Histoire des Chaprais au XIX °: d’un hameau maraîcher à un quartier urbain (1)

Mars 2013 : Merci à M Fabrice Petetin de nous avoir permis de publier des extraits de son mémoire de maîtrise (2001)

Histoire des Chaprais au XIXème siècle :
Transformation d’un hameau maraîcher en quartier urbain

Première partie : Physionomie des Chaprais à la fin du XVIII ° siècle et au début du XIX °:

L’origine et la situation géographique
Le toponyme Chaprais désigne depuis le Moyen Age un territoire compris entre le mont Bregille et la colline de la Viotte. Parmi les hameaux dispersés dans cet espace l’un d’eux a pris le nom du lieu. Ainsi au XIXème siècle le mot Chaprais recouvrait deux réalités différentes : un vaste espace rural et un hameau. Sur les pentes de Bregille s’accrochaient bois et vignes. Sur la colline de la Viotte, moins accentuée, les vignerons avaient laissé une place aux pâturages où paissaient de petits troupeaux de vaches et de moutons. L’espace des Chaprais était alors un vaste territoire agricole. La vigne, jadis prédominante, laissait de plus en plus de place aux jardins, notamment à proximité du ruisseau en raison des facilités d’irrigation. Tandis que la polyculture traditionnelle, apportait au tableau une touche de céréales et de vertes prairies.

Les Chaprais sur le plan relief de 1722

Extrait du plan en relief de Besançon datant de 1722
A l’extrême Nord du territoire, une route nationale rappelait la présence toute proche de la ville. C’est pour s’y rendre que circulaient dans ce coin de campagne, de lourds chariots de marchandises, des diligences ou de simples marcheurs. Certains contrariés par les heures d’ouverture et de fermeture des portes de la ville, s’arrêtaient passer la nuit, dans les auberges. Au cours du temps s’étaient ajoutées à celle-ci une dizaine de maisons, dont certaines arboraient l’enseigne d’un atelier ou d’une boutique. En contre bas, disséminées au milieu des terres agricoles, d’autres bâtisses plus ou moins regroupées en hameau.
Au creux de la vallée coule le ruisseau de Fontaine Argent. Son eau claire largement canalisée offre aux maraîchers l’irrigation dont ils ont besoin. Arrivé aux abords du Doubs, le petit cours d’eau se perd dans le marais de « l’île aux Moineaux ». Entre la rivière et la terre, se trouve ce petit territoire, royaume des joncs, parsemé de saules et de peupliers, peuplé de toutes sortes de volatiles. Plus que le fleuve, ce coin de nature sauvage, symbolise, pour les Bisontins, la rupture entre le monde urbain, et celui de la campagne.

Plan de Besançon en 1786
Sur ce  » plan de la Citadelle et de la ville » établi en 1786, on ne distingue guère d’habitations aux Chaprais

 Les 3 hameaux

A la fin du XVIIIème siècle, on compte trois hameaux principaux sur le territoire des Chaprais : la Route de Baume, la Mouillère, et les Chaprais. Chacun ayant une histoire particulière.
Tout d’abord, la Route de Baume un hameau rue, qui s’étale le long de la Route Royale de Lyon à Strasbourg (notre R.N. 83). D’après le Bulletin de la Société Syndicale pour l’amélioration des Chaprais, il serait à l’origine du quartier. Tout serait parti de : « deux auberges très achalandées dont l’une avait pour enseigne ; « A la Cloche » et l’autre ; « Au Grand Saint Denis ». Ces deux hôtelleries, fréquentées par le roulage, ont été comme un premier noyau autour duquel quelques maisons d’artisans se sont peu à peu agglomérées. […] Comme les portes de la ville, fermées à onze heures du soir, ne s’ouvraient qu’à quatre heures du matin en toutes saisons, les rouliers, une fois leur chargement terminé, préféraient coucher en dehors des murs, afin de pouvoir se mettre en route dès l’aube » . En terme humain, c’est un hameau important, recensé indépendamment des autres dès 1794. A cette époque on compte 110 habitants, soit 37% de la population totale des Chaprais.
Le second hameau, beaucoup plus petit, est né d’un moulin installé sur le ruisseau de la Mouillère, auquel il doit son nom. C’est l’emplacement d’une brasserie dont l’annuaire statistique du Doubs de 1812 nous dit qu’elle est la « plus considérable du département ». Par extension, la Mouillère désigne l’ensemble du territoire situé le long du Doubs et au pied de Bregille. Ce n’est qu’en 1851 qu’il est recensé individuellement exception faite de 1836 où il compte à peine 57 habitants ce qui représente moins de 9% de l’ensemble.
Le dernier, les Chaprais, est un ensemble de fermes plus ou moins isolées et de villas de campagne pour riches bisontins comme celle que l’on peut encore voir à l’angle de la rue de la Cassotte et de celle des Deux Princesses. Ce hameau est constitué de plusieurs lieux-dits. Le principal, la « Cloche » se trouve au croisement des futures rues de la Cassotte et des Deux Princesses. Un peu plus loin, un autre groupe de maisons se situe au Sud de la rue des Deux Princesses, le long de l’actuelle rue de la Cassotte.

