Lecture : Coups de coeur du confinement

Deux livres Coups de coeur du confinement à lire ou relire

coups de coeur de lecture

Pour cause de confinement, pas de réunion de lectrices ce mois, mais des comptes-rendus de lecture à suivre. Envoyez vos coups de coeur à chaprais@gmail.com

 

Le journal intime d’un arbre, de Didier Van Cauwelaert

Journal intime d'un arbre

Le narrateur est un poirier tricentenaire, dont le destin bascule suite à un mauvais coup de vent. Ses sensations ne tiennent plus que grâce à une racine qui le relie à la terre. L’auteur, en faisant parler un végétal, nous fait admettre qu’il existe une conscience de la nature. Celle qui permet aux mondes végétal et animal de communiquer.
Car ce poirier parle, se souvient, fait part de ses émotions et tremble quand sa vie est en danger. Il nous confie ses secrets les plus intimes, ses rencontres les plus marquantes, ses craintes les plus tenaces et légitimes.
Dans l’entourage de Tristan (c’est son nom donné par un de ses propriétaires) il y a eu en particulier une jeune fille au physique ingrat qui trouve aupès de lui une compensation à sa solitude. C’est la période la plus faste de l’arbre. Cette période où il se sentait indispensable où son rôle est majeur, où il protégeait cette jeune fille qui, sans lui, n’aurait pas vécu dans les mêmes conditions, ne se serait pas révélée.

Et puis Tristan a supporté les guerres de religion, la révolution française et l’affaire Dreyfus sans broncher. Il y a eu les rencontres d’un jour ou de nombreuses années tout aussi marquantes, tout aussi importantes. Celle avec le parachutiste anglais pendant la 2ème guerre mondiale, celle avec le médecin qui l’aima et fit des stylos dans le bois de ses branches ou les partages douloureux avec des compagnons d’infortune…

J’ai aimé ce livre pour le message qu’il transmet, par la façon dont l’histoire est contée. C’est beau, c’est simple, c’est agréable.
J’ai éprouvé une belle connexion, presque une affection pour Tristan, sans doute parce que le choix de l’auteur est de nous faire comprendre qu’un arbre n’est pas seulement décoratif : il est essentiel.

Extrait: «….végétaux et animaux ne perdent jamais ce qui est gravé dans leurs gènes, tandis que les humains ont tendance à devenir des machines qui pensent mais n’imaginent plus. Les quelques individus qui ont su me faire rêver durant ma vie, je leur dois ma longévité. Parce que l’intelligence, la poésie, l’humour sont des nutriments aussi nécessaires pour moi que les protéines du sol. Vos mauvaises ondes m’affaiblissent, vos bonnes vibrations me renforcent. Un arbre ne cherche pas que la lumière. Du moins, il la cherche partout»

Françoise

 

Peste et Choléra de Patrick Deville

Peste et choléra Patrick Deville

Comme lecture de confinement,  j’aurais  bien aimé lire La peste de Camus, mais je n’ai pas le livre dans ma bibliothèque.  Heureusement, j’ai  « Peste et Choléra » de Patrick Deville  que j’ai relu avec plaisir

Alexandre Yersin est né en 1843 en Suisse à Morges. Il étudie à Berlin, puis à  Paris. A Paris il rejoint   » la bande à Pasteur ».

Yersin est un savant « Touche à tout  » , il est médecin, chercheur, marin, explorateur, botaniste, cartographe.
C’est lui qui découvre le bacille de la peste en Inde lors d’une épidémie. Puis un peu plus tard, il met au point un vaccin dans son labo vietnamien de Nha Trang.

Yersin a parcouru la Terre, mais il s’est fixé au Vietnam,  et son autre point  d’ancrage est l’institut Pasteur.
Actuellement au Vietnam il y a trois Instituts Pasteur, à Saigon, à Hanoi,  à Nha Trang.

L’écriture de Patrick Deville fait des allers et retours : entre Yersin jeune et Yersin âgé,  entre la France et le Vietnam.

Le récit nous fait découvrir l’histoire des scientifiques pionniers : Albert Calmette (BCG), Emile Roux, on croise Louis Ferdinand Céline  qui a fait partie un temps de « la Bande à Pasteur » ;  on rencontre Paul Doumer.
Un clin d’oeil en direction de Ignace Semmelweis médecin hygiéniste hongrois  dont André Dussolier lit le texte de Céline à son propos sur France Culture.

Ce récit est foisonnant et je trouve qu’il est de circonstance.

Extrait :

« A l’époque de la marche à pied, du cheval, des chars à bœufs aux roues grinçantes et de la marine à voile, la peste avançait au pas et moissonnait devant elle. Vingt cinq millions de morts en Europe au quatorzième siècle. Les médecins en toge portaient des masques blancs à long bec, bourrés d’herbes aromatiques pour filtrer les miasmes. La terreur est proportionnelle à l’accélération des moyens de transport. La peste attendait la vapeur, l’électricité, le chemin de fer et les hauts navires à coque en fer . Devant la grande terreur en noir ce n’est plus la faux et son sifflement, c’est la pétarade au milieu des blés. Aucune thérapie. La peste est imprévisible et mortelle, contagieuse et irrationnelle. Elle sème la terreur et la mort, répand sur le monde le jus noir ou jaune des bubons qui percent sur les corps. La description médicale d’alors on peut aller la chercher dans le traité des maladies infectieuses du professeur Griesinger de l’université de Berlin que cite Mollaret, lequel mentionne que la peste survient dans « des populations misérables, ignorantes, malpropres, barbares au degré le plus incroyable »

Yersin est un inconnu de l’histoire,  l’ouvrage lui rend un bel hommage.

Marie France

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