Pour éviter l’ennui du confinement, pourquoi ne pas lire un bon livre ?

Parmi les romans primés, les « coups de coeur » de lecture des Chapraisiennes réunies le mercredi 11 mars 2020

Juste avant que le chapitre SOS virus ne nous confine dans un quotidien limité, huit lectrices se sont retrouvées le 11 mars pour échanger sur une dizaine d’ouvrages primés.

Réunion lecture 11 mars 2020

Nous avons accueilli Elisabeth, une nouvelle passionnée de lecture et nous espérons la revoir à une autre séance.

Berthe avait déclaré forfait pour raison de santé, mais avait apporté sa contribution en nous faisant parvenir un résumé personnalisé de son choix de livre.

Sujets variés, contrées dépaysantes, auteurs confirmés…Tout fut captivant et notamment la découverte de prix que nous ne connaissions pas vraiment.

Orange Prize, prix coups de coeur St Maur en Poche, prix du polar SNCF (?!!) et traditions obligent : Grand prix de l’académie française, Prix Nobel, Prix Goncourt et Goncourt lycéens, Panorama La Procure.

Bonne ambiance, bons ouvrages…. Que demander de plus ?

Coups de coeur de lecture 11 mars 20

Prochaine rencontre en principe le mercredi 6 mai à 16 h 15-16 h 30, lieu à définir.

Thème choisi pour la prochaine réunion  : La Rencontre (amicale, amoureuse, d’un enfant, d’un pays..)

 

Onze livres ont été présentés lors de cette rencontre, en voici cinq français (les auteurs étrangers feront l’objet d’un second article)
Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin, prix Goncourt 2001

JC Rufin Rouge Brésil

présenté par Françoise

L’auteur : Écrivain, médecin et diplomate, Jean-Christophe Rufin, de l’Académie française. Engagé dans l’humanitaire à Médecins sans frontières, il a mené de nombreuses missions en Afrique, en Amérique Latine, dans les Balkans en Europe, avant de devenir président d’Action contre la faim dont il est resté président l’honneur. Il est notamment l’auteur de Les Causes perdues, prix Interallié 1999, Rouge Brésil, prix Goncourt 2001, Globalia en 2006, Le Collier rouge en 2016. Auteur également de plusieurs essais, il a publié Check-point en 2015.

Le synopsis

Villegagnon, chevalier de Malte, est envoyé au Brésil en 1555 pour y installer une nouvelle France, et bâtir une place forte destinée à faire peur aux Portugais, déjà en place! (sous Henri II)
Il s’entoure alors de quelques personnes de bonne volonté de confession catholique mais aussi protestante; on recrute des débauchés, des brigands, des prisonniers et des enfants aussi qui serviront de «truchements», destinés à apprendre la langue des «sauvages», afin de devenir interprètes et intermédiaires avec les tribus indiennes. Just et sa sœur Colombe se trouvent embarqués de force dans l’aventure.
Après un voyage un peu laborieux, les flottes françaises débarquent dans la baie de Rio de Janeiro, appelée Guanabara par les indigènes et s’installent dans une petite île, proche de la côte continentale, où Villegagnon entreprend la construction du Fort-Coligny .
Le manque de tolérance et le fanatisme vont conduire à la perte de cette nouvelle colonie au profit des Portugais.

 

L’art de perdre d’Alice Zeniter, Prix Goncourt lycéens 2017

Zeniter L'art de perdre

présenté par Marie-France
Le roman doit son titre à la poétesse américaine Elizabeth Bishop.
Perdre quoi ? Son pays, ses racines, son identité. Mais la vie continue.

