M. Henri Mathey : la folle équipée

Dans l’article précédent, M. Henri Mathey engagé volontaire dans les Forces Aériennes Françaises Libres, passé par les écoles de formation de la R.A.F (Royal Air Force britannique), effectuait aux commandes de son Spitfire une mission de protection d’une opération alliée au-dessus de la Hollande occupée. Il fut alors abattu par la DCA allemande mais put se poser en catastrophe sans blessure et se cacher…

 

Henry Mathey

Henri Mathey dans son avion

 

 » A cause d’un grand pull-over blanc

Vêtu de ce grand pull-over blanc, à col roulé, fourni par la RAF, si confortable et qui convient à mon sens de la fantaisie, je suis trop voyant…J’espère encore échapper aux Allemands, bien caché dans mon abri de fortune. Ne suis-je pas toujours revenu des missions les plus périlleuses : chasse, mitraillage au sol, bombardement en piqué sur les rampes de V1,

 

 

v1

 

accompagnement des bombardiers au départ de Biggin-Hill;

 

Biggin hill

Spitfire dans un hangar de Biggin-Hill (Wikimedia)

des missions angoissantes sur Brest, en « rase flotte » depuis Perranporth, et bien d’autres encore? N’avais-je pas, dès le premier jour, participé à la couverture du débarquement de Normandie, repoussé avec mes camarades pilotes les armées de la Wermacht jusqu’en Belgique, d’où je venais de décoller en ce jour fatidique du 30 septembre 1944 pour ne plus y revenir? La chance à laquelle j’avais peut-être trop demandé, venait de m’abandonner. Amèrement, je songe à la courte permission qui m’avait permis, quelques jours auparavant, de revoir Besançon, ma ville natale, ma mère, ma famille qui, sans nouvelles depuis 4 ans, se demandaient ce que j’étais devenu. Ces instants d’émotion, je ne les ai pas oubliés.

Trois soldats allemands à ma recherche passent devant moi et me tirent de mes réflexions. M’ont-ils vu? Non, semble-t-il. Soudain l’un d’eux se retourner et repère la tache blanche de mon fameux pull. L’officier et les deux hommes braquent leurs armes sur moi. Terrorisé je lève les bras en criant « Kamerad ».- Wo sind die andere, « Où sont les autres »? hurle le gradé. Faisant appel à mon allemand scolaire qui m’a sans doute sauvé la vie, je crie : « Ich bin allein » « Je suis seul ». Le trio hurle plus fort. Je parviens à leur expliquer que mon avion est dans un champ voisin, que c’est un avion de chasse qui ne comporte qu’une place. Tandis que les hommes me fouillent, prenant mes rations de survie et ma pochette d’argent hollandais, l’officier va vérifier sur place. Rassuré, il revient.

« Emmenez-le, il est seul ». A cet instant un échange nourri d’armes automatiques nous fait aplatir au sol. Ces tirs calmés, alors que mes deux gardes m’emmènent à l’intérieur des lignes, l’artillerie lourde prend le relais. Quelle journée! J’ai peur, moi qui viens d’échapper à la mort, vais-je me faire tuer par un obus allié? Mes gardes accélèrent le pas en me rassurant : -« Pas de danger tant qu’on entend siffler les obus ». Des sifflements auxquels je ne m’habitue pas!

 

soldat allemand

 

Blessé par un obus allié

Je me souviendrai toujours de la traversée de ce village, cible du pilonnage, effectuée en compagnie de mes gardiens qui, ayant reçu l’ordre de m’emmener, exécutent cet ordre sous cette pluie d’obus! Suicidaire. A la sortie du village, un obus, sans siffler, éclate derrière nous, blesse grièvement mes gardes et m’atteint dans le dos ainsi qu’à la base du crâne. Cette fois, c’est bien la fin. Je ne reverrai plus ma famille…Triste de crever comme cela sur le bord du chemin…

Arrive l’accalmie, un mouvement intense de troupes à pied, à cheval, à bord de véhicules disparates reprend. Je ne suis toujours pas mort! Une ambulance déjà remplie de blessés, prend en charge l’un des gardiens, l’autre ne donnant plus signe de vie est laissé sur place. Moi, le pilote au pull-over blanc, maculé de sang, je suis abandonné à côté du cadavre de mon geôlier. Nouveaux instants de désespoir, interrompus par l’arrivée de deux soldats allemands qui, m’aidant à me relever, me transportent dans une salle de cinéma convertie en infirmerie. Tous les blessés, allemands, alliés, déposés à même le sol par ordre d’arrivée, sans distinction de grade, ni de leurs blessures, attendent dans les cris et les gémissements.Sur la scène de l’ancien cinéma des chirurgiens opèrent sous nos yeux. A leur côté, des infirmières tapent à la machine et remplissent des renseignements fournis par les blessés pour la plupart hurlant de souffrance. Arrive mon tour, le chirurgien me rassure : je ne suis que légèrement touché. Enfin une bonne nouvelle!

Mis en fiche, me voici dirigé sur l’hôpital de Clèves et placé dans une immense salle remplie de soldats anglais, canadiens, et quelques américains, rescapés de l’enfer d’Arnhem, miraculés, aux regards encore remplis d’effroi. Je me souviens de mon voisin de lit, un grand GI roux, dont le bras gauche dégage une odeur pestilentielle; opéré, on l’ampute. A son réveil, sa colère, son désespoir, sont indicibles.

 

arnhem

Char Sherman en flammes à Arnhem (Wikimedia)

 

« Un aurait pu sauver mon bras… » hurle-t-il. plus loin un Canadien a été amputé d’une jambe au-dessous du genou.

Autant d’images insoutenables de la guerre. »

A suivre le 18 jullet 2018, M. Henri Mathey ou M. Anthony Bolton?

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