Coups de coeur de lecture Spécial polar !

Compte-rendu de la Rencontre Coups de cœur de lecture du mercredi 29 mai 2019

Cinq lectrices ont répondu présentes à cette réunion à la veille de l’Ascension. Bien qu’un peu réduit le groupe a présenté des livres de qualité dont quelques policiers qui étaient le thème du jour.

coups coeur-polars
Cette littérature semble assez représentative de la société dans laquelle se déroulent les actes criminels et connaît un grand succès au long des années. Elle décrit ou dénonce de nombreuses situations: politiques, sociales, environnementales, économiques…

«Polar, histoire d’un genre; qui dit polar dit police !
On considère donc que la premier ouvrage de référence « officiel » en matière de roman policier est Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe, en 1847. Dans ce livre, Auguste Dupin enquête sur le meurtre de Dame L’Espanaye, tuée dans une chambre fermée de l’intérieur…

L’apparition du mot « polar »
Le terme « polar » est quant à lui apparu en France dans les années 1970. C’est une expression argotique qui est utilisée au départ pour désigner le genre cinématographique policier, puis par extension un roman policier. La littérature a d’ailleurs repris presque exclusivement à son compte ce terme, puisqu’on parle de moins en moins d’un film policier comme d’un polar.»

Voici les livres présentés le 29 mai

Katherine :

La mort du Khazar rouge de Shlomo Sand

Qui a tué l’éminent professeur d’histoire Yitzhak Litvak, de l’université de Tel Aviv ?
C’est la question à laquelle tente de répondre le commissaire Émile Morkus, un des rares hauts gradés arabes de la police israélienne. Mais quelle piste suivre ? Célibataire sans enfant, Litvak semblait vivre seul, surtout préoccupé de l’avancée de ses travaux. Celle d’une mauvaise rencontre ? D’un étudiant voulant se venger d’un échec quelconque ? Ou celle d’un règlement de comptes entre ces universitaires qui, comme dans toutes les facultés du monde, se détestent cordialement ?

L’affaire prend une autre tournure quand le frère jumeau de Litvak est à son tour assassiné, et que certains services israéliens travaillent ostensiblement à étouffer l’affaire.

Shlomo Sand, lui-même professeur (émérite) d’histoire à l’université de Tel Aviv, nous régale dans ce premier roman policier à mettre en scène les débats qui déchirent la culture politique israélienne, la paranoïa et l’incapacité des services de sécurité et, surtout, la force aveugle d’un récit biblique sur les origines de l’État hébreu auquel il est dangereux de toucher.

mort du khazar

Notes de Katherine : Roman policier israélien publié en 2019

Shlomo Sand n’est pas du tout un auteur de romans, mais un historien, professeur à l’Université de Tel Aviv, dont les travaux ont souvent été l’objet de polémiques, dans son pays et à l’extérieur.

Le roman présente deux grandes parties, la première intitulée » Tel Aviv- Jaffa 1987″ et l’autre » Tel Aviv -Jaffa 2007″. En effet, l’énigme policière développée dans la première époque ne sera complètement élucidée que vingt ans plus tard.

L’action commence avec la découverte d’un meurtre, celui du professeur Yitzhak Litvak de l’Université de Tel Aviv, meurtre mis en scène de façon particulièrement sanglante. Quelques caractéristiques de la victime, très disparates, vont intervenir par la suite dans la difficile élucidation de l’affaire : il s’agit d’un homosexuel, il est roux*, il a un frère jumeau et surtout c’est un érudit qui a beaucoup étudié l’histoire du judaïsme et a publié un livre intitulé  » L’Empire khazar, du VIII au XIII siècle ». Sa thèse développe l’idée que les Juifs sont en grande partie, non pas les descendants de la Palestine de l’Antiquité, mais les descendants de populations européennes judaïsées au cours des siècles, une thèse qui évidemment remet en cause l’idée que les Juifs auraient une sorte de droit au retour dans leur patrie d’origine.

L’affaire ne se limitera pas à au meurtre de Litvak, disparaîtront aussi son frère jumeau et Avivit Schneller, une étudiante sérieusement violentée avant d’être assassinée.

Les inspecteurs qui mènent l’enquête forment une sorte de couple antagonique : l’inspecteur Morkus, la cinquantaine en 1987, un Arabe chrétien de Jaffa, laïc et rationaliste, taciturne et son adjoint Shimon Ohayon, juif bon vivant et aimant la plaisanterie. Un autre personnage important est Gallia Shapira, une professeure assistante ayant travaillé avec Litvak et très admirative de son œuvre. Elle va beaucoup s’impliquer dans l’enquête, et parfois au péril de sa vie et elle poursuivra les recherches dans lesquelles Litvak s’était investi

Le rapport entre les différents meurtres ne semble pas d’emblée évident, d’autant plus que les enquêteurs sont face à des personnages qui leur mettent des bâtons dans les roues. En effet des membres des services secrets israéliens cherchent à étouffer l’affaire, à dissocier les différents meurtres et vont jusqu’à « découvrir » et faire condamner un pseudo-assassin pour l’un des meurtres. Par ailleurs Morkus et Gallina ont affaire à certains universitaires pas très propres qui intriguent pour brouiller les pistes. On sent là évidemment que Shlomo Sand règle ses comptes…

On peut se demander s’il s’agit d’un bon roman policier. Peut-être pas. On ne peut pas dire qu’on soit tenu en haleine tout au long des 400 pages. L’intrigue est un peu filandreuse : de longs passages sur les embrouilles des services secrets ou sur les intrigues et les rivalités de la communauté universitaire, de plus, certains points non élucidés par les enquêteurs le sont directement par le narrateur à la fin du récit. Encore une fois, l’intérêt de ce livre tient surtout à l’illustration sous forme de roman des idées de l’historien et du citoyen Shlomo Sand.

