Hivers explosifs aux Chaprais
Il y a près de 55 ans, le consulat d’Algérie était attaqué rue de Belfort

1 rue de l’Industrie
Le printemps arrive doucement sur le mois de Mars 1970 dans le quartier des Chaprais. Les abords de la gare ne semblent pas plus chaotiques qu’à l’accoutumée. Pourtant, les habitants de la rue de l’Industrie voient pompiers et policiers passer sous leurs fenêtres. La raison ? Un attentat.
Début des années 70 à Besançon, la capitale comtoise est bouleversée par une montée des mouvements extrémistes comme dans le reste du pays. Des groupuscules sont déterminés à basculer vers la violence pour atteindre leur objectif. Ces mouvements se réalisent sur un terreau social particulier dans une France post-soixante-huitarde.
La quiétude de Besançon va dès lors être troublée par une série de trois attentats. Le premier survient le vendredi 13 mars lorsqu’un cocktail Molotov est lancé sur la gendarmerie de Tarragnoz. Prise en charge rapidement dans la soirée, les dégâts sont très minimes. Dans la nuit de samedi 14 au dimanche 15, un engin artisanal est déposé auprès de la caserne Vauban. L’explosion souffle plusieurs vitres. Ces événements, de faible ampleur, n’ont pas fait de victimes. Le troisième acte se joue dans le quartier des Chaprais le dimanche 15.

Un autre engin artisanal est lancé sur le consulat algérien de Besançon. La présence diplomatique de l’Algérie dans la capitale comtoise relève de l’histoire de la communauté de ce pays. A la Libération, de nombreux algériens sont arrivés à Besançon et dans l’Aire Urbaine. L’indépendance de l’Algérie en 1962 entraîne l’ouverture en France de centres diplomatiques à travers tout le pays.
C’est dans ce contexte que le consulat fait l’objet d’une attaque par un engin artisanal. L’explosion ne fait pas de victimes et provoque des dégâts limités comme des vitres éclatées. La réaction algérienne ne se fait pas attendre. Alger fait part de protestations officielles auprès du ministère des affaires étrangères français. L’agence Algérie-Presse, reprise par d’autres médias, publie « Il ne fait pas de doute ‘que de tels’ attentats’ relèvent d’une manœuvre d’intimidation anti algérienne et de provocation d’inspiration raciste »
Pour autant, les rumeurs dans la presse française avance l’idée d’une attaque de la part des milieux maoïstes. Le Monde évoque la diffusion de tracts par ces militants d’ultra-gauche au sein de la communauté algérienne. Ces papiers auraient avancés l’idée que les Algériens sont éloignés des maoistes par un certain nombre d’institutions comme la mairie de Besançon et le consul de l’époque. Les milieux d’extrême-gauche sont historiquement des soutiens des émigrés algériens. C’est parmi ce bord politique que la cause indépendantiste algérienne a trouvé le plus de soutien en métropole. Après l’Indépendance, une partie de ces milieux ont continué à venir en aide aux immigrés. Ce soutien n’est pas toujours gratuit, il permet de trouver une assise populaire pour des courants politiques minoritaires.
Si le résultat de l’enquête policière n’est pas connu des archives en ligne, l’attaque de mars n’est pas la dernière tentative.
Six ans plus tard, la France est frappée depuis quelques temps par une série d’attaques à l’encontre des intérêts algériens. En 1973, au moins une quinzaine d’algériens sont assassinés en France suite à une affaire où un algérien souffrant d’un handicap mental a assassiné un chauffeur. Des mesures politiques en France et en Algérie renforcent un fossé grandissant entre une partie des Français et des émigrés. Des anciens de l’OAS et d’autres extrémistes, créent une organisation algérienne fictive et attaquent des intérêts algériens à partir de 1974. En 1976, c’est le tour de Besançon d’être touchée par cette opposition. Le samedi 21 février, le consul se promène dans les jardins de sa représentation, attenant à la rue de Belfort.
Là, il découvre, médusé, des pains de plastic reliés entre eux avec une mèche qui s’est arrêtée avant d’exploser. Comme l’avance le journal suisse l’Impartial, il est à supposer que les terroristes ont lancé le système en passant en voiture par la rue de Belfort. Il n’était en rien possible pour les auteurs de s’approcher du consulat qui était gardé par la police française pour éviter tout incident. Si cette attaque ne provoque pas de conséquences, elle n’est pas sans rappeler le climat entourant les années 70. Aucun auteur ne semble avoir été retrouvé. Bien que les regards de l’époque se tournent vers les partisans de l’ultra-droite, aucune preuve ne peut les incriminer directement.
Besançon est frappée par d’autres attentats ou tentatives de ce genre. La plus connue de ce genre est l’attaque du Palais de Justice . Le 9 mai 1970 à 22h00, la place du Huit septembre est secouée par une violente explosion1. Le Palais de justice de Besançon vient d’être la cible d’une attaque, à l’aide d’une bombe artisanale.

Photo Faille Mémoire Vive de Besançon
Les dégâts sont impressionnants mais limités : seuls le porche, les baies vitrées, et la salle des pas perdus sont sérieusement atteints. Si aucun blessé n’est à déplorer, un couple et son bébé ont échappé de peu à l’impact du dispositif. 
Là encore, l’incident fut un temps attribué à l’extrême-gauche, mais deux individus sont finalement arrêtés le 14 mai suivant grâce au relevé de leur plaque d’immatriculation. Il s’agit d’anciens militaires, l’un étant un ancien de l’OAS et l’autre membre de l’UDR.
La violence politique s’exprime de manière forte dans la ville de Proudhon quelque soit les idées des auteurs de ces méfaits. Les crispations sociales et morales d’alors se traduisent dans un engrenage que la France n’avait plus connue depuis la guerre d’Algérie.
Sources :
L’Express, 18 mars 1970, 23 février 1976
L’Impartial, 23 février 1976
Journal du Jura, 17 mars 1970
Le Monde, 18 mars 1970, 10 janvier et 24 février 1976
Est Rpéublicain du 6 avril 2021 Savez-vous que Besançon a été frappé d’un attentat en 1970 ?
Cohen, M. (2012) . Regroupement familial : l’exception algérienne (1962-1976) Plein droit, n° 95(4), 19-22. https://doi.org/10.3917/pld.095.0019.

