Un poème de Jean-Luc Andreoletti pour 2 tableaux : de Roland Gaudillière et de Jean-Claude Bourgeois

 Roland Gaudillière et Jean-Claude Bourgeois ont toux deux habités aux Chaprais. Ils sont tous deux décédés. Jean-Luc Andreoletti est lui, bien vivant et habite rue des Jardins. Il a publié récemment, avec Jean-Bernard Emonin, aux éditions de l’Harmattan « A l’ombre des jardins d’Alkinoos ». 

CROYANCES

 

J’ai cru au silence du matin et au café fumant

Photo d'un tableau de Roland Gaudillière intitulé "L'enterrement dans le haut Doubs".

L’enterrement dans le haut Doubs de Roland Gaudillière

aux regards poisseux des nuits agitées, aux vérités de la veille

J’ai cru à la parole emprisonnée par les regards des amants

aux cicatrices béantes des souvenirs qui émerveillent

 

J’ai cru à l’odeur des jours et à la chaleur des forêts

aux eaux saumâtres des fleuves de mes peines

J’ai cru aux gestes de l’enfant désarmé et inquiet

à l’obsédante ambiguïté de toute condition humaine

 

J’ai cru aux réponses au-delà de toutes questions

en deçà de toute interrogation, de tout désir

J’ai cru aux limites voilées d’un nouvel l’horizon

aux rives dissimulées qui inquiètent et attirent

 

J’ai cru aux clés qui ouvrent les portes d’un jouir sans fin

aux sentiments obscurs, aux caprices curieux

J’ai cru au vol calculé des oiseaux et à l’appel du chemin

à l’effervescence des derniers crépitements du feu

 

J’ai cru aux résurgences et aux souterrains secrets

Photo d'un tableau de Jean-Claude Borgeois

Tableau de Jean-Claude Bourgeois

à la naïveté illégitime d’un nouveau mystère

J’ai cru aux torrents qui polissent les galets

aux faux semblants nocturnes, à l’absence passagère

 

J’ai cru à l’ombre et au repos de la mémoire

aux reflets du miroir, aux étreintes posthumes

J’ai cru à la pierre qui jalonne les routes du soir

Aux aurores silencieuses dans l’agonie des brumes

 

J’ai cru aux regards invisibles et aux doutes du geste

aux tempêtes à venir, à la douleur du chagrin

J’ai cru aux espaces vierges et au vent d’ouest

à la honte muette face à l’insolence du destin

 

J’ai cru aux caresses, aux sourires et aux épithètes,

à l’instant particulier où naît le rayon vert

J’ai cru aux chimères et aux dragons à deux têtes

aux rencontres inconnues, aux regrets qu’on enterre

 

J’ai cru à la prudence des esprits et à l’harmonie des corps

au sourire de la victoire et au goût de la paix

J’ai cru aux ratures du passé et à l’envers du décor

à la clandestinité des signes et à la valeur du respect

 

J’ai cru aux discours enflammés et aux soliloques du sage

au pardon donné après des soirs d’inquiétude

J’ai cru à l’insignifiance de l’absence, à la sagesse de l’âge

aux arrogantes coïncidences malgré les incertitudes

 

J’ai cru à l’audace des mots et aux folles hésitations

au hasard d’une rencontre ou à sa nécessité première

J’ai cru à l’impossible et téméraire volonté des passions

à la tendresse capable de vaincre les frontières

 

J’ai cru à la perfection volée aux portes de l’éternité

Photo de couverture du recueil de poésie de Jean-Luc Andreoletti et Jean Bernard Emonin

 

 

Photo du poète Jean-Luc Andreoletti

Jean-Luc Andreoletti