Passage intéressant à lire : p. 254-56

*Je ne connais pas le titre du roman en israélien, mais je me demande si ce n’est pas plutôt  » La Mort du Khazar roux »?

 

Marie-France :

Dites lui que je l’aime de Clémentine Autain

Clémentine Autin Dites lui que je l'aime

« L’autre jour, ma fille m’a demandé si on pourrait te voir quand tu ne seras plus morte. Elle est encore petite, tu sais, alors elle a insisté – et pourquoi ton coeur s’est arrêté, et pourquoi tu es morte dans ta salle de bain… Mourir à 33 ans, elle ne comprend pas, et elle a peut-être senti dans ma réponse mon aversion à parler de toi, à penser à toi. J’avais tout emmuré mais te revoilà sans cesse? » Il aura fallu trente ans pour que Clémentine Autain écrive sur sa mère, la comédienne Dominique Laffin, morte en 1985. Clémentine en avait 12 et déjà un long et douloureux chemin avec cette mère en souffrance, égarée, incapable de prendre soin de sa fille. Clémentine Autain s’est construite en fermant la porte aux souvenirs, en opposition avec cette mère dont, petite fille, elle avait parfois dû s’occuper comme d’un enfant.

Aujourd’hui, elle n’occulte rien, dit avec justesse le parcours tragique d’une femme radieuse et brûlée, passionnée de vie, actrice magistrale, féministe engagée mais dévorée par ses angoisses et prise au piège d’une liberté dangereuse.

Dites-lui que je l’aime  : dans ce récit poignant dont le titre rappelle le film éponyme, Clémentine Autain rend justice à une figure oubliée des uns, culte pour les autres. Elle retrouve ce qu’elle lui doit, son féminisme, sa propre maternité peut-être. Et malgré l’âpreté des souvenirs, elle écrit un récit d’une grande douceur, une lumineuse lettre d’amour.

 

Jeu Blanc de Richard Wagamese

Jeu blanc

Cloîtré dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse a décidé de raconter son histoire : son enfance au cœur du Canada, bercée par les légendes et les traditions ojibwés, rythmée par la récolte du riz et la pêche ; son exil à huit ans avec sa grand-mère, suite à un hiver particulièrement dur ; son adolescence, passée dans un internat où des Blancs se sont efforcés d’effacer en lui toute trace d’indianité. C’est pourtant au cœur de cet enfer que Saul trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c’est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970, même au sein du sport national.

On retrouve dans Jeu blanc toute la force de Richard Wagamese, son talent de nature writer et sa capacité à retranscrire la singularité et la complexité de l’identité indienne, riche de légendes, mais profondément meurtrie. Le roman a d’ailleurs été récompensé par le Burt Award for First Nations, Métis and Inuit Literature

 

Trafic d’or sous les T’ang de Robert Van Gulik

Juge Ti trafic

Sous la glorieuse dynastie des T’ang, le secrétaire Ti Jen-tsie, las du train-train quotidien des fonctionnaires impériaux, délaisse la bureaucratie de la capitale pour gagner son premier poste de magistrat à Peng-lai, un port de la côte orientale. Poussé par un goût certain pour l’aventure, le juge va être servi. Non seulement ce petit district a la réputation d’être hanté, mais son prédécesseur vient d’y être assassiné. Ne dit-on pas que le fantôme du magistrat défunt erre dans le tribunal et qu’un homme-tigre égorge de malheureuses victimes ?
Trafic d’or sous les T’ang marque les débuts du célèbre juge et sa rencontre avec ses deux fidèles lieutenants. Une trentaine d’années, armé de son sens de la déduction et de sa rigueur confucéenne, la légende du juge Ti est en marche.

 

Berthe :

Brûlant secret de Stephan Zweig

Stefan Zweig Brûlant secret
Comment le désir et la passion, enracinés au fond de chaque être, peuvent le révéler à lui-même et bouleverser son destin : tel est le secret que tentent de percer les quatre récits qui composent ce volume. L’éveil de la jalousie chez un garçon de douze ans, qui a innocemment rapproché sa mère et le jeune vacancier oisif dont l’amitié l’emplissait de fierté ; la dérive nocturne d’un homme qui découvre au contact des voyous et des prostituées une part inconnue de lui-même ; le mystère d’une jeune femme qui se donne sans vouloir révéler son identité; la rivalité de deux sœurs, l’une religieuse et l’autre courtisane : dans des situations très diverses, l’auteur de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme explore avec audace des sentiments troubles et fascinants, témoignant d’une absolue maîtrise de son art de romancier.

