l’impartial de 1996 nous informe que la raison sociale de la maison Grange est inscrite depuis 100 ans au registre du commerce Du Locle. elle porte aujourd’hui toujours le même nom et, par ailleurs, tous les responsables successifs de cette affaire de récupération de matériaux et métaux, de vente de bois, charbon, mazout, ont été systématiquement prénommés Jean-Marie.

En 1931, est recensé à cette adresse Louis Eugène Vieille chauffeur chez Noblot. Son frère Louis Emile Léon Vieille appartenait à la résistance (FFI)

Tombe de Louis Vieille sous son second prénom, Emile.
Il a été grièvement blessé le 7 septembre 1944, lors d’un accrochage à Besançon. Il est décédé des suites de ses blessures à l’Hôpital Américain (Caserne Vauban) le 13 septembre 1944. Son nom figure sur la stèle de la Résistance, place de la Liberté. En 1931, on trouve une épicerie tenue par Marie Dubois.
Le 11 est la propriété de la famille Girardet. En 1906 est recensé Louis Miroudot, son épouse et ses 6 enfants. On trouve également Louis Marie Charles fabricant d’horlogerie.

11 & 13 rue des Deux Princesses
11 & 13 rue des Deux Princesses en face la rue Becquet

En 1906 demeure au n° 11, Paul Flachot, agent commercial au PLM, son épouse et ses deux enfants Emile et Lucien. Emile fut polytechnicien. En 1909 il entre au P.L.M. En 1924 il est en Argentine. Puis de 1924 à 1934 à Madagascar. De 1935 à 1943 il sera de nouveau au P.L.M puis à la S.N.C.F. Il sera également professeur de mathématique au collège de Passy. Lucien Flachot, mutilé de guerre est devenu décorateur et publiciste.

En 1943, Lucien et Juliette Flachot sauvèrent deux filles juives.
Le n° 13 est la propriété de Fréderic Begin, en 1926 il est loueur de voitures, puis chauffeur automobile et mécanicien.
En 1906, habite au numéro 15 Joseph Sinck entrepreneur de fumisterie. En 1911, habite Flavien Bonnet receveur des contributions dont la fille Jeanne, alors professeur d’anglais épousa Marcel Pauteuil négociant en combustibles installé 5 avenue Fontaine-Argent. En 1931, est recensé Jean-Hubert Charrière dessinateur au PLM
Au recensement de 1906, le bâtiment existant est la propriété de Louis Jenny né en 1852 à Neuf Brisach, rentier. Il exerça différentes professions sellier, cafetier, restaurateur, limonadier. En 1936, Louis Jenny y demeure toujours avec sa fille Hélène, veuve de Charles Gullung, directeur de filature et ses petits-enfants.

Rue des Deux Princesses plan Jenny Grosperrin
Les jardins de Grosperrin et Jenny avant la construction d’immeubles
En 1946, au n° 16 la maison Brunswick ou résident Léon Blanchot SP , son fils Charles transporteur, ses filles Geneviève et Suzanne horlogères, Maurice Richard tripier et sa femme Marie Claire relieuse.

La rue des Deux Princesses de la Cassotte à la rue du Repos



Grange Coulon plan relief 1722

Des constructions apparaissent sur le plan en relief de 1722. Deux maisons très anciennes ont survécu aux destructions imposées par le général Marulaz et aux promoteurs immobiliers.

A droite, au 28 rue de la Cassotte, la maison où habitait l’aventurier John Acton.
villa 28 rue de la Cassotte

et à gauche au 19-21 rue des Deux Princesses
rue des deux Princesses
En revanche, ont disparu les maisons au 23, au 25 où habitait Jean Régnier en 1965

Cassotte, Deux Princesses, Monts Jura

et celle à l’angle de la rue de la Cassotte laissant la place à un jardinet public.
Billet de l'Est Républicain Cassotte Deux Princesses
Billet de l’Est Républicain citant l’historien Coindre
Ce secteur a fait l’objet de descriptions par Alphonse Delacroix sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir.



Ce plan cadastral indique les propriétaires : Berçot, Barbezat, Etourneau et Pasquier côté impair ; Courbet et les Soeurs de la Charité côté pair.
Celles-ci ont créé une clinique (Saint Vincent) qui fut ensuite reprise par le docteur Pierre Alexandre avant son déménagement aux Tilleroyes.
Clinique Saint Vincent maternité

Au n° 22, le recensement de 1946 indiquait une « maison maternelle départementale » où résident Jeanne Bernard directrice, Raymonde Devot économe, Simone Demouge surveillante, Louise Locatelli veilleuse et Andrée Petitjean cuisinière. Le dernier service de santé : la radiologie vient de déménager à la place du bowling.

Au bas de la rue des Deux Princesses : quelques maisons et des immeubles


Un immeuble et la rue Chopard ouverte sur les terrains de la famille Pasquier au n° 37 & 39
Rue des Deux Princesses angle Chopard


Le recensement de 1921 nous indique que le n°41 est la propriété de Marie Marthe Monin née Vacelet, jardinière et patronne. Son époux est décédé lors du naufrage du Gallia en 1916 : Le 4 octobre 1916, le Gallia, un croiseur auxiliaire de l’armée française, était torpillé par un sous-marin allemand. En 15 minutes, plus de 1 300 soldats ont disparu dans la plus grande catastrophe maritime de la Grande Guerre. A cette adresse en 1906 était recensé Pierre Quarello né à Muzzano dans le Piémont, cimentier chez Borguetta.

En face, côté pair on retrouve la maison Renaudot jardinier
maison Renaudot
Au 26 bis la maison Lagier et au 28, la maison Nenig.

Au n° 30, la maison Pradier est remarquable

30 rue des Deux Princesses  Pradier Grange
architecture de style éclectique avec des éléments art nouveau, d’autres classiques …

Porte du n° 20 rue des Deux Princesses
avec des grilles bombées curieusement en hauteur
30 rue des Deux Princesses
En 1946, c’est la maison Pradier où réside Adolphe Grange négociant. La parcelle est la propriété de la veuve Pradier en 1922. Elle gère une entreprise de vente et achats de chiffons et de métaux. Marie Antoinette Pradier est née Schnell en 1890 à Durmenach
En 1938, à la même adresse on trouve son gendre Adolphe Grange né au Locle et le frère de celui-ci Joseph. Ils demeurent respectivement au 30 et 32 rue des Deux Princesses.


Grange récupérateur

Dans la dernière partie de la rue des Deux Princesses, le côté impair est occupé par le cimetière des Chaprais.

Cimetière des Chaprais
En face, il y eut les propriétés de Charpentier, Boëhly, Riédoz et Roset

Au recensement de 1946, Marcel Fagnon livreur et René son fils employé de bureau sont cités au n° 36
En mai 2019, un arbre du cimetière s’est abattu sur le toit de la maison

arbre du cimetière tombe rue des Deux Princesses mai 2019
Des immeubles ont été construits récemment entre la rue des Deux Princesses et l’avenue Fontaine Argent dont le « Carré Colette » qui a remplacé une villa
Villa av Fontaine Argent

A proximité du cimetière, la rue est étroite entre deux grands murs

Chrysanthèmes Toussaint 1959 2 Princesses
Vente de chrysanthèmes pour la Toussaint 1959

A suivre : histoire de la rue Just Becquet

Prochaine réunion mensuelle d’histoire des Chaprais
jeudi 13 février à 15 h 30 à la Cassotte
Zoom sur les rues Tristan Bernard, Pateu et Baille

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