La reconstruction de la gare Viotte dans les années 60

Il y a 60 ans, lors du dernier conseil municipal de l’année, le 18 décembre 1959, était inscrite à l’ordre du jour la question de l’aménagement      des abords de la gare Viotte. Car le maire de notre ville, alors Jean Minjoz, annonçait alors que les travaux de reconstruction de la gare seraient effectifs l’année suivante : il en avait reçu l’assurance, au printemps 1959, du PDG de la SNCF et ce, par écrit, et du ministre des travaux publics et des transports,  Robert BURON ( 1910-1973 ; il fut ministre des TP, des Transports et du Tourisme de 1958 à 1962).

Rappelons également que M. Jean Minjoz (1904-1987) fut maire de Besançon de 1945 à 1947, puis de 1953 à 1977.

Jean Minjoz maire

 Jean Minjoz

Cette reconstruction était rendue nécessaire après le bombardement de cette gare par l’aviation britannique dans la nuit du 15 au 16 juillet 1943 : les bâtiments avaient alors été détruits par l’incendie provoqué. Et si le trafic ferroviaire fut peu perturbé, il fallut implanter des baraquements provisoires.

Gare Viotte bombardée photo René Lacombe

 La gare Viotte au lendemain du bombardement

vue aérienne de la gare Viotte provisoire

On aperçoit en bas, à gauche, les toits des installations provisoires

Car la gare Viotte, avait été construite en bois, et ce, pour des impératifs militaires : elle devait pouvoir être rapidement détruite en cas d’invasion étrangère. Le plan en avait été réalisé par l’architecte A. Ducas ( qui devait réaliser par la suite la gare de la Mouillère, détruite depuis mais aussi celles qui existent toujours à Dole et à Auxonne). Elle était entrée en service lors de la première liaison ferroviaire Dole-Besançon le 7 avril 1856. Remarquons au passage que les gares en bois ne furent pas nombreuses. Une autre fut construite avec de la brique et du bois, en 1862 à Abbeville.

gare Viotte de 1855

gare en bois d'Abbeville

La gare d’Abbeville

Et il faudra attendre…2007 pour qu’une nouvelle gare en bois (avec des essences différentes d’épicéa, de pin, de chêne) soit construite de nouveau pour le TGV à Meuse Bois sacré (architecte, M. Jean-Marie Duthilleul qui est aussi le concepteur de la gare Besançon Franche-Comté TGV en 2011).

gare TGV Meuse en bois

Gare TGV Meuse Bois Sacré

Revenons à ce conseil municipal de la fin de l’année 1959. Jean Minjoz avait, à cette occasion, rappelé les nombreux efforts qu’il avait déployés pour cette reconstruction, et ce dès sa réélection comme maire en 1953. Et il confiait alors que le ministre des travaux publics et des transports M. Bonnefous, dans un courrier en date du 8 octobre 1957 lui avait répondu « …que la reconstruction pourrait être entreprise dès maintenant si la ville de Besançon consentait l’avance dont elle serait remboursée par paiements échelonnés sur les crédits qui lui seraient ultérieurement alloués. Bien entendu il ne pouvait être question pour la ville qui avait déjà bien du mal à contracter des emprunts pour les travaux lui incombant d’avancer de l’argent à une entreprise nationale comme la SNCF »….

Une rumeur circulait alors en ville, propagée par les adversaires politiques de Jean Minjoz, reprise au moment de la campagne électorale par un journal local : afin de faire plaisir à un de ses amis politiques, maire d’une grande ville du Nord (en l’occurrence Guy Mollet, maire d’Arras) le maire de Besançon aurait laissé enlever les crédits prévus pour la gare de Besançon au profit d’Arras. Il semble que cette rumeur ait persisté un certain temps puisque lors de l’inauguration officielle de la gare, le… 28 septembre 1963, Jean Minjoz tient à tordre le cou définitivement à cette rumeur !

gare Viotte inauguration

Inauguration de la gare Viotte

1963 inauguration gare

Les travaux de reconstruction et d’aménagement de la gare s’étalèrent donc de 1960 à 1963 : il fallut pour cela revoir les installations techniques de la gare, construire un passage souterrain conduisant aux 3 voies alors en service, aménager l’esplanade en coupant des arbres, etc.

Viotte arbres abattus

Mars 1960 abattage des arbres devant la gare

souterrain gare Viotte en 61

Travaux passage souterrain janvier 1961

Gare Viotte en 1962

Gare Viotte en reconstruction 1962

guichets gare Viotte en 62

Intérieur provisoire de la gare Viotte en novembre 1962

Notons que le coût des travaux concernant la reconstruction de la gare proprement dite fut pris en charge par la SNCF ainsi que 70% des frais d’aménagement de l’esplanade. L’architecte de cette nouvelle gare est Louis Madeline qui n’en verra pas la réalisation finale puisqu’il meurt en 1962.

Dernier avatar de l’époque concernant cette gare : la tour de l’horloge n’offrait, lors de son inauguration, qu’une seule horloge sur une face ! Le Maire ne manque pas de signaler cette incongruité car, dans la capitale de l’horlogerie d’alors, cela faisait mauvais genre. Aussi dès le conseil municipal du 25 octobre 1963, ce problème est résolu : l’heure pourra se lire sur les 4 faces de la tour grâce à une prise en charge financière à hauteur de 20 000 F par la SNCF, 10 000 F par la Chambre de commerce et d’industrie et une somme équivalente par la ville…

La tour de la gare, à la fin de l’année 1963, avec une seule horloge

Gare Viotte avec horloge

La tour de la gare et ses 4 horloges

Bien sûr, la gare devait, par la suite, connaître d’autres aménagements, en particulier lors de l’arrivée du tram. Ce n’était donc pas la fin de l’histoire….

Sources : archives municipales, Est Républicain, site Mémoirevive ville de Besançon pour les photos de B. Faille des années 60 et vieille carte postale.