La folle équipée de M. Henri Mathey. Avril au Portugal avec Harry Stevenson…Enfin Londres!

M. Mathey est parvenu à l’ambassade d’Angleterre à Lisbonne. En compagnie d’une Polonaise que la police portugaise avait arrêtée puis libérée en même temps que lui. Polonaise qu’il ne devait plus revoir après son interrogatoire par les services anglais.

« Avril au Portugal  (alors fameuse chanson d’Yvette Giraud  (paroles:  Avril au Portugal, A deux c’est idéal, Là-bas si l’on est fou, Le ciel l’est plus que vous, …).

 

ycette giraud

Convaincue de ma bonne foi, l’ambassade après m’avoir remis quelques escudos, me loge au centre ville dans un très bel hôtel particulier de la rue Barata Salguero, non loin de la magnifique avenida Libertade.

avenue de la liberté lisbonne

Le propriétaire, M. Levy, homme charmant, cultivé, docteur honoris causa de plusieurs universités portugaises aussi bien qu’étrangères, y vit seul avec sa vieille gouvernante. Seul…En compagnie de plusieurs jeunes garçons dans mon genre dont Jean Marquis, qui sera comme moi pilote au groupe de Chasse « Alsace », Pierre Pierre perpignanais d’à peine 17 ans, fanatique d’aviation, et qui deviendra le toubib de notre escadrille. Parmi nous se trouvent aussi un tchèque dont nous nous méfions beaucoup, un Cubain, un Espagnol échappé des geôles franquistes, un soldat anglais, prisonnier évadé…et quelques autres. Un groupuscule hétérogène, logé et nourri, souvent de morue et de pois chiches, mais qu’importe, par cet excellent M. Levy.

Trois mois ont passé à Lisbonne dans l’attente pas désagréable (Avril au Portugal) souvenez-vous! d’un bâteau pour l’Angleterre, mais aussi avec l’impatience de rejoindre le général de Gaulle.

Convoqué début mai à l’ambassade on me remet une carte d’identité avec ma photo. Je suis désormais Harry Stevenson, marin britannique, rapatrié en Angleterre, dont le bateau a été coulé au large du Portugal. Le lendemain j’embarque sur un cargo en compagnie de Pierre Pierre et de Jaeger, Jean Marquis devant, après de multiples aventures, nous rejoindre plus tard à Londres.

Debout sur le pont, accoudé au bastingage, envahi d’un bonheur immense, je regarde défiler les rives du Tage. Je me souviens des heures difficiles : les Pyrénées, l’Espagne, la prison au Portugal, les moments d’espoir, mais aussi de découragement au cours desquels j’ai souvent douté de moi. Bien vite je balaie ces mauvais souvenirs de ma mémoire. N’ai-je pas réussi l’impossible exploit?

Le coup de pouce du destin

A Gibraltar se forme un convoi de 25 à 30 navires, et cap sur l’Angleterre. Un voyage de 15 à 20 jours avec un détour au large des côtes canadiennes, histoire d’éviter les U boots allemands. Deux ou trois alertes pendant la traversée déclenchent le largage de grenades sous-marines sans résultat visible. Nous dormons souvent avec nos gilets de sauvetage. Tout près des côtes anglaises un Focke Wulf Condor allemand lâche quelques bombes sur le convoi sans dommage pour nous.

u boot

Sous-marin allemand (photo wikimedia)

Finalement le port de Greenock en Ecosse voit accoster notre cargo. Sous bonne escorte un certain nombre d’entre nous est conduit à « Patriot School » une vieille école près de Londres où sont internés et interrogés par des spécialistes de l’Intelligence Service tous les arrivants étrangers d’où qu’ils viennent. Quatre jours suffisent à démontrer que Pierre Pierre, Jaeger et moi sommes des bons petits patriotes français, et nous voilà dirigés vers le centre d’incorporation des Forces Françaises Libres. Mon périple Dijon-Londres aura duré plus de 6 mois.

 

 

 

logo FFL (2)

Ici prend place le « coup de pouce du destin » qui décide de mon avenir. Devant le sergent recruteur je décline mon identité et lui fais part de mon désir de m’engager dans l’armée de terre. Mon copain Pierre Pierre juste derrière moi, m’interpelle avec son savoureux accent de Perpignan -« Mathey, espèce d’imbécile, tu n’y penses pas! Viens avec moi dans l’aviation ». Interloqué le sergent lève sa plume, me regarde et m’incorpore dans l’armée de l’air pour la durée de la guerre plus 3 mois à compter du 28 mai 1941. Merci Pierre Pierre. Je ne t’ai jamais revu depuis ce jour mémorable. Je sais que tu as fait toute ta guerre en qualité de pilote au Groupe de bombardement « Lorraine », qu’abattu toi aussi et grièvement blessé, tu as terminé ta carrière militaire avec les étoiles de général. (Voir à ce sujet le blog http://halifax346et347.canalblog.com/archives/2010/11/07/19539985.html).

 

pierre pierre

 Le sergent Pierre Pierre du groupe Lorraine

Merci encore « old man » et mes félicitations! Mais c’est quand même à cause de toi qu’aujourd’hui je me retrouve en cette fin d’année 1944, dans un camp de prisonniers! Mais je ne t’en veux pas!

Prochain article le mercredi 8 août : la débâcle allemande.

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