Maison rue des Deux princesses

Au Pater (le long de la future rue du même nom) se situe le dernier ensemble, et le plus petit, à peine trois bâtisses. D’autres maisons sont dispersées ci et là. Ce hameau doit son expansion au développement de la culture maraîchère à la fin du XVIII ème siècle. Le vallon de Fontaine Argent, avec son ruisseau qui ne tarit jamais et ces pentes douces bien orientées, constituait un terrain idéal pour ce type de cultures. C’est ainsi que les jardins ont petit à petit remplacé les céréales et surtout le vignoble. Mais à la différence de ce dernier, le jardinage exige une attention de tous les instants. Il n’était donc plus possible de vivre loin des Chaprais derrière, les remparts, il a fallu s’installer à proximité des cultures. En 1794 on compte 184 habitants (y compris les vingt ou trente d’habitants de la Mouillère) soit 63 % de la population totale.

Les difficultés de déplacement

Le lieu est traversé par une importante route nationale. Mais celle-ci n’est pas conçue pour relier les Chaprais à Besançon. Prenons le cas de La Mouillère, elle se trouve à l’angle des rives du Doubs et des remparts de Battant, soit à quelques mètres de la ville. Mais les remparts obligent les habitants à un long détour pour passer par la porte Battant. Tous les chapraisiens subissent les contraintes des fortifications. Nous estimons qu’il y avait au minimum un kilomètre entre les Chaprais et la place du Marché (actuellement place de la Révolution) alors que de nos jours grâce au pont Denfert Rochereau, il n’y a seulement que 400 mètres (600 si l’on passe par le pont de la République construit en 1838). L’écart est d’autant plus important lorsqu’il est parcouru par un maraîcher se rendant au marché à pied en tirant sa jardinière (charrette à deux roues) pleine de légumes.
Mais le métrage ne suffit pas à expliquer l’impression de séparation qui existe entre la ville et les Chaprais. La différence est d’abord dans les représentations. Prenons par exemple la Mouillère, bien que située dans la continuité de la ville elle en est exclue. Au premier abord on peut dire que c’est dû à son emplacement, au-delà du Doubs et des remparts. Mais dans ce cas, elle aurait pu être le troisième faubourg de la ville avec Rivotte et Tarragnoz. Mais c’est la nécessité de traverser une zone rurale pour parvenir à la porte Battant qui lui fait perdre tout espoir de parvenir au statut de faubourg bisontin.
Bien sûr comme tous les habitants de la banlieue (y compris ceux des faubourgs), les chapraisiens désireux de se rendre en ville doivent se plier au rythme d’ouverture et de fermeture des portes.
Il serait toute fois réducteur de dire que la porte Battant était un passage obligé entre le hameau et son centre. Il existait une autre possibilité : la passerelle Bregille. Mais plus éloignée et moins facile d’utilisation que la porte Battant, cette possibilité n’est que très peu utilisée par les habitants des Chaprais, le Bulletin de la Société Syndicale pour l’amélioration des Chaprais, nous dit qu’elle « ne servait guère qu’aux gens de ce hameau [Bregille] et à quelques vignerons de Saint Jean et de Saint Paul [quartiers du centre ville] »

Traverser les Chaprais est plus difficile que de rejoindre la ville. Pour désigner les voies de communications internes au territoire, le Bulletin de la Société Syndicale pour l’amélioration des Chaprais parle de « petits chemins » et même de « passage étroit ». L’étude du cadastre confirme cette vision. Mais la variation de largeur des chemins est le meilleur révélateur de leur nature rurale. Ils n’ont pas été à proprement parlé tracés par quelqu’un, ils sont le fruit de l’exploitation du sol.
Comme on peut l’imaginer, dans ces conditions personne, mise à par les utilisateurs, ne se préoccupe de leur entretien. C’est ainsi qu’un riverain peu respectueux, a pu entreposer sur le chemin de Bregille aux Chaprais un tas de fumier. Bien qu’il s’agisse d’un chemin communal, la municipalité ne semblait pas vouloir rappeler à l’ordre le contrevenant. Marquant ainsi son désintérêt pour les communications internes à la banlieue. Mais ce laisser-aller finit par choquer la préfecture qui par une lettre datée du huit mars 1817 rappela la mairie à ses obligations

Les Chaprais vers 1875
Vers 1875, les Chaprais ont conservé un aspect rural avec beaucoup de jardins

NB Les illustrations ne figuraient pas dans le mémoire.

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