 

Encore une danse de Katherine Pancol

Pancol encore une danse

Ils forment une bande d’amis: Clara, Joséphine, Lucille, Agnès, Philippe et Rapha. Ils ont grandi ensemble à Montrouge, banlieue parisienne. Ils ont habité le même immeuble, sont allés dans les mêmes écoles et ne se sont jamais quittés.
Lorsqu’ils sont devenus adultes, leurs vies ont pris des tournants différents mais leur amitié a résisté au temps, à la réussite des uns, aux échecs des autres. Leurs espoirs, leurs illusions se sont réalisés ou envolés.
Ils se retrouvent comme avare, pratiquent toujours leurs rites d’amitié même si leur « musique »parfois, émet des fausses notes qu’ils s’empressent d’oublier de peur de troubler cette belle harmonie qui leur est nécessaire pour affronter la vie, la peur de vivre.
Mais une nouvelle épreuve, plus sournoise, plus terrible, s’annonce. Face à elle, ils ne peuvent pas tricher. Les masques vont tomber.

Le groupe menace de voler en éclats. de révéler des trahisons, grandes ou petites, et mille ressentiments longtemps cachés. Arriveront-ils à franchir cette étape inattendue qui les met chacun face à eux-mêmes, qui les oblige à faire le point sur ce qu’ils sont devenus sans complaisance ni lâcheté? C’est le sujet de ce roman où les enfants ont grandi, ont vieilli et doivent abandonner le trouble paradis de l’enfance, des apparences, pour affronter la vie, et conjurer la peur qui nous saisit tous quand il s’agit de devenir grands…

Sandrine :

Un crocodile sur un banc de sable de Elizabeth Peters

E Peters un crocodile

L’indomptable Amélia Peabody, qui fait ici ses premiers pas sur la Terre des Dieux, se laissera-t-elle abuser par les facéties d’une momie somnambule? Saura-t-elle soustraire sa protégée aux entreprises d’un chasseur de dot cynique et langoureux? Parviendra-t-telle à déjouer les roueries des indigènes ou à surmonter les mirages des sables et à dissiper les mystères qui jalonnent sa route, en digne émule de Sherlock Holmes et d’Indiana Jones?

Premier tome des nombreuses aventures d’Amélia Peabody, paru en 1975 sous le titre « Crocodile on the Sandbank ». Elizabeth Peters ou Barbara Michaels est un écrivain américain. Férue d’égyptologie (elle a obtenu un doctorat dans ce domaine), elle souhaitait faire revivre les grandes heures de l’égyptologie, au tournant du 20ème siècle. Un moment où l’Angleterre s’est passionnée pour les découvertes de Maspero…

 

Françoise :

Surface d’ Olivier Norek

Olivier Norek Surface

Noémie Chastain est capitaine de police au célèbre 36 quai des Orfèvres à Paris. Un jour, au cours d’une intervention qui tourne mal, elle se fait tirer dessus en pleine tête. Après des semaines de soins, elle est prête à retrouver son poste de capitaine malgré son visage meurtri. Mais sa hiérarchie en a décidé autrement et l’envoie au vert dans un petit village perdu de l’Aveyron. Là-bas, tout est trop tranquille, quand soudain, le squelette d’un enfant disparu vingt-cinq ans plus tôt, enfermé dans un fût, remonte à la surface du lac d’Avalone…

J’ai aimé: le côté humain qui n’est pas oublié au milieu d’une enquête originale, la reconstruction physique autant que psychique du personnage de Noémie que l’on accompagne tout au long du livre. C’est fluide, avec un humour qui «déglace» l’atmosphère…

Un frère de trop de Sébastien Théveny

Theveny Un frère de trop

Eté 1986. Au large de la baie des Anges. Le fils aîné des Lacassagne, une riche famille d’investisseurs niçois, se noie lors d’une virée en mer en compagnie de son frère et sa sœur.
Eté 2016. Chaleur sur Nice. Le patriarche des Lacassagne, à l’aube de ses quatre-vingt ans décide de transmettre les rênes de son empire à ses enfants. Dans le même temps, il contacte un journaliste – écrivain public pour lui écrire ses mémoires. Laisser une trace sur papier de ses réussites. Mais les journalistes ont le fâcheux défaut d’être souvent trop curieux. Le loup est entré dans la bergerie… 30 ans après le drame, les vérités éclatent.
Les accidents sont-ils toujours fortuits ?

J’ai aimé: L’auteur habite Besançon, aime la Franche Comté dont il n’est pas originaire (né en Champagne)! Ecrit de la poésie, des contes, des scenarii, des romans policiers.

Entendu sur France Bleue Besançon : très sympathique.

Quant à son livre, il est assez fluide et bien construit ; ce n’est sans doute pas le roman de l’année, mais il se lit avec plaisir avec une documentation bienvenue au fil des pages.

La prochaine rencontre aura lieu le mercredi 7 août à 16 h 30 chez l’animatrice.

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