Portrait : Chantal et René Chevillard

Portrait n° 16  d’après l’interview  réalisée en août 2008 et republié en septembre 2014

Chantal et René Chevilalrd

Etes-vous originaires de la région ? Oui René est né à Battant, et moi (Chantal) dans un village du Doubs

Depuis quand êtes-vous dans le quartier des Chaprais ? Depuis notre mariage, cela va bientôt faire 40 ans que nous habitons rue de la Rotonde.

René et Chantal Chevillard
Qu’est-ce qui a changé depuis quarante ans ?
Beaucoup de choses. A l’époque, il y avait déjà beaucoup de commerces dans le quartier, mais pas de grandes surfaces. Il y avait de nombreuses épiceries, des merceries, des marchands de chaussures et de vêtements qui ont disparu et ont été remplacés par des banques ou des agences immobilières. Il y avait beaucoup moins de circulation et pourtant la rue de la Rotonde était animée. Il y avait beaucoup d’artisans et d’ateliers : Hugenschmitt rue de Belfort, une entreprise de maintenance de camions diesel, un marchand de cheminées, à la place de l’Athos (les propriétaires, la famille Bloch habitaient la maison classée du Château rose. Dans la rue du Château rose, il y avait l’usine de dragées Jacquemin, Viret Blondeau, un garage automobile etc… Cette rue était bien connue des italiens de Besançon, puisqu’elle hébergeait aussi la « Mission italienne ». Dans la rue de la Rotonde, il y avait des jardins et des parcs sur la gauche en montant. La propriétaire, Madame Friez, d’une famille d’horlogers, très attachée à son parc et à ses arbres, avait juré que de son vivant, jamais on ne les abattrait ! Mais dès son décès, ses héritiers ont vendu la propriété qui est devenue l’immeuble « Le Pierre Louis». Aupravant, un autre jardin, avait été remplacé par l’immeuble « Le Château rose». Bref, les espaces verts et les activités disparaissaient au profit des immeubles. Quelques réalisations ont évité l’uniformité des grands immeubles et n’ont pas dénaturé le site, par exemple, l’ancienne usine d’horlogerie Miserez, celle de sièges rue Suard, l’ancienne mission italienne, le dépôt vente Tordjman qui attirait beaucoup de monde a été remplacé par deux logements occupés par des commerçants du quartier. Il y avait aussi des artistes rue de la Rotonde : M Seurre, un maître verrier, puis un sculpteur, Jens Boettcher, créateur du célèbre Minotaure.
Qu’appréciez-vous le plus dans le quartier ?
On peut encore vivre en permanence dans le quartier. Nous privilégions autant que possible, les commerçants du quartier. Ce que j’aime, c’est sortir chaque jour et pouvoir rencontrer des gens au lieu de bloquer les courses en une seule fois, comme une corvée dans un centre commercial de périphérie. C’est comme ça que tout le monde, ou presque, me connaît dans le quartier et que je connais tant de monde !
39 rue de Belfort épicerie fine Martin Muller
Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?
Bien sûr, la préservation des espaces verts et l’entretien des trottoirs. Je me souviens qu’à l’époque, l’employé de la voirie passait 2 fois par jour avec son balai dans les rues du quartier. Sans faire d’anti-modernisme, il faut reconnaître que les trottoirs étaient mieux praticables.

Quels ont été vos parcours professionnels ?
René a fait l’école d’horlogerie pour se spécialiser dans la mécanique de précision et se faire embaucher à la Compagnie des Compteurs (en face le lycée). Il a travaillé ensuite comme dessinateur au service navigation des Ponts et Chaussées, puis dans un important cabinet d’architecte et enfin dans un service de gestion immobilière.
Moi, après l’école primaire au Valdahon, j’ai suivi les cours Chartier de sténodactylo.

Lire les souvenirs de Chantal Chevillard sur l’école Saint-Vincent

Embauchée chez un horloger, j’ai suivi des cours du soir pour passer mon CAP et apprendre les langues (particulièrement l’espagnol). Après un congé parental prolongé, j’ai repris le secrétariat jusqu’en 1998.
Cela fait 10 ans que vous avez créé l’association de Défense Chaprais Rotonde, pour quelle raison à l’origine ?
Nous étions sensibilisés par les constructions qui bouleversaient le quartier, et lorsque nous avons observé des relevés de géomètre sous nos fenêtres et appris qu’un petit terrain enclavé allait être vendu, nous avons informé les voisins et provoqué une première réunion d’une quarantaine de personnes.

chantalcolette
Comment avez-vous réussi à maintenir et développer une action collective face au défaitisme et à l’individualisme si fréquents ?
D’emblée, l’écho a été favorable. Nous avons créé une association pour défendre nos droits, simplement. Au total, depuis 10 ans, 174 personnes ont adhéré à notre association, des propriétaires et des locataires. Bien sûr, certains ont déménagé, d’autres sont décédés, mais la relève est assurée puisque nous sommes actuellement 109 adhérents. L’action a été efficace, sans elle, nous aurions du subir un immeuble de 19 m 45 de hauteur sur 10 ares de terrain. Entre temps, nous avons élargi le champ de nos préoccupations ce qui a permis à de nombreuses personnes de se rencontrer et de participer à la défense du cadre de vie dans l’ensemble du quartier, en relation avec la mairie. Chacun a pu contribuer avec ses moyens et ses capacités. Il est certain que René a apporté son expérience technique, d’autres leur temps libre etc…
Quelles sont vos autres activités ?
Nous pratiquons régulièrement le chant choral dans le cadre d’un club de Roche-lez-Beaupré et à des week end chantant à Levier.

Guy Pothier et sa chorale des Chaprais

René et Chantal chantent avec Guy Pothier

Nous pratiquons tous les jours la marche à pied. Nous avons arpenté toutes les rues du quartier et celles de la plupart des quartiers de la ville. Nous sommes des adeptes des balades dans les collines de Besançon. Nous marchons à notre rythme. Notre record, c’est un aller retour à la double écluse (30 km). Nous avons apprécié le balisage des sentiers qu’on pratiquait déjà.
René est un collectionneur, non seulement, il archive toutes les informations sur le quartier mais se passionne aussi pour l’archéologie : il collectionne les fossiles. Il dessine et peint. Moi, je suis assez à l’aise dans les langues, particulièrement la littérature espagnole après avoir eu comme voisins des immigrés de Malaga. Nous avons le chic pour rencontrer des étrangers et sympathiser avec eux. Nous avons accueilli des personnes d’Equateur, d’Afrique, de Turquie etc et continuons à correspondre avec eux.
Chantal et René Chevillard

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