Besançon et les Pays Bas : une vieille histoire
Besançon vieille ville espagnole ou néerlandaise ?
Les Chaprais, un quartier néerlandais ?
Le quartier comme le reste de la capitale comtoise possède un suzerain, virtuel, très prestigieux en la personne du roi des Pays-Bas. Découverte d’un récit peu connu dans la cité doubienne.
Historiquement, Besançon a longtemps été une ville libre d’Empire. A cette époque, les Chaprais sont faiblement peuplés et font partie de la banlieue de l’antique Vesontio. Ce n’est qu »en 1654 que la ville est rattachée à la Franche-Comté. En tant que territoire souverain, Besançon possède des institutions originales. Les deux principales sont la mairie et la vicomté qui finissent par se fondre en une structure commune. Le vicomté, d’abord épiscopal est la plus ancienne des deux avant que la commune de Besançon ne soit créée en 1290. La charge de vicomte échoit par des jeux d’alliances politiques à la famille Chalon-Arlay.
Cette dynastie de nobles comtois est l’une des plus importantes de l’histoire locale. Les Chalon-Arlay deviennent au début du XIVème siècle vicomte de Besançon. L’emprise titulaire des Chalon sur la région est forte, ils sont également seigneurs de Montfaucon et d’Arguel.

Le promontoire d’Arguel et les ruines du château
La devise familiale est « Je maintiendrai Chalon ».

Territoires des Habsbourg à la fin du règne de Charles-Quint
En même temps que la Franche-Comté passe aux mains des Habsbourg, le titre de vicomte de Besançon change de famille. Philibert de Chalon, dernier membre de la dynastie éponyme meurt à 28 ans dans une bataille en 1530. Philibert, sans héritier direct, ses titres, vont à son neveu René, un seigneur néerlandais. René décède à son tour sans descendant. L’héritage des Chalon est transmis à un autre noble néerlandais, Guillaume de Nassau-Dillenbourg. Ce personnage, méconnu en France, est entré dans l’Histoire sous le nom Guillaume le Taciturne. Il mène la révolte néerlandaise en 1566 contre la domination Habsbourg et devient l’ancêtre du roi des Pays-Bas actuel.
Les Nassau vont incorporer l’héritage des Chalon-Arlay de multiple façon. La devise comtoise « Je maintiendrai » devient la devise de la famille royale. Les titres seigneuriaux bisontins sont également incorporés par la dynastie néerlandaise. Mais le titre de vicomte de Besançon fait l’objet d’un litige. Après la conquête française, le descendant Nassau d’alors, Guillaume III, se retrouve endetté pour ses possessions françaises. Un de ses principaux créanciers, Louis de Gand de Mérode, parvient à se faire attribuer le titre de vicomte de Besançon définitivement en 1732. La décision n’est cependant pas reconnue aux Pays-Bas et les seigneurs néerlandais continuent à se réclamer comme comte de Besançon. En effet, la notion de comté et de vicomté semblent se fondre à Amsterdam.
Alors que de Gand de Mérode ou ses héritiers ne mettent pas en valeur le titre bisontin, les Orange-Nassau conservent la volonté de mettre à l’honneur ce lien avec Besançon. Aujourd’hui encore la Nieuwe Kerk d’Amsterdam, église où sont intronisés les rois néerlandais abritent les armoiries des rois des Pays-Bas. Parmi ces emblèmes, l’aigle bisontin trône fièrement au mur avec les autres seigneuries héritées des Chalon. 
Dans une époque d’échanges culturels, cet épisode historique peut être l’occasion de tisser de nouveaux liens. A l’image de ce qui est réalisé par le Territoire de Belfort et le Haut-Rhin avec le prince de Monaco, Besançon et d’autres communes pourraient mettre en place un partenariat avec la couronne néerlandaise. Concrètement Belfort et ses environs, dépendances virtuelles des Grimaldi, sont parvenues à nouer des échanges fructueux avec le Rocher dans diverses domaines : financement pour des rénovations patrimoniales, numérisation d’archives, discussions autour du domaine économique. Alors à quand la venue du souverain néerlandais sur « ses » terres comtoises ? Verra-t-on un jour le roi orange découvrant la place Flore ?
Sources :
AUBERT DE LA CHESNAYE DES BOIS François-Alexandre, Dictionnaire de la noblesse : contenant les généalogies, l’histoire et la chronologie des familles nobles de France, tome 8, 1774
BEPOIX Sylvie, Les Chalon et la cité de Besançon au XVe siècle. Les derniers feux d’une relation mouvementée. Publications du Centre Européen d’Etudes Bourguignonnes, 2018, 58, pp.157-168. ⟨10.1484/J.PCEEB.4.2019009⟩. ⟨halshs-02109354⟩
BROCARD Nicole, THEURIOT Jacky, La ville et l’Église du XIIIe siècle à la veille du Concile de Trente , PUFC, Besançon, 2008
CHEVALIER François-Félix, Mémoires historiques sur la ville et seigneurie de Poligny. Vol 2, Delhorme, Lons-le-Saunier, 1769
Direction historique de la ville de Besançon, Annexer et gouverner Besançon au XVIIIe siècle, 2023 in Memoire Vive, https://memoirevive.besancon.fr/page/annexer-et-gouverner-besancon-au-xviiie-siecle, consulté le 4 décembre 2024
Inventaire des AD 25 sur le 14B Justice de la vicomté et ancienne mairie de Besançon, https://francearchives.gouv.fr/findingaid/bc5d5340cd1460aceb54dafc70657379ece39b45
Note du fond Mérimée sur l’hôtel de la vicomté de Besançon, https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA25000446, consulté le 4 décembre 2024