Naïma nous raconte l’histoire de sa famille à travers 3 générations : son grand-père Ali, son père Hamid et elle même.
Raconter cette saga est une entreprise ardue car tous veulent oublier cette Algérie si présente au sein du groupe (couleur de peau, cheveux, cuisine). On suit les pas de Naïma à la découverte de ce passé.
Tout d’abord celui d‘Ali dans le bled Kabyle, les relations avec la France coloniale, les relations entre les familles, les rivalités. Comment le FLN recrute les combattants.
Ali ne choisit pas, il attend, ce qui lui vaut l’exil et le départ pour la France en 1962, avec femme et enfant.
Là commence une vie difficile dans les camps, puis dans les cités ouvrières qui accueillent les Maghrébins. D’abord dans le Sud, puis en Normandie.
Hamid le fils ressent profondément l’exil, la honte de ses origines, il est mal dans sa peau d’ado Arabe dans les années 60 /70. Il est confronté au racisme ordinaire, son intégration est ratée malgré son mariage et son boulot à la Sécu.
Naïma à son tour nous parle d’elle: de son choix d’études inutiles (histoire de l’Art).
C’est une femme libérée mais qui hérite des peurs ancestrales.
Elle finit par être embauchée dans une galerie parisienne ; son patron l’envoie en Algérie sur les traces d’un artiste Kabyle. C’est le voyage tant espéré (en exergue on peut lire le poème d’Apollinaire : Ulysse).
On peut qualifier ce roman volumineux (500 pages) de fresque historique des relations Franco-Algériennes. Il se lit facilement, l’écriture est fluide. C’est une histoire que j’ai découverte car je ne savais rien des Harkis à part qu’ils veulent être reconnus, c’est ce que j’entends parfois à la radio.

 

Deux livres  de Patrick Modiano, prix Nobel 2014 pour l’ensemble de son œuvre.

présentés par Danièle

Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, pour copier Verlaine, c’est le sentiment que j’ai quand je lis un nouveau roman de Modiano.

Souvenirs dormants

Modiano Souvenirs dormants

Roman composé de récits de rencontres avec des femmes qui ont jalonné son enfance jusqu’à sa vie d’adulte. Méditation sur le flou de la mémoire, sur un monde qui a disparu.
Déambulation dans un Paris ancien, l’univers de Modiano.
Encre sympathique

Modiano Encre sympathique
Comme les autres romans, mais cette fois, quelque chose de différent.
Encre sympathique, encre qui, incolore quand on l’emploie, noircit à l’action d’une substance déterminée, nous dit Modiano. «  Si vous avez des trous de mémoire, tous les détails de votre vie sont écrits quelque part à l’encre sympathique »
Même déambulation, des rencontres, des souvenirs comme des flashes ravivés par une rencontre, une vision, une impression, mêmes hésitations.
Une enquête qui est aussi une quête de soi.
J’apprécie aussi beaucoup son humour au sujet de la relation auteur-narrateur :
« Déjà 100 pages ! » p 101
«  Si je continue d’écrire ce livre… » « Mais c’est un véritable roman ! » p 128
Ce qui est différent :
Je ne me souviens pas d’avoir lu un de ses romans où il y avait 2 « Je », et, de plus, l’autre « Je » est une femme qui est en même temps l’objet de son enquête.
Les autres me laissaient un sentiment d’inachevé, propice à la réflexion, à la rêverie, au retour sur soi. Ici, l’enquête est bouclée, les mystères éclaircis.
Et pourtant, le passé ne cesse de se dérober. Est-ce la condition de la survie de l’écrivain ?
«  J’ai peur qu’une fois que vous avez toutes les réponses, votre vie se referme sur vous comme un piège, dans le bruit que font les clés des cellules de prison. Ne serait-il pas préférable de laisser autour de soi des terrains vagues où l’on puisse s’échapper »

Civilizations de Laurent Binet, Grand prix de l’académie française 2019

Civilizations Laurent Binet

présenté par Sandrine

Il s’agit d’une uchronie, c’est à dire d’un roman qui réécrit l’histoire en modifiant un événement. Ici, Laurent Binet imagine que les Vikings ont découvert l’Amérique au Xème siècle et font découvrir aux indigènes qui y vivent le fer et le cheval. Avec ces découvertes, ils sont capables de tenir tête à Christophe Colomb en 1492, puis envahissent l’Europe en 1531.
J’aime beaucoup les uchronies et je trouve celle ci assez réussie, même si je suis bien en peine de dire si les théories exposées par l’auteur sont crédibles ou non. Il y a un certain suspense et une envie de découvrir comment certains grands événements de l’Histoire se trouvent revisités, mais aussi une réflexion intéressante sur les rapports de force entre civilisations, la tolérance religieuse…

A suivre …

• Si tout va mieux, la date de la prochaine rencontre est fixée au mercredi 6 mai 2020 à 16 h 15 (pour celles qui peuvent). Sinon 16 h 30… Lieu à définir.

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